JTV4 : chapitre 2

Bonjour à tous !

Voici le chapitre 2 de JTV4. Alors ? Heureux de les retrouver ? Les chamailleries reprennent et avec votre plus grand plaisir ! ^^


2

GLACIAL

Sauvage !

C’était le seul mot qui vint à l’esprit de Kaya lorsqu’il déposa ses lèvres sur les siennes. Elle pouvait sentir son impatience, toute son avidité, par la pression qu’il exerçait contre elle. Son souffle était fort, chargé d’adrénaline. Il glissa sa main gauche sur sa joue et lui attrapa sa taille de son bras droit pour la coller un peu plus à lui.

— Ethan… gémit-elle contre sa bouche.

Elle tenta de reculer sa tête légèrement pour parler.

— Tu n’as plus de raison de m’embrasser. Je ne suis plus sous contrat !

— Tu as les lèvres violettes… souffla-t-il en guise d’excuse, avant d’aplatir une nouvelle fois sa bouche contre la sienne.

Les petits baisers se succédèrent avec plus ou moins de douceur, plus ou moins de hargne, plus ou moins de passion. Ethan changeait l’intensité de ses caresses labiales au fur et à mesure des envies qui se bousculaient en lui. Il tempérait tant bien que mal son agonie loin d’elle en scrutant subrepticement les réactions de la jeune femme. Tant qu’elle ne le repoussait pas ardemment, il ne stopperait pas son assaut. Il continuerait. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il devait combler ce manque irrépressible qui le prenait jusqu’aux tripes. Un manque si fort que s’éloigner de ses lèvres même une microseconde lui était douloureux à envisager. Retrouver la douceur de Kaya était un soulagement incommensurable, un havre de paix évident, la seule solution à la décadence dont il avait été victime bien malgré lui depuis une semaine. Il avait envisagé la pire vengeance possible, monté les plus horribles scénarii pour qu’elle se souvienne bien du connard qu’il pouvait être quand on le cherchait, pour que leur séparation soit digne du connard qu’il aurait dû rester à son contact, mais toute sa bonne volonté à vouloir égratigner son image de sainte princesse avait été balayée avec un simple « Bonne fin de journée ! ». Juste cela. Un simple mot qui avait sonné comme une ultime provocation et le voici à l’embrasser comme un fou et à adorer ça. Juste une marque de politesse signifiant toute sa condescendance et son peu d’intérêt pour lui, et tout un projet de vengeance longuement réfléchi avait été effacé pour être remplacé par la simple volonté de lui faire payer son affront en lui rappelant ce qu’était pour lui une bonne fin de journée : une journée ensemble. Exit la séparation ! Sa détermination à vouloir la rendre folle de lui n’avait pas attendu longtemps dans sa tête pour qu’il réagisse en conséquence. Il comptait bien lui faire regretter à la fin de cette journée sa phrase. Il s’assurerait qu’elle regrette chaque mot, chaque acte, qu’elle ait eu pour l’éloigner.

Kaya posa pourtant ses mains sur son torse et le repoussa lentement. Encore.

— Arrête !

La poitrine d’Ethan se soulevait et retombait contre ses mains. Il ne recula pas. Il ne l’attrapa pas non plus par les poignets pour retirer ses mains prestement de son torse. Il ne la gronda même pas. Il se contentait de la regarder durement. Elle ne sut si c’était un regard dépréciateur dû à son rejet ou à ses mains bravant l’interdit. Ce ne fut que lorsqu’il s’avança et qu’il colla un peu plus sa veste contre ses mains gantées qu’elle comprit que cette fois-ci, il ne s’arrêterait pas à sa menace physique. Pour la première fois, Ethan s’autorisait à passer outre son règlement. Il acceptait de voir ses mains sur son torse. Il la laissait le toucher là où il refusait toutes caresses auparavant, comme si sa priorité était de ne pas perdre le contact avec elle. Kaya le sonda, surprise, perdue. Il lui attrapa la mèche de cheveux qui sortait de son bonnet et la toucha délicatement du bout des doigts.

— Tu as… coupé tes cheveux. Princesse Raiponce perd ses pouvoirs si on lui coupe les cheveux…

Il annonça cela de façon anodine et pourtant avec une voix éraillée, alors qu’elle gardait toujours ses mains contre lui. Était-ce une question masquée attendant une réponse, un constat, une déception ? Elle put cependant découvrir du trouble dans ses yeux. Elle lui reprit sa mèche d’une de ses mains, l’autre toujours en protection entre eux deux, et la regarda avec un petit sourire.

— Oui ! fit-elle en riant. Mais je n’ai pas de pouvoir, donc rien de grave ! J’ai sauté sur l’occasion… Richard avait sa coiffeuse à domicile qui venait dimanche et je lui ai demandé si elle pouvait me les couper un peu. Cela devenait impossible à gérer et cela me coûtait finalement plus cher en shampooing.

Elle retira son bonnet et les ébouriffa un peu pour que sa chevelure retrouve de sa superbe, laissant tomber pour le même coup sa mise en garde sur son torse.

— Mieux, non ? lui déclara-t-elle dans un sourire.

Ethan l’observa, mais ne broncha pas. Il se contenta de grimacer et de toucher ses pointes à nouveau.

— Si ton shampooing coûte trop cher, je peux te le payer.

Kaya le dévisagea un instant, sciée par sa remarque.

— Euh… je te remercie, mais même si je suis endettée, je n’irai pas jusqu’à me faire payer mon shampooing ! Tu n’aimes vraiment pas ?!

— Je ne sais pas… vu que tu changes beaucoup de choses ces temps-ci, je m’interroge… lui répondit-il froidement. Jusqu’où vas-tu aller pour paraître une autre et te fabriquer une nouvelle vie ? Cheveux longs ou pas, rien ne changera sur ce que tu es et ce qu'il s’est passé…

Kaya se trouva perturbée par sa remarque. Elle regarda à droite et à gauche, ne sachant quoi rétorquer. Pourtant, le regard dur et déterminé d’Ethan ne lui laissa d’autre choix que celui de l’affronter. Elle ancra ses pupilles dans les siennes et soupira.

— Ethan, nous sommes trop différents. Nos vies sont à des kilomètres l’une de l’autre. Même nos caractères sont difficilement compatibles. Il n’y aurait rien eu de bon à continuer cela.

Une certaine tristesse s’échappa dans son regard et Ethan ne pouvait l’accepter. Il serra la mâchoire, incapable de dire un mot. Sa colère le figeait dans un mutisme dont il ne se pensait pas capable.

— Ne me regarde pas comme ça, s’il te plaît… lâcha-t-elle doucement. Allons prendre ces chocolats chauds.

Elle le contourna et se posta devant le distributeur de boissons, le laissant cogiter. Il avait envie de cogner. Une envie irrépressible de lâcher les vannes sur n’importe quoi, pourvu qu’il puisse casser ce qui lui déplaisait tant dans les propos de Kaya. Frapper au point de sentir sa rage sortir de lui, le soulager et laisser place à la douleur.

La gentillesse entraîne la douleur, l’amour mène à la souffrance…

Gentillesse ou amour, là n’était pas le problème. C’était surtout l’envie qui le bouffait de l’intérieur. Le désir. Il était arrivé à un stade où il ne savait plus si c’était de la gentillesse, de l’amour, de la compassion ou de la curiosité. Tout ce dont il était certain, c’est qu’il avait envie d’elle. De toutes les manières possibles. Même un sourire à son égard et il était heureux. Le moindre regard complice et il était satisfait. Il n’y avait rien de pire que le fait d’être ignoré. Il savait qu’elle avait raison, que leur compatibilité était loin d’être prouvée, mais tout son corps lui criait le contraire. Il se contrefichait de ce qui était de la norme, de la logique. Sa peau hurlait son envie d’elle et sa colère amplifiait encore. Comment pouvait-il être si faible ?

L’amour entraîne la souffrance… Putain, pourquoi je suis incapable de faire abstraction ? Ce n’est pas de l’amour ! Hors de question de ressentir un quelconque sentiment pour elle ! Merde ! Merde ! Merde !

Kaya regarda son porte-monnaie et râla.

Évidemment, je n’ai pas assez de monnaie… La poisse !

Ethan la rejoignit sans un mot.

— À défaut de me payer du shampooing, est-ce que tu aurais de la monnaie pour payer les boissons ? lui demanda-t-elle alors avec un petit sourire gêné.

Il sortit son portefeuille de la poche intérieure de sa veste, tout en la regardant d’un air agacé. Il inséra des pièces et pressa avec force la touche des chocolats chauds. Kaya lui sourit gentiment, presque hypocritement, faisant semblant que tout était réglé et que tout allait bien entre eux, maintenant que tout avait été dit. Elle attrapa alors le premier gobelet du bout des doigts, puis le second et partit retrouver Samantha et Richard sans même l’attendre. Il eut juste droit à un « merci ! » tout aussi distant que la façon dont il avait dégainé son portefeuille.

Samantha ne savait quoi faire en attendant. Ce n’était pas dans ses habitudes de faire la conversation aux vieux. Richard ne cessait de lui sourire poliment et en définitive, cela augmentait son agacement à ne pas voir revenir Ethan. Cette rencontre sonnait aussi faux que la relation qu’il avait avec cette fille, sortie de nulle part. Son calvaire prit fin quand elle la vit revenir, suivie au loin par Ethan.

— Désolée ! On a été un peu long, mais il a fallu trouver de la monnaie ! fit Kaya tout en posant rapidement les gobelets brûlants sur la table.

Ethan posa les siens et s’assit à côté de Samantha en silence. Il ne pouvait s’empêcher de ruminer. Il ne trouvait pas les arguments pouvant faire comprendre à Kaya qu’il se fichait de toutes les considérations sur leurs différences, sans se compromettre dans la révélation de sentiments qu’il ne souhaitait pas dire et encore moins ressentir. Samantha se saisit de sa main et lui sourit. Un frisson le parcourut. Il regarda alors Kaya qui se frottait les mains dans ses gants pour se les réchauffer un peu plus. Richard soufflait sur son gobelet tout en louchant et lui, il avait juste envie de tout envoyer promener.

— Tout va bien ? lui demanda Samantha, avec une certaine inquiétude devant son visage fermé.

Ethan s’esclaffa et se tourna alors vers elle. La question à ne surtout pas lui poser, la belle rousse l’avait prononcée.

— Non, ça ne va pas ! Rien que de voir ta tête et j’ai envie de commettre un meurtre. Si tu pouvais rentrer chez toi, ce serait bien mieux en fait !

Samantha et Kaya ouvrirent en même temps leur bouche de stupéfaction.

— Si tu n’as pas encore compris, je vais te faire un topo. Je me suis servi de toi. En gros, tu es un bouche-trou ! Pourquoi ? Pour foutre en rogne cette femme !

Il montra alors du doigt Kaya d’un geste sec.

— Et le problème est qu’elle se fiche éperdument que je me ramène avec la nana qu’elle m’a désignée. Même pas un soupçon de jalousie. Elle s’en tape de toi, elle s’en tape de moi ! Bref ! Non ! Ça ne va pas ! Tu peux te casser, tu ne me sers plus à rien !

— Mais quel connard ! firent en chœur Samantha et Kaya, avant de se regarder toutes deux, surprises.

Kaya se reprit et se leva tout en tapant les mains sur la table.

— Comment peux-tu lui parler de la sorte ? Elle mérite bien plus de considération.

Ethan se leva à son tour et tapa également les poings sur la table.

— C’est toi qui parles de considération ?! Laisse-moi rire ! Même pas capable de venir m’affronter en face à face. C’est vrai, c’est tellement mieux de m’écrire une lettre et de disparaître.

Kaya regarda autour d’elle, gênée de voir que les gens autour les observaient de façon suspicieuse.

— Ce n’est ni l’endroit, ni le moment… dit-elle plus doucement.

Ethan leva la tête au ciel, sidéré, avant de la laisser retomber et de la regarder droit les yeux.

— Bien sûr ! Avec toi, ce n’est jamais quand il faut, avec qui il faut ! Ça serait Adam, alors là, on aurait toute ton attention !

— Ne mets pas Adam dans l’histoire ! cria-t-elle alors, plus fort qu’elle ne l’aurait voulu.

— Quelqu’un va-t-il m’expliquer ce qu’il se passe entre vous à la fin ? les interrompit encore plus fort Samantha, maintenant très énervée.

— Rien ! rétorquèrent en même temps Ethan et Kaya, tout aussi surpris par leur même réponse identique et simultanée.

Richard se recroquevilla sur lui-même, cherchant à se cacher dans son manteau.

— Vraiment ? répondit Samantha, les mains sur les hanches. Pourtant, j’ai l’impression de voir une dispute de couple !

Kaya s’offusqua. Ethan s’esclaffa.

— Pour qu’il y ait dispute de couple, faudrait-il encore qu’il y ait un couple ! déclara Ethan tout en fusillant Kaya du regard.

— Pour qu’il y ait un couple, il faudrait encore qu’il y ait des sentiments ! répondit tout aussi méchamment Kaya, tout en se penchant au-dessus de la table. Or Samantha, je déteste ce type ! Difficile d’éprouver de l’affection pour un type qu’on hait !

Ethan se mit à rire et secoua la tête, puis regarda Samantha.

— Ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle n’a pas tout détesté, surtout durant une certaine nuit !

Ethan planta alors son regard dans celui de Kaya pour qu’elle comprenne où il voulait en venir, et qu’à ce jeu, elle serait perdante. Celle-ci écarquilla les yeux devant son sous-entendu aussi clair que lubrique.

— Elle n’a pas dit « non » tout le temps, même ! rajouta-t-il pour la forme, avec un air sournois.

Kaya passa par-dessus la table bien décidée à le faire taire. Ethan fit un bond en arrière, pensant qu’elle allait le frapper une nouvelle fois, mais elle posa sa main sur sa bouche.

— Mais tu vas la fermer, ta bouche de connard ! lui ordonna-t-elle.

Ce fut ce moment que choisit M. Laurens pour éclater de rire. Un rire qui le prit aux tripes au point de taper lui aussi la table. Samantha, Ethan et Kaya le regardèrent, dubitatifs.

— Oh mon dieu ! Ce que vous êtes drôles ! Franchement, vous séparer serait un délit, tellement vous faites la paire tous les deux. Je ne regrette pas d’avoir organisé cette rencontre ! Excusez-moi, Samantha, je n’avais pas prévu qu’il ferait appel à vous, mais il faut bien admettre que, quand ces deux-là sont ensemble, c’est vraiment n’importe quoi ! Ça part immédiatement de travers, mais qu’est-ce que c’est bon à voir !

Ethan et Kaya se trouvèrent tout à coup idiots. Ils se regardèrent un instant, puis se séparèrent d’une distance suffisante pour infirmer les dires de Richard. Samantha contempla tout ce beau monde, de façon ahurie.

— Vous êtes tous complètement dingues ! Complètement frappés du cerveau.

Elle attrapa son sac et quitta la table, sans même ajouter un mot de plus. Ils la regardèrent s’éloigner sans vraiment réaliser ce qui pouvait être choquant dans leurs attitudes.

— Vous saviez donc qu’il allait venir, Richard… dit alors d’une petite voix déçue, Kaya. Pourquoi ? J’avais confiance en vous.

Richard se calma instantanément et se leva à son tour.

— Mon enfant, ce n’est pas contre vous que je l’ai fait, mais pour vous. Vous pouvez le détester autant que vous le voulez, cela ne changera pas le fait que vous êtes bien plus vivante en sa compagnie que seule.

Richard arqua son dos pour se remettre des vertèbres en place, puis soupira.

— Je rentre. Nous nous reverrons bientôt. Je pense que vous avez beaucoup de choses à régler tous les deux.

Il alla embrasser la joue de Kaya et lui attrapa les mains.

— La peur n’est pas une bonne amie. Elle nous fait faire aussi des mauvais choix. Laissez-la de côté et vivez.

Il salua de la tête Ethan et les quitta.

Kaya et Ethan se regardèrent un instant, gênés. Celle-ci repensa aux paroles de Richard. Vivre. Un mot qu’elle avait beaucoup de mal à accepter depuis la mort d’Adam. Un mot qui trouvait peu d’écho en elle tant la vie lui avait semblé être jusque-là un cauchemar.

— Écoute Ethan, l’intervention de Richard ne changera rien de mon point de vue. Ma vie est bien trop chaotique pour que j’accepte quelqu’un dans mon quotidien. Et on sait tous les deux que l’on ne sera jamais de grands amis. Je ne sais pas ce que tu espérais en venant ici, mais de toute évidence, cela ne changera rien à notre relation. Rentre chez toi.

Ethan serra les poings, peu convaincu par sa tirade. Voyant qu’il ne bougeait pas, Kaya accepta de faire demi-tour et de le quitter. Elle avait son cœur qui cognait contre sa poitrine. Elle savait qu’elle signait un adieu définitif et douloureux. Hélas, elle n’avait pas beaucoup de choix. Tout était trop précaire pour qu’elle puisse s’attacher à lui. Pourtant, au bout de quelques mètres, elle s’aperçut qu’Ethan la suivait. Elle s’arrêta alors. Ethan fit semblant de regarder les chimpanzés qui sautaient de branche en branche. Elle soupira et fit quelques mètres avant de constater qu’il avait repris sa filature. Cette fois-ci, elle se retourna et alla le rejoindre.

— Me suivre ne changera rien ! Va voir ailleurs !

— Le zoo est pour tout le monde. J’ai le droit de me balader où je veux.

Soufflée par sa réponse, elle ne sut quoi répondre en contre-attaque et n’eut d’autres choix que de repartir loin de lui. Elle décida d’accélérer le pas. Évidemment, pendant qu’elle faisait deux pas, Ethan n’en faisait qu’un.

Peine perdue.

Elle se stoppa à nouveau et revint vers lui.

— OK, tu as quelque chose à me dire ? Dis-le ! Qu’on n’en parle plus et que chacun aille vaquer à ses occupations !

Ethan se mit à sourire. Sourire qu’elle ne connaissait que trop bien. Un sourire de défi. Le tout accompagné par une lueur taquine dans son regard. Il l’attisait volontairement.

— Je n’ai rien à dire. Serait-ce toi qui a un problème ? feint-il alors innocemment. Tu as oublié de me dire quelque chose peut-être et tu es tellement gênée de me le dire, que tu reportes le problème sur moi ?

— Rhhaaa ! cria-t-elle de désespoir, tout en s’attrapant le bonnet pour se cacher les yeux quelques secondes avant de le remettre en place.

Elle reprit sa route tout en jetant des coups d’œil derrière elle. Ethan la suivait, comme si de rien n’était, mais toujours avec cette lueur provocatrice dans ses prunelles. Elle arriva à la sortie du zoo et pesta.

Il m’éneeeeeerve ! S’il me cherche, il va me trouver ! Ou pas…

Elle fit demi-tour et s’approcha une dernière fois de lui.

— OK, essaie de me suivre si tu peux maintenant ? lui dit-elle, amusée.

Elle lui fit un clin d’œil et, tout à coup, le salua puis se mit à courir. Ethan, surpris, commença à rire. Il buta son pied contre le sol, le temps de la réflexion, puis regarda droit devant lui, une nouvelle détermination naissant dans sa poitrine.

Défi relevé, Princesse ! Jouons au chat et à la souris ! Parfait !

La course était engagée. Kaya avait pris un peu d’avance. Le jeu pouvait se révéler difficile pour Ethan qui se devait de faire les bons choix de direction pour la retrouver. Une fois qu’il l’eut dans son collimateur, il ne la lâcha plus du regard. La distance entre eux deux se rétrécit au fur et à mesure. Kaya chercha à feinter en passant dans de petites ruelles, sous des porches menant dans de nouvelles rues. Chacun y allait de son dérapage. Ethan se cogna même une fois contre un mur, ce qui fit marrer Kaya. Puis plus rien. Elle s’arrêta alors, le cherchant partout, mais ne le vit plus. Elle se demanda si elle devait faire machine arrière. Serait-ce judicieux ? Autant dire qu’elle l’attendait.

Hors de question !

Elle haussa les épaules et reprit son chemin plus calmement, quand au bout de quelques mètres, elle se sentit soudainement happée sur le côté. Elle poussa un petit cri de surprise et comprit rapidement qu’elle avait perdu. Ethan venait de l’attraper et la serrait fermement dans ses bras.

— Gagné ! lança-t-il, essoufflé. Maintenant, parlons de ton gage !

Kaya put constater un énorme sourire chargé de fierté sur le visage de son connard préféré.

— Il n’a jamais été question de gage ! déclara-t-elle, bougonne, tout en se débattant.

— Vraiment ? fit-il, toujours amusé. Pourtant, j’ai gagné ! J’ai réussi à te suivre. C’est bien ce défi que tu m’as lancé ? Donc, j’ai droit à une récompense…

— Je n’ai rien à t’offrir ! pesta-t-elle, agacée de s’être fait avoir de la sorte.

— OK, on va trouver un arrangement.

— Ose me proposer un contrat et je te tue !

Ethan éclata de rire.

— Non… juste passer quelques heures avec moi. C’est dans tes cordes, ça, non ?

Kaya soupira.

— Je ne vois pas ce que ça changera…

Ethan la relâcha et la fixa intensément.

— Donc, tu ne veux vraiment pas ?

La jeune femme se trouva déconcertée. Elle s’attendait à tout moment à être piégée. Il était très fort pour embrouiller son monde. Pourtant, elle pouvait sentir de la déception dans sa question, au point de passer pour la méchante sans-cœur de l’histoire.

— Je te préviens, si tu pars dans l’idée de continuer quoi que ce soit avec moi, laisse tomber ! lui dit-elle alors comme un avertissement, tout en secouant son index sous le nez d’Ethan d’un air menaçant.

Ethan leva les deux mains pour feindre l’innocence de ses intentions, puis sourit.

— Est-ce un « oui » ? demanda-t-il, un peu nerveux.

— OK… souffla-t-elle, résignée. Que veux-tu faire ?

Ethan sentit sa poitrine se défaire d’un poids énorme. Elle acceptait enfin de passer du temps avec lui. Il était le premier étonné de sa patience. D’ordinaire, il n’aurait jamais pris la peine de courir après une femme.

D’ordinaire, je ne serai même pas allé au zoo pour renouer avec une femme, pauvre con !

Il lui attrapa pourtant sa main, avec la ferme intention de ne plus la lâcher, et la guida à travers les rues. Il ne savait pas trop où l’emmener ni quoi faire. Kaya le suivait sans rien dire, mais avec un scepticisme évident. Il devait vite trouver, sans quoi elle rebrousserait chemin sans même avoir eu le temps de discuter avec lui. Car l’objectif était bien là : en savoir plus sur sa nouvelle vie. Parler d’eux était un risque bien trop grand pour qu’il ne se casse pas la gueule dessus et rentre bredouille. Il avait bien senti que le sujet d’un « eux deux » était trop sensible pour qu’il soit évoqué.

C’est là qu’il vit une affiche publicitaire et sourit. Il venait de trouver un endroit sympa qui lui plairait à coup sûr. Il la poussa alors jusqu’à la première bouche de métro. Ni une ni deux, ils s’engouffrèrent dans une des rames. Kaya l’interrogea du regard, mais ne vit que son sourire figé.

Pas de doutes, il prépare quelque chose de louche.

Au bout d’un quart d’heure, il l’invita à sortir du métro parisien. Kaya comprit qu’ils débouchaient sur le Trocadéro. La Tour Eiffel surplombait leurs deux petits corps.

— Une balade à côté de la Tour Eiffel ? C’est ça, ton idée ?

Ethan inspira un grand coup et regarda la grande Dame de Fer avec bonheur.

— Pas à côté, Kaya… Nous allons y monter !

Kaya le dévisagea. Elle connaissait déjà l’édifice. Il n’y avait donc rien d’extraordinaire en soi. Elle haussa donc les épaules, peu convaincue. Ce lieu lui serrait automatiquement le cœur. Il était le plus beau souvenir de sa vie avec Adam : sa demande en mariage. Bien sûr, Ethan ignorait que cet évènement s’était passé sous cet édifice. Comment pouvait-il se douter qu’elle ne voulait pas le suivre davantage ? Que ses pas devenaient lourds et que quoi qu’il lui proposerait, cela resterait bien moins incroyable que la folie d’Adam ce soir-là ?

— Tu n’y es jamais monté ? lui demanda-t-elle alors, cherchant à comprendre où il voulait en venir et sans doute pour trouver une échappatoire.

— Si, si ! Viens !

Il lui saisit le poignet et tous deux allèrent faire la queue sur un des quatre pieds. La boule dans sa gorge grandit un peu plus en voyant le marchand de souvenirs où Adam lui avait acheté sa bague. Instinctivement, elle fit tourner sa petite fleur violette autour de son doigt. Elle ne devait pas pleurer. Elle devait rester forte. Ethan semblait fier de son initiative et elle ne voulait pas en fin de compte saper son plaisir. Trente minutes plus tard, ils étaient au premier étage et Ethan fut heureux. Kaya se sentait très mal. Pourtant, la surprise fut au rendez-vous, malgré ses réticences : les yeux de la jeune femme s’illuminèrent, puis le regardèrent avec un mélange de soulagement et de reconnaissance. En un instant, le poids de son deuil s’envola. Le contexte du lieu s’effaça.

— C’était ça, ton idée ? lui répéta-t-elle, tout à coup soulagée.

— Ça te va ?

Elle se contenta de secouer la tête pour seule réponse. Ethan alla au comptoir et lui tendit les chaussures de location.

— À nous, la patinoire de la Tour Eiffel ! chantonna-t-il fièrement alors que Kaya était déjà dans les starting-blocks.

Après quelques pas hésitants, Kaya se lâcha rapidement. Ethan put constater qu’elle était très vite à l’aise, ce qui n’était pas du tout son cas. À peine eut-il posé un premier patin sur la glace, qu’il sentit son pied partir pour un grand écart. Heureusement pour lui, il eut le réflexe de s’attraper au bord de la patinoire pour ne pas finir sur les fesses. Quand Kaya s’aperçut qu’Ethan était loin d’avoir son aisance, elle vint le chercher.

— Première fois ? lui demanda-t-elle avec un air légèrement moqueur.

— Ça se voit tant que ça ? lui répondit-il alors que ses patins partaient chacun dans un sens diamétralement opposé et que ses bras le maintenaient au rebord comme si sa vie en dépendait.

Kaya se mit à rire.

— Voudrais-tu un peu d’aide ?

Elle s’approcha de lui et tenta de le redresser. Ethan se précipita dans ses bras, afin de se rassurer le temps de trouver son équilibre.

— Avoue que ça te plaît de me voir si maladroit ! lui dit-il alors que sa jambe droite partait contre son gré.

— J’avoue que j’apprécie ! lui dit-elle, amusée. Pour une fois que Monsieur Connard se ramasse lamentablement, ce n’est pas à ignorer !

— La prochaine fois que j’ai une idée de sortie, tu m’empêches de la mettre en application, s’il te plaît. Je pensais que c’était plus simple que ça !

Son bassin commençait à suivre sa jambe qui partait en arrière.

— Kaya ! Fais quelque chose, bon sang ! Je ne le sens pas du tout !

Kaya éclata de rire en voyant que la situation devenait critique.

— Mais ne rigole pas ! Putain Kaya, retiens-moi, je vais…

Ethan chuta lourdement sur la glace et lâcha un grognement. Kaya se tordit de rire, à en pleurer.

— Très drôle ! finit-il par dire, écœuré.

Il se mit alors à genoux et se frotta les gants.

— Je crois définitivement que la glace et moi, on n’est pas prêt d’être amis. Entre le palais des Glaces à la fête foraine et la patinoire ici, j’ai vraiment un souci.

Kaya lui tendit ses deux mains pour l’aider à se relever. Il les saisit volontiers, même si le premier patin qui toucha la glace vacillait déjà.

— Regarde-moi ! lui dit-elle alors. Ne regarde pas tes pieds.

— Juste tes yeux ?

— Juste mes yeux.

— Facile ! déclara-t-il alors avec un sourire séducteur.

— Fais le malin. Le plus dur est à venir ! lui dit-elle gentiment.

Ethan se releva et posa le second patin sur la glace. Il chercha son équilibre, mais ne la quitta pas du regard. Il se concentra sur les deux prunelles marron-vert de Kaya, au point que même son enthousiasme s’effaça. Kaya se trouva tout à coup gênée par l’intensité qu’il mettait à la fixer. Rapidement, il ne trembla plus sur ses patins et resta debout devant elle sans bouger. Il lui serra un peu plus les mains. Progressivement, c’était pour elle que cela devenait compliqué.

— Très bien ! dit-elle tout en quittant son regard, complètement chamboulée.

Elle le lâcha et se tourna devant lui lentement.

— Accroche-toi à mon épaule ou à ma taille. Je vais te guider. On va jouer au petit train. Je suis la locomotive, tu es mon wagon.

Ethan posa ses mains sur les hanches de Kaya, qui eut contre toute attente un frisson. Elle fit un premier pas qui mit en marche leur petit train. Ethan se laissait volontiers tirer par sa princesse. Il la regardait chercher du regard la direction à prendre, tout en évitant les autres patineurs. Le sentant plus en confiance, elle accéléra. Les choses se compliquèrent un peu plus pour Ethan, partagé entre l’envie de continuer à la contempler à son insu et celui de regarder ses pieds flageolant sur la glace.

— Doucement, doucement ! lui cria-t-il, maintenant inquiet pour son corps qui allait encore ramasser. Je vais tomber, Kaya !

Celle-ci se mit à sourire, mais ne ralentit pas. Ethan sentit que la chute allait venir. Kaya fonça alors contre une rambarde. Ethan lui rentra dedans sans ménagement, à cause de la vitesse, puis s’agrippa à la barrière en bois.

— Et bien, tu vois ! Tu es toujours vivant ! lui dit-elle fièrement.

C’est à ce moment-là qu’elle vit les patins d’Ethan se croiser et celui-ci tomber une seconde fois. Elle pouffa, puis s’agenouilla devant lui.

— Un cas désespéré, j’en ai bien peur…

— Ah ah ! Je suis plié en deux ! lui lança-t-il, mauvais. Tu m’énerves ! Tu prends un plaisir sadique à me voir par terre.

Kaya se pencha un peu plus près de lui, une lueur presque machiavélique dans ses prunelles.

— Je dirai que c’est… jouissif !

Ethan plissa les yeux.

— Toi…

Il l’attrapa alors par le cou et la ramena à lui. Kaya poussa un petit cri et s’étala contre lui. Il commença alors à lui frotter énergiquement le bonnet contre sa tête de princesse désinvolte, tout en la maintenant fermement contre lui pour qu’elle ne lui échappe pas.

— Arrête ! cria-t-elle à moitié énervée, à moitié amusée.

— Vengeance ! lui répondit-il en lui enfonçant le bonnet sur les yeux.

— Ethan ! Je ne vois plus rien !

— C’est fait exprès ! Vilaine princesse ! Tu me cherches, tu me trouves !

— Ce n’est pas de ma faute si tu n’es pas doué pour le patinage !

— Mais vas-y ! Remets-en une couche ! Tu es vraiment une princesse détestable !

Ethan l’agrippa un peu plus entre ses jambes et commença à lui chatouiller la taille. Kaya se contorsionna sous ses attaques tout en rigolant.

— Stop ! Arrête !

— Vengeance !

— Rhaaa ! Ça suffit ! s’agaça alors la jeune femme tout en se redressant par la force de sa colère.

Elle réajusta son bonnet et le fusilla du regard. Ethan lui répondit par des sourcils froncés également, mais avec une touche de moquerie dans ses yeux.

— Pas contente, la princesse moqueuse ?

— Tu m’énerves ! Pourquoi avec toi, ça finit toujours mal ?

— De quoi te plains-tu ? Des chatouilles et elle hurle… Eh beh… Ça pourrait être laaaargement pire ! lui répondit-il nonchalamment en faisant un grand geste blasé de la main.

— Pire ? Pire ! Tu plaisantes ! Parfois, j’ai l’impression que tu es né juste pour me pourrir la vie ! Tu ne peux pas faire pire, on a déjà atteint le summum de la vacherie !

Ethan se mit à sourire. Kaya tiqua face à ce sourire qui ne présageait rien de bon.

— Tu veux parier que je peux faire pire ?

— Tu n’oserais pas…

Ethan lui saisit le poignet et, de son autre main qu’il posa sur sa nuque, l’obligea à revenir contre lui.

— Déteste bien ce qui arrive, Princesse ! lui dit-il alors doucement tout en la regardant bien droit dans les yeux.

Il posa sans ménagement ses lèvres sur les siennes. Un baiser appuyé, ne laissant aucune échappatoire. Puis, il la relâcha. Il s’essuya ensuite la bouche, fier. Kaya resta figée un instant, incapable d’analyser ce qu’il venait de faire. Partagée entre la rage, l’envie de l’étriper et une toute petite, mais alors toute petite énorme envie de continuer, elle se contenta de déglutir et de le fixer en silence. Devant son immobilisme, Ethan soupira.

— Tu es vraiment chiante. Tu m’obliges à chaque fois à aller dans les extrêmes pour te clouer le bec. Au moins, cette fois-ci, il semblerait que j’ai réussi ! finit-il par dire tout en riant cyniquement.

Kaya continua à le fixer sans vraiment le voir, cherchant quelle réponse serait la plus efficace pour l’achever une bonne fois pour toutes. Ethan tomba rapidement son sourire, se rendant compte qu’elle restait impassible à son humour.

— Écoute, je sais qu’on n’a rien à faire ensemble ! ajouta-t-il dans une grimace navrée, tout en se frottant le genou. Je sais aussi que rien ne nous lie et nous oblige à nous revoir. On est sans nul doute de parfaits opposés, mais… avoue que l’on rigole bien tous les deux quand même. Richard a raison sur un point : ce grand n’importe quoi est vivifiant. Je me fiche qu’on soit compatible ou non. Je ne cherche même pas à définir quel type de relation nous pourrions avoir ensemble. Tout ce que je vois, c’est que je m’amuse moins… sans mon jouet. Joue encore avec moi !

Ethan se mit à sourire, sachant très bien qu’il avait employé un des mots qui agaçaient le plus la jeune femme. Mais en même temps, il voulait qu’elle réagisse. De n’importe quelle manière, mais qu’elle le considère encore et toujours avec cette même passion qui les anime quand ils se défient. Kaya baissa cependant les yeux. Les derniers mots d’Ethan l’avaient visiblement sortie de son mutisme, mais pas de la façon dont il l’espérait. Elle se tritura les gants, puis tapa ses poings sur ses genoux, choisissant malgré tout l’agacement à toute autre considération plus dangereuse pour son salut, car finalement elle ne pouvait lui donner d’autres espoirs. Seule l’attaque pouvait les sauver de leurs envies impossibles.

— Tu vois, tu continues… dit-elle doucement. Je ne suis pas ton jouet ! Je ne suis pas cet objet avec lequel Monsieur Connard s’amuse…

Ethan se mit à sourire et approcha son visage d’elle lentement.

— Bon, OK, je veux bien être ton jouet aussi, mais à une condition !

La surprise et le scepticisme se dessinèrent sur le visage de Kaya.

Mon jouet ? Lui ? Mais qu’est-ce qu’il raconte ?

— Laquelle ? fit-elle instinctivement, alors que finalement elle doutait de vouloir vraiment le savoir.

— De ne pas me casser ! lui dit-il avec un petit sourire alors que Kaya se trouva presque touchée par cette réponse.

D’abord confuse, elle se mit malgré tout debout et soupira.

— Comme si des connards pouvaient se briser… C’est tellement hargneux qu’ils nous auront jusqu’à la moelle !

Ethan sourit amèrement. Il était déjà brisé. Il était déjà un homme rafistolé, recollé avec des bouts de scotch. Un coup de vent en sens contraire et il se savait foutu. Sa demande était loin d’être anodine. Kaya le mettait déjà sens dessus dessous et sa tendance au masochisme avec elle le rendait encore plus craintif pour la suite.

Elle lui tendit à nouveau sa main pour l’aider à se lever. Il l’en remercia d’un signe de tête et se redressa.

— Je ne te briserai pas. Je te l’ai déjà dit… Je suis trop dangereuse pour que je te laisse graviter dans ma vie. Conclusion : pas de jouet ! Ni pour toi, ni pour moi !

Elle s’éloigna alors de lui et alla patiner un peu. Ethan soupira.

Ce qu’elle peut être pénible à être aussi obstinée !

Il regarda ses patins un instant, puis releva la tête.

Mais moi aussi !

Il fit un pas sur la glace. Son équilibre fut à nouveau chamboulé, mais ses bras moulinèrent suffisamment pour qu’il tienne debout. Il avança son second patin devant lui et se lança. Les pas s’enchaînèrent avec un manque de grâce évident, mais Ethan resta debout. Il se mit à sourire, réalisant qu’enfin il commençait à « piger le truc ». Bientôt, Kaya repassa près de lui sans faire attention à sa présence et il fonça sur elle. Cette dernière fit de gros yeux en le voyant arriver avec une lueur conquérante dans les yeux. Il freina alors devant elle et l’attrapa dans ses bras.

— OK, pas de jouet. Ne prenons pas de risques. Mais…

Il avança ses lèvres près de son oreille.

— Sache que les connards peuvent être brisés et qu’ils aiment bien être consolés ! Réconforte-moi, Kaya ! Cette proposition tient toujours, même sans contrat derrière. Pas de promesses. Pas de demandes de sentiments. On s’amuse bien tous les deux…

— Depuis quand es-tu brisé ? lui demanda-t-elle alors sans réfléchir et sceptique.

Très vite, elle réalisa que sa question était idiote. La mâchoire d’Ethan pulsait de façon typiquement agacée, révélant qu’il y a des choses qui étaient évidentes même s’il était inutile de les énoncer. Elle regarda instinctivement sa veste, cachant ses cicatrices. Ces dernières étaient toujours là, en dessous, avec tous ces secrets autour. Pouvait-elle penser qu’il se disait brisé à cause de leur présence ? Jusqu’à maintenant, elle avait davantage pensé à son malheur qu’à celui d’Ethan. Elle se trouva très égoïste en un sens. Il l’avait consolée à plusieurs reprises, il avait soumis cette idée de consolation mutuelle, mais à aucun moment elle n’avait vraiment senti un besoin chez lui à vouloir être consolé sauf lors de son insistance à vouloir la faire sienne dans la salle de réunion le soir du gala. Ce soir-là, Ethan avait pété les plombs et elle avait jugé en conclusion qu’il la manipulait pour mieux l’amadouer dans son sens. Hormis cette incartade bien étrange, il exprimait plus un désir de la posséder qu’un réel besoin de réconfort. Elle ne l’avait jamais vu déprimer au point de vouloir le serrer dans ses bras pour apaiser ses maux. Elle ne l’avait jamais réellement entendu se plaindre sur une quelconque souffrance. Comment cerner le vrai du faux sur cette excuse de réconfort entre eux ? En quoi pouvait-elle vraiment l’aider ? Il l’avait pourtant fait très efficacement de son côté. Alors pourquoi devait-elle douter qu’elle ne puisse en faire autant ?

Elle le fixa un instant. En voyant ses prunelles marron chocolat fondre sur elle comme si elle allait se faire dévorer dans les secondes qui allaient suivre, elle avait sa réponse. Si elle venait à le consoler, si elle venait à chercher ses ténèbres pour les apaiser, elle le ferait avec son cœur. Un danger bien trop grand qu’elle avait déjà effleuré durant leur nuit ensemble.

— Excuse-moi. Toute personne a connu des souffrances qui peuvent être pansées, c’est vrai. Mais… je n’ai pas cette force en moi, Ethan. Tu y arrives peut-être, mais moi, je… J’ai déjà beaucoup de mal à faire face à mes problèmes, je ne peux affronter ceux des autres. Je suis désolée. Je peux néanmoins te remercier pour cette heure passée ici. C’était une bonne idée. C’était pourtant mal parti, je dois bien l’avouer. Quand j’étais petite, je patinais beaucoup. J’y allais tous les mercredis après-midi. J’ai dû vite abandonner à cause de nos dettes, comme tu peux t’en douter. Finalement, c’est un peu comme le vélo, on reprend vite ses marques et, avec le recul, j’admets que c’est une sensation qui m’avait manquée. Je dois dire que tu es très fort pour faire oublier les souffrances des autres. C’est sous la Tour Eiffel qu’Adam m’a demandé ma main. Autant te dire que revenir ici ne m’emballait pas du tout et qu’à part réveiller en moi une grosse douleur au cœur, tu n’avais pas mes faveurs en m’emmenant ici. Tu as pourtant réussi à me faire oublier ma tristesse et à la transformer en un nouveau moment de plaisir, effaçant au passage l’amertume que je pouvais ressentir à y retourner. Bravo ! Moi, je n’ai pas cette capacité. Je n’ai pas le pouvoir de réussir à proposer de telles choses pour changer les idées déprimantes des gens. Je suis dangereuse, Ethan. Phil et Al sont toujours là pour me rappeler que ma vie, ce n’est pas un tour en patins à glace sous la Tour Eiffel. Ma vie, c’est travailler encore et toujours, c’est se restreindre de toutes sorties extérieures, c’est ne plus se faire plaisir en fringues, nourriture. Ma vie est déprimante. Je pollue même la vie de ceux qui m’aident. C’est un fait vérifié. Personne ne voudrait vivre ce que je vis. Comment pourrais-je t’aider ? Comment ma vie pourrait-elle faciliter la tienne ? Tu ne trouverais aucun plaisir, aucun loisir à être auprès de moi. Ce que tu as pu entrapercevoir jusque-là, c’est de la poudre aux yeux. Ce n’est qu’un jeu superficiel entre deux forts caractères. Je ne peux t’aider ou te soutenir alors que moi-même je coule. Tu me parlais de ténèbres l’autre soir au gala. J’ai également les miens et ils ne cessent de m’attirer plus profondément. Ma vie est un enchaînement de désillusions. Je ne pourrais pas te relever. Pardon.

Kaya quitta la patinoire, ses dernières paroles les désarmant tous les deux. Que pouvait-on ajouter à cela ?


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