À votre service : chapitre 18


Hello !

Voici le dernier chapitre que je vous offre en lecture libre. Les prochains seront dans le livre que je finalise actuellement. Je n'ai pas encore de date, mais vous en serez informés dès que possible. Vous avez eu 18 chapitres sur 43 donc plus du tiers, presque la moitié du livre. J'espère que la suite vous plaira tout autant. Sachez que les bétas sont sur les dix derniers chapitres et qu'elles sont folles d'impatience de la suite, donc je pense que c'est bon signe !

Je vous remercie d'avoir suivi cette petite habitude bimensuelle pendant 9 mois et j'espère vous proposer d'autres débuts d'histoires comme ce fut le cas pour AVS. Ce fut une expérience très sympa et je suis heureuse que vous l'ayez suivie avec moi.

Rendez-vous pour la sortie du T1 !

Bonne lecture

© Jordane Cassidy - 2018


18

“Le trop de confiance attire le danger.”

Pierre Corneille - Le Cid


 

— Alors, la fin de soirée a été bonne ? demanda Ambroise avec un petit sourire convenu et un café bien chaud qu’il déposa sur le bureau de Valentin.

Valentin lui rendit son sourire poliment.

— Merci.

Il but alors une gorgée salvatrice du liquide corsé.

— La nuit a été agitée. Je n’ai pas beaucoup dormi ! répondit-il avec complicité. La matinée a été plus compliquée. Cassandre s’est accrochée avec Mademoiselle Bonin.

— Oh…

— Oui, Cassandre voit d’un mauvais œil les attentions de Camille à mon égard.

— Jalouse ?

— Faut croire…

— En même temps, Camille t’est très dévouée. Elle prend très à cœur son rôle.

— Oui, mais c’est dans sa nature et ce n’est pas méchant. Cassandre a beaucoup de mal avec ce type d’attitude. Je peux la comprendre. Au départ, elle m’a aussi pas mal déstabilisé. Je me suis souvent demandé si elle réalisait la portée de ses actes. J’ai compris au bout du compte que c’était un réflexe non opportun. Elle ne calcule rien. C’est de la gentillesse à l’état brut. Cassandre ne croit pas que cela soit possible. Pour elle, il y a toujours une idée louche derrière. Il faut juste qu’elle apprenne à la connaître.

— J’aime bien la candeur et la fraîcheur de Camille. Séverin aussi n’y a pas été insensible. Elle a une faculté à séduire son entourage, à capter l’attention malgré elle. C’est sans doute aussi ça qui doit agacer Cassandre. Elle ne monopolise plus l’attention en sa présence. Camille l’occulte complètement.

— Cassie n’est pas le genre à demander l’attention de tous ! fit Valentin, sceptique.

— On ne voit pas la même personne, Val. Cassandre est une femme qui aime être vue : sa tenue, son allure, son élégance. Elle aime plaire. Camille est tout l’inverse. Discrète, passe-partout, elle n’a rien de particulier qui la met au-dessus du lot physiquement, comme Cassandre. Pourtant hier, j’ai trouvé Camille mille fois plus belle et intéressante que Cassandre. Et tu ne peux pas dire le contraire. Ta Camille t’a plu par son charme naturel.

— Ce n’est pas « Ma Camille » !

— Oui, tu as raison. C’est celle de Sev !

Un petit sourire taquin se dessina sur le visage d’Ambroise, alors qu’il remontait ses lunettes et se concentrait à nouveau sur les plans du projet qu’ils devaient préparer.

— Tu crois que je devrais la virer… pour éviter tout risque de nouveaux conflits avec Cassie ? demanda alors Val, au bout de quelques minutes.

Ambroise leva les yeux de son dossier. Ses yeux bleus, perçants fixèrent Valentin pour trouver sa réponse.

— Je pense que tu dois savoir mieux que quiconque ce qui est le mieux pour toi. Si Camille ne te gêne pas personnellement, alors pourquoi la virer ? L’excuse serait difficilement acceptable si c’est pour satisfaire la jalousie de sa compagne, qui ne vit pas avec soi.

— Tu as raison. Je suis content de ma gouvernante. Je vais garder le cap…

— Bien. On peut reprendre le boulot ? Je te rappelle que si tu ne rentres pas ce midi, c’est pour bosser, non pour papoter des états d’âme de Cassandre !

— Rabat-joie !

******

Lorsque Valentin rentra le soir, il était plus de vingt et une heures. Il avait dû prévenir Camille de ne rien préparer pour le soir non plus. Le dossier avait pris du retard, ce qui l’obligea à rester plus longtemps au bureau. Camille avait répondu par un SMS laconique.

Camille Bonin, 20 Mai 2017 18h00

Compris, Monsieur.

 

Valentin n’avait pas aimé ce message. Il n’y avait pas le cœur qu’elle mettait toujours dans chaque chose lui étant destinée. Il comprenait un peu plus l’impact de son positivisme dans ses actes. Il avait attendu un « Bon courage ! » ou un « Je suis sûre que vous allez faire quelque chose de sensationnel ! ». Rien de tout cela ne fut à la lecture de sa réponse. Elle avait mis une distance. Distance volontaire dont il se doutait la cause : son accrochage du matin avec Cassandre. Camille tentait de garder sa place comme le lui avait recommandé sa petite amie. Au regard du SMS, ce nouveau postulat ne lui plaisait pas. Il n’aimait pas ces nouvelles limites. Il n’aimait pas ces brides qu’elle se mettait et qui ne la rendaient pas naturelle. Leur relation commençait à bien s’installer, leur communication trouvait enfin un code, un rythme et ce SMS venait tout gâcher. L’intervention de Cassandre venait déstabiliser leur entente.

Il posa les clés de la voiture, puis retira sa veste. La maison était dans le noir ; Camille avait pris ses quartiers du soir dans son studio et le silence régnait. Il avait mangé des hamburgers sur le pouce, mais regretté de ne pas avoir une bricole faite maison à grignoter. Il inspecta le frigo, mais rien de particulier à part les crêpes du matin ne lui faisait plaisir.

D’humeur chagrine, il referma le frigo de façon désabusée. Il regarda une nouvelle fois l’heure et se décida à aller cogner à la porte du studio. Il prit en main au passage la surprise achetée en revenant du boulot, pour se faire pardonner de l’attitude de Cassandre. Camille ne tarda pas à lui ouvrir. Son pyjama était toujours le même. En le regardant bien, il réalisa qu’effectivement Cassie n’aurait jamais porté ce genre de vêtements.

Ambroise, tu marques un point !

— Bonjour ! fit-il, hésitant.

— Bonsoir ! lui répondit-elle tout en restant sur la défensive.

— Oui, bonsoir… Pardon, je ne sais plus trop où je campe.

— Dure journée ?

— Longue journée ! Content d’être rentré !

Camille lui offrit un sourire timide.

— Vous venez pour me prévenir de vos envies spéciales pour le petit déjeuner de demain ?

Valentin lui sourit, reconnaissant encore que le coup d’une commande de crêpes la dernière fois était très maladroit de sa part.

— Non ! fit-il, amusé. Je viens pour autre chose !

Il sortit de son dos un paquet de M&M’s Crispy et le secoua sous son nez.

— J’ai un paquet qui attend d’être vidé devant un vrai film ! Pas un truc à l’eau de rose ! Vous savez, un truc avec de la testostérone, du muscle et plein d’explosions !

Camille pouffa, puis ravala son envie de rire immédiatement en repensant aux résolutions qu’elle avait prises ce matin.

— Désolée… je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Vous… devriez aller vous reposer.

— Vous le pensez vraiment ? Où est-ce juste pour mettre en pratique ce que vous a demandé Cassandre, en respectant la distance employeur/employée ?

Camille baissa les yeux, signe évident qu’il avait vu juste. Valentin s’agaça. Il n’aimait pas qu’on décide des choses pour lui.

— J’essaie juste de trouver un juste milieu…

— Aux dernières nouvelles, c’est moi le patron ! Pas ma petite amie ! Donc, si pour moi, tout va bien, alors on ne change rien. Compris ?

Il ouvrit le paquet de M&M’s et le lui glissa sous le nez dans un geste de va-et-vient.

— Sentez ! Ils n’attendent que d’être croqués !

Camille se mordit les lèvres, faible devant la gourmandise.

— Je savais bien que vous étiez un tyran ! C’est inhumain comme tentation, ça !

Valentin s’esclaffa alors qu’il en portait un à sa bouche et montra tout son plaisir à le savourer sous le regard envieux de la jeune femme.

— Un tyran inflexible ! Prêt à tout pour obtenir gain de cause ! ajouta Valentin, avec fierté.

— On ne le regarde pas chez moi ! prévint alors Camille, telle une condition à son accord. Vous allez encore vous endormir sur mon lit !

— Non ! Sur mon canapé ! Dans le salon ! répondit Valentin, bien conscient encore de leur gêne de la dernière fois.

— Oui, je préfère.

— C’est donc un oui ?

— Le deux tiers des M&M’s pour moi et c’est un oui !

Valentin manqua de s’étouffer avec son M&M’s, face au culot de son employée et son pouvoir de négociation, hors pair.

Pour ça, Cassie, tu as raison ! Quand elle le veut, elle a vraiment du culot !

Il se mit à rire alors que Camille savourait avec malice son ultimatum, à défaut de pouvoir manger son M&M’s elle aussi.

— Bon… tant pis ! Je regarderai mon film tout seul, comme un grand avec TOUS mes M&M’s au lieu de cinquante pour cent. Aaaah ! La vie est injuste, Mademoiselle Bonin… Enfin, pour votre palais ! Pas le mien !

Piquée au vif, Camille se mit à rougir par sa façon de remballer son ultimatum. Elle regretta même vite d’avoir tenté une négociation.

— Pas grave ! Je m’en fous ! J’en ai en réserve ! répondit-elle alors, tête haute, pour ne pas paraître complètement perdante, même si elle mentait.

— Vraiment ? fit-il en en glissant cinq nouveaux dans sa bouche avec provocation.

Inquiète, Camille remarqua qu’à ce compte, il allait vraiment se taper le paquet à lui tout seul.

— Bon, OK ! fit-elle vaincue, en lui prenant le paquet des mains. Fifty-fifty ! Marché conclu ! Comme ça, mon paquet restera en réserve et je gagne un demi-paquet gratis !

Elle éteignit la lumière de son studio et ferma la porte, avant de lui passer devant, sans un mot. Valentin ne put s’empêcher d’être heureux d’avoir réussi à gagner ce duel, même si elle s’estimait vainqueur. Sans attendre, elle sortit un bol pour verser les M&M’s. Presque excité par la nouvelle tournure de cette soirée, Valentin s’empressa de s’affaler sur le canapé pour préparer le film à la demande qu’ils pouvaient regarder. Camille vint le rejoindre tranquillement.

— Alors, c’est quoi le titre du film ?

— Il y a un vieux film que je veux voir depuis longtemps, qui date de 1981 et qui a été un gros succès à l’époque. Aujourd’hui, les effets spéciaux font sourire, mais je suis curieux. J’en ai tellement entendu parler que je ne veux plus paraître inculte sur la question. C’est « Le choc des Titans ». Vous connaissez ?

— Pas du tout !

— C’est une histoire mythologique. Vous aimez ?

Camille haussa les épaules, ne sachant trop quoi répondre à ce sujet.

— Si l’histoire est prenante, ça me va !

— OK ! Alors, c’est parti !

Valentin actionna le programme et le film commença. Chacun croqua ses M&M’s. Une heure plus tard, Valentin sentit soudain un poids sur son épaule. Surpris, il remarqua la tête de Camille contre lui, puis sourit, blasé.

C’est à croire qu’on est vraiment incapables de visionner un film ensemble en entier ! Chacun son tour…

Camille n’avait visiblement pas été happée par le film. Le sommeil l’avait rattrapé. Il se retint de rire pour ne pas la réveiller et la contempla un peu, pour estimer la profondeur de son sommeil. Son intérêt se porta ensuite sur les traits paisibles de son visage. Elle semblait complètement à sa merci et pourtant son charme naturel agissait sur lui tel un rempart. Il n’osait bouger. C’était elle qui, même endormie, avait une influence sur lui. C’était à la fois déroutant, mais hypnotisant. Plus il l’observait, plus il aimait la regarder. Elle semblait vulnérable et pourtant si sereine, appuyée sur son épaule. Lui-même trouvait cette situation apaisante.

Au bout d’une dizaine de minutes, il sentit son bras s’ankyloser. Il avait perdu le fil du film, bien trop absorbé par le sommeil de Camille à conserver autant que possible. Remuer le bras semblait mission impossible. Pourtant, lentement, il tenta de déplacer la tête de Camille tout en faisant pivoter son propre corps pour qu’elle puisse se reposer contre son torse. Camille lâcha un long soupir d’aise et se blottit alors un peu plus contre lui. Il continua à surveiller encore un peu son sommeil, puis sourit. Il la trouvait rigolote. Il ne savait pas trop pourquoi, mais il aimait son côté innocent, chargé d’une étourderie si charmante qu’elle en devenait drôle et adorable. Il regarda l’écran de la télévision, afin de se reconcentrer sur le film, puis soupira. Il ne comprenait rien et son attention revenait systématiquement vers sa belle endormie. Il étendit ses pieds sur la petite table du salon pour se détendre, puis ferma les yeux à son tour, se laissant porter par les sons du film l’amenant lui aussi vers le sommeil.

Lorsque Camille ouvrit les yeux, elle ne réalisa pas dans un premier temps où elle était. Elle se sentait bien enveloppée d’une douce chaleur. Un parfum fort venait chatouiller ses narines et aiguiser sa féminité. Elle entendait les paroles de personnes, quelques fois de la musique, mais cela ne la gêna pas plus que ça. Elle avait l’impression d’être dans un cocon qui la berçait lentement. Puis, tout à coup, elle entendit des cris qui la sortirent vraiment de sa léthargie. Elle se releva un peu et réalisa que c’était le film qui continuait. Elle se remémora alors sa situation et écarquilla les yeux en réalisant qu’elle avait piqué du nez devant son patron. Son réflexe fut donc de voir s’il l’avait remarqué.

La panique la gagna en réalisant que les balancements de haut en bas, le parfum, cette douce chaleur, c’était son patron. C’était son corps et qu’elle y était blottie sans aucune gêne, sans retenue. Elle s’écarta tout à coup de lui en lâchant un « oh mon Dieu ! » totalement gêné. Son geste brusque de recul loin de lui réveilla Valentin qui comprit vite la honte de sa gouvernante.

— Je… je suis vraiment désolée ! C’est vraiment la pire déconvenue qui soit pour une employée ! Comment ai-je pu ? Quelle honte !

Elle posa ses mains sur ses joues, catastrophée. Sa contrariété ne faisait pas un pli, mais Valentin la trouvait, elle aussi, charmante. Il se doutait de sa réaction à son réveil. Il avait présagé sa gêne, son inconfort à lui faire face. Il se frotta les yeux un instant et s’étira doucement, sans montrer de colère ou d’agacement à son encontre.

— M’aplatir sur vous pour dormir… mais ce n’est pas possible d’être aussi idiote !

Valentin soupira.

— Ce n’est pas grave ! déclara-t-il d’une voix grave, touchée par la fatigue. J’ai fait la même dans votre lit, je vous rappelle. On est à égalité. Je ne vais pas vous jeter la pierre donc, comme vous me le dites tout le temps : « On respire ! ». Tout va bien.

— Je savais que regarder un film avec vous était une mauvaise idée !

— Il n’y a pas mort d’hommes !

— Non, c’est sûr ! Juste ma fin de vie tellement je suis confuse !

Valentin leva son index dans un soupir las et le posa sur le front de Camille de façon nonchalante, puis appuya.

— J’ai dit : «  Tout-va-bien ! ». On relaxe !

— D’accord… répondit-elle, les joues rosies par son indulgence. Je pense que j’ai plombé la soirée. Je vais vous laisser.

— Je me suis aussi assoupi, Mademoiselle Bonin. Je n’ai rien compris au film. Je suis aussi coupable que vous.

— Décidément, nous ne sommes pas faits pour regarder un film complet ensemble !

Valentin la fixa un instant. Il en sourit, lui-même ayant eu cette pensée. Cette idée le gênait.

Ne pas être aptes à faire des choses ensemble…

— Ce n’est pas parce qu’on a échoué sur deux films qu’on doit renoncer ! fit-il, optimiste. Demain soir, on remet ça ! On va trouver un film qu’on finira ensemble, éveillés jusqu’au bout !

— Vous n’êtes pas sérieux ?

— Très sérieux !

— Mais il vous faut dormir ! Et je suis votre employée ! tenta Camille de justifier cette ineptie.

— Je viens de faire une sieste et je suis votre patron ! lui répondit-il alors, comme si ses arguments ne tenaient pas.

— Ça ne justifie pas de renouveler l’affaire ! s’offusqua-t-elle presque.

Valentin lui sourit et la fixa plus vicieusement.

— Vous avez peur de moi ?

— Pas du tout ! fit-elle, moins sûre, tout à coup.

— Parfait ! Demain, on remet ça !


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