Trope écriture 3e personne

Lorsque Kaya renverse du champagne

sur le beau costume d’Ethan Abberline,

jamais elle ne se serait douter

qu’elle tomberait devant le parfait connard.

Et pourtant, les opposés s’attirent !

Agace-toi devant ce couple attachiant !

 

  > GO ! < 

Et si l’arrivée d’une personne dans votre vie vous faisait tout remettre en question : votre vie sentimentale, votre vie professionnelle, vos rêves non exaucés ?

Camille déboule comme un soleil dans la vie bien rangée de Valentin !

Installez-vous et buvez un Ice Mint préparé par Camille !

  > GO ! < 

Un mariage arrangé, une duchesse au milieu de chevaliers magiques, des secrets, des combats et des espoirs…

Partez à l’aventure où l’amour se conjugue au passé, au présent et au futur !

  > GO ! < 

Quand un prince rencontre une journaliste et lui propose d’être son guide touristique…

Deux flocons qui s’attirent dans l’hiver !

Des enjeux qui es dépassent…

 

  > GO ! < 

JTV8 – EXTRAIT 1

 

Aujourd’hui, je vous partage un petit extrait mettant en scène Sam et bien sûr Ethan qui va venir mettre son petit grain de sel. Je ne vous dévoile pas tout pour que vous puissiez découvrir par vous-même la suite une fois le livre dans vos mains, mais vous allez retrouver ce qui fait la bande d’amis ! ^^


 

 

— Ce tsunami devait arriver ! tempéra Oliver. Tôt ou tard, Ethan aurait dû lui parler. C’est vrai que ça ne tombe peut-être pas au meilleur moment, mais j’ai confiance. Ethan est obstiné et Kaya compatissante.

— Lui qui voulait la demander en mariage, ça risque d’être compliqué ! déclara Sam, tout en examinant son bout de fer avec minutie.

— Qui te dit qu’il ne le fait pas en cet instant ? sourit Barney, l’air malicieux.

— C’est vrai, Ethan a plus d’un tour dans son sac et avec Kaya, il peut déplacer des montagnes ! s’exclama Brigitte.

Elle se mit à rire.

— Quelle tête de mule !

Sam se pencha alors sur son épaule.

— Je vois que son entêtement te fait sourire. Il faut donc que je m’entête davantage également pour que tu me dises oui ?

Brigitte se figea et rougit.

— Qu… qu’est-ce que tu racontes ?! Cela n’a rien à voir avec nous !

— Bien sûr que si ! Tu refuses le mariage sous prétexte que c’est très bien comme ça ! Pour Millie, ce serait quand même plus pratique si on l’était !

— Pour Millie ? Donc, tu veux te marier uniquement pour son bien-être ?

Sam souffla et posa son coude sur la table. Au bout de sa main, il montra à Brigitte le bout de fer qu’il avait tordu pour en faire une bague.

— Je veux t’épouser parce que je t’aime ! Donc, c’est pour nous deux, mais aussi pour la famille que je fonde avec toi depuis l’arrivée de Millie. Alors, cesse de t’entêter par pitié et dis-moi oui !

— C’est ça, ta demande en mariage ? déclara alors Brigitte, d’un ton peu convaincu, même si ses joues ont rosi.

— Mon Dieu ! J’arrive pile au bon moment ! s’exclama Kaya, heureuse d’assister à un moment aussi émouvant. C’est trop mignon !

Ethan la rejoignit dans son dos et vit le prototype de bague dans les doigts de Sam.

— Putain ! C’est ça que j’essayais de faire tout à l’heure ! Tu as piqué mon idée, enflure !

Il fonça alors vers Sam, s’allongeant presque au-dessus de la table, pour récupérer son trésor.

— Pas touche ! C’est ma bague ! cria Sam, tout en se mettant en position de protection pour ne pas se faire dérober son trésor.

— J’étais dessus avant toi, voleur de bague !

— Tu parles, tu n’avais rien fabriqué avec, à part un truc difforme !

— J’ai été interrompu ! pesta Ethan, rageux.

— Eh bien, j’ai fait mieux que toi et je suis le premier à avoir fait ma déclaration, donc j’ai gagné !

Ethan serra les dents, peu enclin à capituler aussi facilement.

— Elle est pourrie, ta déclaration !

BB et Kaya firent un O. avec leur bouche. Oliver commença à rire sous sa main, Barney leva les yeux.

— Ah ouais ? Ben, vas-y ! Fais mieux que moi, puisque tu te crois aussi malin ! On verra de nous deux celui qui remporte le match ! rétorqua Sam, l’œil plein de défi, tout en se levant de sa chaise et prêt à entamer le duel.

— C’est une blague ? commenta alors BB, effarée par leur stupidité.

— Ils n’ont pas l’air de blaguer… répondit Kaya, tout aussi abasourdie.

— Je suis ton homme ! se gaussa Ethan, prêt à en découdre. On verra qui de nous deux est le plus fort !

 

 

Je te veux T8 : Toi. Uniquement toi – Chapitre 1

Je vous avais promis de vous l’offrir, en newsletter, en attendant d’avoir le reste. ❤︎

Attention ! Le chapitre est non corrigé !

©Jordane Cassidy – 2023


1

UNIS

 

 

Kaya ouvrit les yeux lentement. Une sensation de bien-être enveloppait son corps. Elle était dans sa chambre, dans son lit. Elle réalisa alors qu’elle n’avait aucun souvenir de comment elle avait atterri ici. Pourtant, très rapidement, elle sentit qu’elle n’était pas seule et sourit. Elle tourna légèrement la tête et comprit que le poids contre son dos était bien Ethan. Il la serrait dans ses bras et semblait dormir à poings fermés. Elle posa sa main sur la sienne, entourant sa taille, et sourit à nouveau. Pour la première fois depuis longtemps, elle était heureuse. Il n’y avait pas d’ombres entre eux, tout était paisible, empli d’une douceur chaleureuse qui lui faisait du bien. Elle regarda le soleil qui tentait de traverser les rideaux. Une légère bise passait à travers les fenêtres entrebâillées et déjà elle savait que cette journée allait s’annoncer chaude.

Ethan bougea soudain dans son dos et inspira un bon coup dans ses cheveux. Il sourit, heureux de trouver dans ses narines une odeur familière de shampooing.

— Coucou ! lui dit alors Kaya.

— Salut… répondit-il, la voix encore ensommeillée.

Il la serra un peu plus dans ses bras. Il adorait déjà son réveil.

— C’est bizarre, je n’ai pas souvenir d’être montée dans ma chambre ! lui avoue alors Kaya.

— Tu t’es endormie dans mes bras, lâcheuse ! Tu as compté trop d’étoiles visiblement.

— C’est qu’on est bien dans tes bras !

— Je vois ça ! lui répondit-il en déposant un baiser sur sa joue.

— Pardon de m’être endormie… Tu as dû être déçu que je te laisse seul dans ta contemplation du ciel… Tu devais espérer qu’on finisse la nuit autrement.

Il glissa son visage contre sa nuque.

— Tout ce qui compte, c’est que tu sois dans mes bras. Le reste n’a pas d’importance.

— Tu ne vas pas jouer le mec gentil qui accepte tout, je te préviens !

Ethan gloussa dans son cou.

— Et pourtant, je suis heureux, je t’assure ! Tu voudrais que je t’impose des choses, en mode connard de premier niveau ?

— Tu vas me faire croire que tu n’avais pas en tête qu’on couche ensemble pour nos retrouvailles peut-être ?

— Aaaaaah ! soupira Ethan en réponse. Si tu savais tout ce que j’ai en tête !

Il se mit à rire alors et embrassa les cheveux de Kaya.

— Mais mon impatience de toi est compensée par mon bonheur de t’avoir enfin retrouver. Tu m’as tellement manqué que le peu que j’ai de toi est déjà un grand bonheur. Je préfère ça à ton absence nette et définitive dans ma vie.

Kaya se tourna face à lui et passa ses bras autour de sa taille pour blottir sa tête contre son torse.

— Moi aussi, je suis heureuse d’être avec toi.

Elle se déporta un peu vers son visage et déposa ensuite un baiser sur sa bouche. Ethan la contempla et lui caressa les cheveux.

— Je veux passer ma vie à t’avoir dans mes bras, Kaya. Je te promets que je ferai tout pour être un mari irréprochable !

— Je n’en doute pas ! lui répondit-elle d’un petit sourire.

— Ah ? Donc c’est un oui ?

Kaya perdit son sourire devant l’air taquin, mais plein d’ambition de son amoureux.

— Non, ce n’est pas un oui.

— Kaya, tu vas m’obliger à passer à l’étape trois de mon plan !

— L’étape trois ? répéta-t-elle, tout à coup moins sûre de sa gentillesse.

— Je savais pertinemment que la première demande en mariage, serait retoquée par tes soins. La seconde, je m’en doutais également, tu es du genre têtue et ne cède jamais facilement. J’ai donc prévu le coup !

— Comment ça ? s’inquiéta tout à coup Kaya.

— J’en ai d’autres en stock, tout simplement. Je te ferai fléchir, Princesse ! Tu me diras oui tôt ou tard ! Peu importe le nombre de fois que je te demanderai en mariage, tu finiras par accepter !

L’oeil vif, Ethan sourit à Kaya, qui sentit déjà le duel usant s’annoncer pour résister à la tornade d’Ethan. Elle savait qu’il pouvait même enclencher son mode connard si c’était dans son intérêt et elle savait qu’à chaque refus, il se rapprocherait de cette voie. Elle soupira.

— Prépare-toi à une ribambelle de demandes en mariage, Princesse !

— Est-ce nécessaire ? Tu sais, deux demandes, c’est suffisant pour comprendre que tu veux passer à l’étape du mari. Je ne suis pas idiote !

— Non, tu ne l’es pas, effectivement ! Mais tu es bornée ! Avec toi, il faut insister !

— Je ne suis pas bornée !

— Si tu l’es !

— Non ! C’est toi qui t’obstines avec toutes tes demandes en mariage !

— Parce que tu refuses de dire oui du premier coup !

— J’ai encore le droit de dire non, il me semble !

— Oui, tout comme j’ai le droit de te demander en mariage autant de fois que je le souhaite !

Il lui décocha un large sourire auquel Kaya réagit par de l’agacement et le repoussa. Elle se leva alors du lit qu’elle contourna.

— Tu m’énerves ! Je vais faire pipi ! Attends-moi dans la cuisine, on va prendre le petit-déjeuner !

Ethan ricana tout en se laissa aller dans les draps avant de respirer un bon coup.

— Je t’aime, mon amour ! cria-t-il alors, amusé. Épouse-moi !

— Connard !

 

Il se leva à son tour, rassasié de cette salve de taquineries, et alla la retrouver dans le couloir à la sortie des toilettes. Il appuya son épaule contre le mur tout en croisant les bras et attendit sagement jusqu’à ce qu’elle apparaisse enfin devant lui.

— Chut ! lui ordonna Kaya, l’index levé en avertissement, après avoir refermé la porte des toilettes. Ne dis pas un mot !

Le sourire d’Ethan resta vissé sur son visage.

— Quel type d’alliance aimes-tu ? lui demanda-t-il, amusé.

Kaya râla tout en levant les yeux de désespoir face à l’irrécupérable et descendit au rez-de-chaussée. Ethan ferma les yeux avec ce goût merveilleux de la chamaillerie en bouche qui lui avait tant manqué. Il la rejoignit au bout de quelques minutes à la cuisine et s’assit sagement à la table. Après s’être lavé les mains, Kaya s’affaira à sortir tout ce qui pouvait faire office d’un petit déjeuner : confiture, miel, poudre cacao, jus d’orange, lait, brioche. La paume de la main sous son menton et le coude appuyé sur la table, Ethan la contempla en silence jusqu’à ce qu’elle se tourne vers lui.

— Que veux-tu manger pour le petit-déjeuner ? lui demanda-t-elle alors.

Ethan ne put s’empêcher de sourire.

— Toi, toute nue, sur la table, ça me va !

Kaya pencha la tête sur le côté, d’un air blasé.

— Je suis sérieuse ! lui répondit-elle, les mains sur les hanches.

— Moi aussi !

Il lui fit alors un signe de l’index pour lui signifier de venir près de lui. Kaya s’exécuta, bien que hésitante des suites qu’il souhaitait donner à cela. Il l’invita à s’asseoir à califourchon face à lui.

— Arrête de bouder ! lui somma gentiment Ethan, tout en embrassant le bout de son nez. J’ai besoin de te taquiner ! Ça aussi, ça m’a manqué !

— Je sais ! lui répondit Kaya d’une voix bougonne, tout en baissant les yeux. Mais tu m’énerves ! Tu as toujours la répartie pour gagner le duel.

— Hé hé ! J’avoue ! Ça sort tout seul ! Je suis tellement heureux de nos chamailleries que ça percute vite le cerveau, comme si un bouton s’enclenchait dès qu’il s’agit de te chercher la petite bête ! C’est tellement… jouissif !

Devant la mention de ce mot, Kaya esquissa un léger sourire et frappa légèrement son épaule.

— Je suis sûr que cela t’a manqué, à toi aussi ! lui chuchota-t-il alors, tout en cherchant à capter son regard.

Kaya le fixa alors et grimaça.

— Je préfère ça à ta tristesse… C’est sûr !

Elle posa ses mains sur son T-shirt, au niveau du torse, et caressa légèrement l’endroit où se trouvaient ses deux cicatrices, quand tout à coup, une idée angoissante lui traversa l’esprit.

— Rassure-moi… J’espère que, rongé par le désespoir, tu n’as pas recommencé durant cette année loin de moi ?!

Ethan regarda les mains de Kaya couvrant son torse et posa les siennes dessus.

— J’y ai songé plus d’une fois… Quand je ne supportais plus d’avoir un plâtre à la jambe, quand le détective m’a annoncé avoir fait chou blanc, quand ton absence devenait tellement lourde que ma poitrine brûlait…

Kaya serra les poings, consumée par la culpabilité. Ethan glissa alors leurs mains unies sous son T-shirt pour qu’elles le caressent, à même la peau. Elle en sentit les boursouflures et rugosités, et l’inquiétude la gagna un peu. Il posa alors son front contre la clavicule de Kaya.

— Je ne l’ai pas fait, Kaya ! Si je veux être digne de toi, te prouver que je peux être l’homme de ta vie et que tu peux compter sur moi, le premier des efforts que je devais fournir après ton départ était de respecter ma promesse de ne pas recommencer.

Les yeux de Kaya s’humidifièrent un peu.

— Je veux être l’homme sur qui tu puisses te reposer et non à propos de qui tu t’inquiètes parce que mentalement, ça ne va pas. Ton départ m’a fait comprendre combien je devais faire un gros travail sur moi pour ne plus que tu doutes de notre force à chacun à tenir debout et à résister aux bourrasques.

— Ne crois pas que je n’aime pas tes faiblesses, Ethan ! lui répondit-elle alors d’une petite voix.

— Je sais ! Mes faiblesses sont aussi une partie de moi que je dois accepter pour avancer. Cependant…, elles sont aussi un frein à notre relation. Nous avons été séparés à cause d’elles et je ne veux pas que cela se reproduise. Alors je ne les ai pas touchées ! Je te le promets ! Tu veux voir ?

Il lui offrit un sourire coquin tout en faisant tressauter ses sourcils. Kaya ne put s’empêcher de sourire à son tour devant sa fierté d’être devenu plus solide mentalement. Aujourd’hui, il ne redoutait plus ni de les montrer ni qu’elle les touche. Il retira alors son t-shirt et le laissa tomber par terre. Avec mélancolie, Kaya posa sur ses deux cicatrices ses doigts qui les longèrent d’un bout à l’autre.

— Tout le reste de mon corps veut bien être aussi touché par tes doigts ! lui susurra-t-il alors à l’oreille.

— Tu veux que je pose mes mains partout sur toi ? lui demanda-t-elle pour confirmation.

Ethan gémit à cette idée aux airs familiers.

— Je suis tout à toi, ma Princesse. Touche-moi partout !

 

Elle passa alors une main derrière sa nuque et le massa. Ethan ferma les yeux un instant avant de sentir les lèvres de sa princesse sur les siennes. Il la serra alors dans ses bras et se laissa aller à effleurer avec plus ou moins de force les lèvres de Kaya. Cette dernière glissa sa main dans ses cheveux pendant que l’autre restait posée sur la joue d’Ethan. Leurs langues se mêlèrent encore et encore, tandis qu’Ethan baladait ses mains sous le T-shirt de sa belle. Elle se décala néanmoins et se baissa pour embrasser ses cicatrices lentement. Ethan observa attentivement les lèvres de Kaya adoucir ses tourments. Son coeur battait fort, mais ce n’était pas par peur ou appréhension. Aujourd’hui, c’était par amour. Il sentait combien cela lui faisait un bien fou qu’elle presse sa bouche contre son mal, tel un baume qui faisait disparaître toutes les souffrances du passé. Son attention fut pourtant vite déviée lorsqu’elle se mit à genoux et entreprit de descendre encore en lui retirant son short long et ses sous-vêtements. L’étonnement teintée d’une certaine inquiétude devant la charge émotionnelle qui allait suivre vint perturber les battements de son coeur.

— Kaya… Tu es sûre de… Oh putain ! Merde ! Oui, t’es sûre !

Il laissa tomber sa tête en arrière tout en savourant les caresses buccales de sa partenaire sur son sexe. L’émotion et le désir se mélangèrent et accentuèrent le rythme de sa respiration et de ses gémissements. Il posa ses doigts dans les cheveux de Kaya, ne sachant s’il devait calmer son ardeur ou la laisser continuer jusqu’à l’extase. Un dilemme qui heurtait sa conscience face à sa déraison.

— Dis… Tu es sûre que je n’ai vraiment pas le droit de te dire «je t’aime» pendant un moment pareil ?

Il baissa les yeux vers Kaya, à genoux entre ses jambes. Elle faisait visiblement exprès de n’avoir rien entendu. Il sourit.

 — Épouse-moi, Kaya !

Immédiatement, Kaya se retira, choquée.

— Mais tu n’es pas croyable ! Tu ne peux pas me demander de t’épouser tout ça parce que je…

Elle montra son pénis au garde à vous et se mit à rougir. Il se mit à rire, fier de l’avoir encore prise au dépourvu.

— Je t’aime, mon amour ! Tu es la femme de ma vie !

— Ethaaan !

— Ben quoi ! C’est la vérité ! Et pas uniquement parce que tu me dévores tout cru !

— Je ne te dévore, je te…

Kaya se cacha le visage de ses mains, rouge de honte.

— Sous la douche ou dans la cuisine, n’importe où tu me feras de jolies gâteries, Kaya, je te promettrai la lune et te couvrirai de mots doux. Comment veux-tu qu’il n’en soit pas ainsi ?!

— Tu m’as coupé dans mon élan… Ne me regarde pas !

Ethan ricana, attendri par son attitude mignonne.

— Très bien ! C’est l’heure du petit-déjeuner ! s’exclama-t-il soudain.

Il la releva alors et la déposa, les fesses sur la table. Surprise de cette initiative, Kaya ne sut comment réagir à cette annonce. Sans attendre, Ethan souleva le long T-shirt de Kaya et le lui retira à son tour. Il l’obligea à s’allonger sur la table, au milieu de ce qui allait composer son repas. Il badigeonna alors ses seins d’un coup de cuillère dans le pot de confiture de fraise. Kaya se raidit devant la fraîcheur de l’aliment sur ses tétons.

— La fraise… Sur le corps d’une femme…

Il lui sourit alors, cherchant à vérifier si cette allusion faisait écho à Kaya.

— De ma femme ! se reprit-il, tout sourire. Tu sais le sucré et l’acidité… J’adore !

Il grogna d’avance de plaisir. Il prit ensuite le pot de miel et laissa le liquide couler le long de son ventre jusqu’à ses poils pubiens. Le regard carnassier d’Ethan fit augmenter l’appréhension de Kaya. Il prit ensuite une tranche de brioche et en mis un morceau dans la bouche de Kaya puis un dans la sienne tout en lui faisant un clin d’oeil avant de se saisir d’un de ses tétons. Kaya eut un sursaut de surprise à son mordillement léger au passage. Il avala ensuite le tout et inspira de satisfaction.

—J’adore prendre le petit-dej’ avec toi, chérie ! Cela a un goût particulier de reviens-y tout à fait hypnotique !

Il plongea aussitôt sur le second téton enrobé de confiture de fraise qu’il lécha, aspira et tortura un moment avant de gémir. Kaya ferma les yeux et se laissa aller volontiers à ses supplices. Si telle devait être sa punition pour l’avoir quitté, alors elle l’acceptait. Le châtiment était à la hauteur de son amant. Finalement, elle était heureuse de s’être endormie dans ses bras la veille pour commencer la matinée de telle manière. Elle sourit alors. Tandis qu’Ethan se léchait les lèvres pour ôter les dernières traces de confiture, elle se saisit de son index qu’elle plongea dans le pot de confiture, puis le mis à son doigt tout en le défiant du regard. Ethan bloqua alors sur son index qui coulissait désormais dans la bouche de sa belle.

— J’aurais peut-être dû te laisser un peu plus jouer avec…

Il lança un regard vers son sexe.

— Il n’y a pas de raison que tu sois le seul à prendre ton petit-déjeuner ! lui rétorqua-t-elle, provocatrice.

 

Sans attendre, il fonça sur ses lèvres, l’écrasant de tout son poids et étalant le miel sur leurs deux ventres. Le baiser était fougueux, avide. Leurs langues se retrouvaient à nouveau pour ne faire qu’une. Leurs mains dévalèrent les centimètres de peau de l’autre, friandes de s’approprier le corps convoité. Le désir décupla instantanément. Leur respiration s’emballa. Leur amour pour l’autre s’exprimait enfin concrètement. L’ardeur d’Ethan à embrasser sa petite amie ne trouvait plus de limites. Il pouvait enfin exprimer ce qu’il retenait depuis un an en lui. Leurs salives coulaient du coin de leur bouche, incapables de maîtriser le bouillonnement fébrile qui les rattrapait et les noyait en une vague de chaleur volcanique. Sans plus de cérémonie, Ethan quitta la bouche de Kaya et laissa traîner sa langue sur son ventre, accumulant le miel dessus avant de revenir dans la bouche de Kaya pour partager sa récolte que cette dernière accepta sans résistance. Leur baiser au goût de miel les fit sourire, aimant cette complicité naissant de trois fois rien. Telle une abeille, Ethan recommença son expédition et récolta sur sa langue son butin sucré sur le ventre de Kaya, mais au lieu de lui redonner une partie de sa moisson, il descendit un peu plus bas pour s’attarder entre les cuisses de son amante. Kaya lâcha un spasme de surprise en sentant sa langue taquiner son clitoris avant de gémir et se cambrer pour lui donner le meilleur accès possible. Ethan la lécha encore et encore, cherchant le geste, la posture, le mouvement pouvant la faire décoller et atteindre l’orgasme, mais ce fut le rythme de plus en plus saccadé de sa respiration qui lui indiqua qu’il était proche du point culminant.

Kaya se tordit dans un spasme d’extase exprimé dans un gémissement étranglé par le plaisir. La contempler ainsi, livrée entièrement à lui et à ce qu’il voulait bien faire d’elle, exacerba davantage le désir propre d’Ethan à la faire sienne.

— Viens vite ! lui murmura-t-elle alors.

Il se redressa alors et la pénétra. Une immersion aux allures de retour au bercail lui faisant un bien immense. Kaya se cambra encore, offerte à ses coups de reins. Les yeux brillants de désir, Ethan glissa ses bras sous les genoux de Kaya pour mieux la ramener à lui à chaque coup de reins.

— Dommage ! Je n’ai pas de chantilly ! lui chuchota-t-elle.

— Tu mériterais plutôt une punition pour avoir osé sortir le cacao alors que je déteste le chocolat !

— Oups !

Tout à coup, Ethan se retira et la redressa pour changer de position et la prendre en levrette debout. Il plaqua son ventre contre la table et retourna à la charge. Le changement de position leur offrit une nouvelle sensation qui grisa Ethan. Les coups s’enchaînèrent à nouveau. Il se pencha sur elle au bout de quelques minutes.

— Peut-être que je devrais arrêter… C’est peut-être trop d’un coup à tes yeux ?!

— Dis plutôt que tu cherches une excuse pour ne pas craquer trop rapidement.

Ethan se redressa et claqua une de ses fesses en réponse.

— Aaahooo ! cria Kaya, sous la légère brûlure que la claque lui avait laissé sur la peau.

— Impertinente ! Sais-tu que je compte faire cela toute la journée ? J’ai des mois d’abstinence à rattraper, je te rappelle !

Kaya tourna la tête pour voir le visage de son amant par-dessus son épaule et vérifier s’il plaisantait, puis regarda à nouveau les aliments autour d’elle.

— Il va peut-être falloir sortir plus de carburant dans ce cas !

Un énorme sourire se dessina sur le visage d’Ethan.

— Et en plus, elle ne dit pas non ! Putain, Kaya, épouse-moi !

LOMCTR T3 : Le coeur ou la raison – chapitre 3

Taïkan, ou comment réveiller la jalousie d’un homme ! ^^

 

©Jordane Cassidy – 2023


3

Un grain dans le rouage.

 

 

— Duc Callistar ! Quelle surprise ! Nous n’attendions pas votre venue ! Si nous avions su, nous aurions…

— Vous auriez quoi ? Caché des choses de ma vue ?

Venant à lui, Fergus de Middenhall regarda Callum Callistar d’un air hébété devant son ton suspicieux et un poil agressif, puis s’arrêta.

— Pas du tout ! C’est avec plaisir et sans désagrément que nous accueillons votre visite. Vous êtes le mari de ma fille, vous êtes ici comme chez vous. Seulement, nous aurions pu mieux préparer votre arrivée afin que vous trouviez rapidement votre confort !

Callum lança un regard torve à son beau-père avant de tendre les rênes de Kharis à un serviteur.

— Comment va votre épouse ? se radoucit légèrement le Duc.

— Mieux ! Elle garde encore le lit, mais elle va beaucoup mieux. La présence d’Aélis a aidé à son rétablissement. Le départ de sa fille pour Althéa lui a mis un coup au moral, je pense, et sa blessure lors du mariage n’a rien arrangé à son inquiétude de la laisser avec vous. La venue d’Aélis l’a rassurée.

Fergus de Middenhall invita le Duc à le suivre à travers les couloirs du domaine. Callum observa attentivement la demeure d’enfance d’Aélis. Chaque détail avait son importance pour l’aider à mieux comprendre sa femme et trouver des indices pour le bon déroulement de son enquête sur l’identité de la fillette qu’il avait sauvée. Fergus le conduisit dans une grande salle.

— Vous devez être fatigué. Nous allons vous servir à boire, ainsi qu’une collation.

— Je souhaiterais voir ma femme immédiatement.

Fergus le fixa un instant, devant son air impassible.

— Oui… Suis-je bête ! Cela peut se comprendre qu’elle vous ait manqué, à vous aussi.

Callum se trouva légèrement gêné par cette déduction pour le moins impudique. Fergus l’invita à le suivre.

— Elle était tout à l’heure dans le jardin avec Taïkan.

À la mention de ce nom, Callum se raidit et s’arrêta. Il l’avait déjà entendu et ce n’était pas à son avantage.

— Un problème, Duc Callistar ?

Une sourde colère le gagnait. Alors qu’il l’attendait à Althéa, elle batifolait dans les jardins de la maison familiale avec son ex.

— Non, allons-y.

Les deux hommes traversèrent deux pièces avant d’arriver vers les jardins derrière le domaine. Il aperçut alors Aélis au loin en train de rire avec ce fameux Taïkan. Sa mâchoire se serra.

Aélis remarqua l’agitation à l’entrée du jardin et son sourire s’effaça à la vue de son mari. Elle jeta rapidement un regard vers Taïkan et tenta de paraître normale, devinant que la rencontre risquait d’être tendue.

— Regarde qui est venu nous rendre visite, Aélis ! Ton mari ! s’exclama joyeusement Fergus de Middenhall.

— Que… faites-vous ici ? lui demanda-t-elle alors, non sans cacher sa surprise et oubliant les salutations.

— Ma présence vous dérange ? lui répondit durement le Duc, constatant son manque d’enthousiasme à le retrouver.

— Pas… pas du tout ! le contredit-elle. Seulement, je ne m’attendais pas à une visite-surprise. Vous n’avez pas annoncé votre arrivée, il me semble.

— Et je vois que je fais bien de venir ici à l’improviste.

Callum jeta un regard noir à Taïkan, qui lui répondit visiblement par le sien. Si Callum ne semblait pas ravi de le voir auprès de sa femme, il en était de même pour Taïkan qui n’aimait pas l’idée de voir le mari d’Aélis venir s’immiscer dans leur discussion. Aélis se reprit et tenta de calmer les choses en agissant en femme civilisée.

— Duc Callistar, voici…

— Taïkan ! la coupa sèchement le Duc. Je sais.

Taïkan sourit, heureux de constater que sa réputation était venue jusqu’aux oreilles du Duc.

— Taïkan, voici mon mari, le Duc Call…

— J’avais compris ! la coupa Taïkan, aussi discourtois que tranchant. Difficile de ne pas s’en douter !

Callum serra le poing. La remarque était une déclaration de guerre évidente. Il s’esclaffa alors.

— Et moi je comprends mieux certaines confidences que ma femme m’a faites à votre sujet !

Taïkan dévisagea alors Aélis, qui leva les yeux au ciel. Elle passa son bras sous celui de son mari et l’emmena plus loin, pour une discussion plus privée.

— Excuse-moi, Taïkan, mais je crois que j’ai besoin de m’entretenir avec mon mari immédiatement !

Callum se laissa traîner par sa femme à plusieurs mètres de là, avec un petit sourire de vainqueur qu’il ne cacha pas à son ennemi. Une fois loin des regards indiscrets, Aélis se posta devant lui.

— À quoi vous jouez ? l’invectiva-t-elle.

— Je peux vous retourner la question ! lui répondit Callum, tout en croisant ses bras.

— Je vous demande pardon ?

— Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. Je vois que, finalement, ce que vous m’aviez confié sur lui et vos sentiments à son égard n’étaient que mensonges pour m’amadouer !

— Quoi ?! Je ne mens pas ! Qu’est-ce que vous insinuez ?!

Callum jeta un regard au loin, où attendait son rival.

— Vous semblez préférer passer du temps ici avec lui que de rentrer à Althéa pour le passer avec moi !

— Mais pas du tout ! Ma mère est encore convalescente.

— Votre père m’a dit qu’elle allait mieux.

— Mieux ne veut pas dire qu’elle est totalement guérie !

— Et donc si sa convalescence prenait plusieurs années, vous me snoberiez tout ce temps ?

— Mais bien sûr que non ! objecta Aélis, agacée par ces accusations sans fondements.

Callum campa un peu plus sur sa position.

— Je vois que je suis le seul à m’inquiéter et à éprouver un manque. C’est presque risible tant c’est navrant…

Callum s’agita, nerveux.

— Vos suppositions sont fausses ! s’emporta Aélis. Bien évidemment que vous m’avez aussi… manqué.

Aélis se rendit compte de la portée de ses derniers mots et rougit.

— Vraiment ? insista alors Callum, sceptique.

Callum décroisa ses bras et jeta un nouveau regard au loin vers Taïkan qui patientait toujours. Sans attendre, il attrapa Aélis par la taille.

— Montre-moi combien je t’ai manqué, Aélis ! lui chuchota-t-il alors, droit dans les yeux.

Aélis se mit à rougir plus franchement et se trouva mal à l’aise. Elle avait l’impression qu’il cherchait plus à réaffirmer qu’elle était sa propriété devant Taïkan, qu’une réelle envie de rapprochement entre eux.

— Lâchez-moi ! le repoussa-t-elle alors. Ce n’est ni l’endroit ni le moment ! Êtes-vous obligé de vous montrer en spectacle de la sorte ? Je vous ai déjà dit que vous manquez de pudeur !

— Il n’y a pas besoin d’endroit ou de moments pour dire ce qu’on ressent… Je vous ai déjà aussi répondu la même remarque ! Et le spectacle est pour celui qui trouve un intérêt malsain à nous regarder !

Il jeta un nouveau regard derrière Aélis en direction de Taïkan, puis la relâcha, amer.

— Cela vous gêne donc autant que l’on s’affiche comme un couple devant lui ?

Aélis fronça les sourcils.

— Je ne crois pas avoir besoin de leçon de votre part. Vous n’étiez pas gêné pour vous afficher en public avec l’Intendante au banquet que j’avais préparé à votre retour, au point de la conduire dans les écuries ! Ce n’est pas parce que je suis devenue votre épouse que je ne dois pas considérer avec respect les sentiments de Taïkan à mon égard et lui infliger une peine supplémentaire en restant dans vos bras.

— Oooh ! Le pauvre petit, il ne faut pas heurter sa sensibilité !

— Tout comme je dois composer avec la mienne concernant l’Intendante  ! Je sais ce que cela fait !

Aélis croisa les bras à son tour. Callum s’enhardit.

— Sauf qu’aujourd’hui, Ysalis n’est plus au château !

Aélis laissa retomber ses bras de surprise.

— Quoi ?

— Je l’ai virée !

La stupéfaction gagna le visage d’Aélis.

— Mais qui va la remplacer ?

— Il n’y a donc que cela qui vous vient en tête quand je vous annonce que j’ai congédié mon ex ?

Aélis se mit à rougir légèrement, embarrassée.

— Le devenir d’Althéa est plus important que mes problèmes personnels… C’est ce qu’on attend d’une duchesse, non ?

— Je suis justement venue chercher sa remplaçante !

— Ici ? s’étonna un peu plus Aélis. À Piléa ?

— Ici. À Piléa !

Interloquée, Aélis se demanda qui pouvait être à la hauteur de la tâche. Callum en sourit.

— Pour éviter toute histoire, le mieux serait que ma femme prenne le relais ! Elle n’aura plus à se préoccuper d’une réticence, d’un bras de fer et de l’aide d’un tiers pour obtenir gain de cause…

Aélis releva la tête vers lui, choquée, mais aussi perdue.

— Moi ? Intendante ? Mais je suis déjà Duchesse, je ne peux pas…

Callum se rapprocha lentement d’elle et lui attrapa le bout des doigts.

— Tu as déjà pris l’initiative de régler certaines affaires courantes en mon absence et certains travaux. Tu peux prendre sa place.

À la fois gênée et reconnaissante, la jeune femme gesticula dans tous les sens, peu assurée de savoir si c’était la bonne option. Callum la rassura alors.

— On fait un test et on voit si ça passe… Sinon on avisera pour chercher quelqu’un.

Aélis se trouva perturbée par cette double annonce. Elle pouvait reconnaître que le geste de Callum était touchant et plein d’attention à son égard, mais la tâche lui semblait énorme à gérer.

— Oui… On peut faire le test…

Elle lui sourit alors, plus radoucie, même si elle doutait encore de ses capacités à tenir ce rôle. Elle serra ses doigts dans ceux de son mari.

— Mais bon, cela est valable uniquement si ma femme daigne rentrer à Piléa plutôt que de flirter avec son ex !

Callum afficha alors un visage narquois devant lequel Aélis ne cacha pas son indignation et en vint à poser ses poings sur ses hanches d’exaspération.

— Je ne flirte pas avec lui !

— Mais vous ne me laissez pas vous embrasser devant lui.

— Je ne vois pas l’intérêt de le narguer. Vous n’êtes qu’un enfant qui a peur qu’on lui vole son jouet. Vous êtes ridicule !

— Ridicule ? Je devrais faire un grand sourire ravi de vous retrouver en compagnie de votre ex, en train de rire alors que vous-même vous n’aimiez pas me voir tourner autour d’Ysalis ? Et je joue les gamins ? Très bien ! Dans ce cas, restez avec lui, puisque ma réaction vous indiffère au point de camper sur vos positions !

Callum tourna les talons, très énervé, et quitta le jardin. La chute de cette discussion déstabilisa Aélis qui ne sut quelle attitude adopter, avant de finalement s’agacer de son comportement jaloux.

— Très bien ! Puisque vous le prenez ainsi ! Bon vent ! lui cria-t-elle dans son dos.

— Ouais, je m’en vais trouver une intendante ! Peut-être même une nouvelle amante !

Il lui fit un signe d’au revoir de la main et disparut. Aélis grogna de colère et tapa du pied dans l’herbe. Au loin, Taïkan observa avec perplexité le départ de Callum plutôt tendu et la réaction agacée d’Aélis. Il alla la retrouver.

— Aélis, est-ce que ça va ?

Elle hésita à lui répondre. Il était en partie responsable du désaccord qu’elle avait avec son mari.

— On ne peut mieux !

Callum traversa les couloirs d’un pas pressé. Sa rage augmentait avec les pas qu’il multipliait. Il pensait avoir été suffisamment patient et compréhensif, il avait même fait preuve de confiance en lui proposant ce poste, mais rien ne semblait lui faire comprendre que son attitude restait équivoque.

— Duc Callistar, vous revoilà ? Où allez-vous ? lui demanda alors Fergus qui le croisa par hasard.

— Je rentre à Althéa. Je réalise la mauvaise idée d’avoir laissé mon fief pour une femme !

Fergus tiqua en devinant que sa fille était la femme en question. Et au vu de son agacement, le couple était en froid.

— Vous n’allez pas partir maintenant. Restez au moins pour le diner ! lui cria-t-il alors qu’il se trouvait déjà plusieurs mètres plus loin.

Callum quitta le domaine sans plus de considération pour le maître des lieux et alla chercher son cheval. Il tomba alors nez à nez avec Nimaï et Sampa.

— Mon… Mon commandant ! Que faites-vous ici ?! demanda alors Nimaï tout en posant le genou pour le saluer.

Main droite posée fièrement sur le cœur et l’autre dans le dos, Sampa le salua fièrement.

— Mes respects, Duc Callistar.

Callum observa un instant l’un, trop lèche-bottes, et l’autre, trop peu soumis à son goût. Il leva les yeux et monta en selle.

— Je rentre à Althéa.

— Vous êtes venu voir la Duchesse ? l’interrogea Nimaï tout en se relevant.

— Et visiblement, le plaisir n’était pas réciproque ! grommela Callum doucement entre ses dents. Vous devriez surveiller un peu plus votre maîtresse ! reprit-il plus haut. Que faites-vous là ?! Je ne vous ai pas envoyé la suivre pour que vous restiez à l’extérieur du domaine.

— Nous sommes allés recueillir des témoignages d’habitants des alentours… lui indiqua Sampa. Il semblerait qu’un troll perturbe leur tranquillité. Nous sommes allés nous assurer de ces dires et vérifier s’il n’y avait pas un danger direct pour la Duchesse et sa famille.

— Un troll, tu dis ? Ils restent pourtant à l’écart des humains, en général.

— Celui-ci aurait une attitude belliqueuse, voire enragée… continua Nimaï. Il aurait détruit des récoltes et le bien de certains habitants. Ce descriptif n’est pas dans les habitudes des trolls. C’est pourquoi nous sommes partis chercher des informations plus concrètes et déterminer les risques pour la Duchesse.

— Et qu’avez-vous recueilli comme renseignements ?

— Il a sévi hier sur le nord de Piléa et aurait provoqué une panique au sein des habitants avant de repartir ! lui révéla Sampa. Nous venions rendre compte à la Duchesse de nos dernières avancées avant de savoir si nous devions aller plus loin en allant à sa rencontre pour le neutraliser.

Le Duc Callistar évalua la situation un instant, puis avisa de la valeur de ses deux soldats, avant de statuer.

— On y va !

Les deux soldats se regardèrent, surpris par l’annonce du Duc.

— Maintenant ? demanda alors Nimaï.

— Maintenant ! confirma Callum. Prenez vos chevaux !

— Nous devons en toucher un mot à la Duchesse ! l’interpella Sampa. Nos ordres viennent d’elle.

La remarque de Sampa fit voir rouge au Duc. Son corps se raidit et il leur jeta un regard dur, signe manifeste de son agacement à voir son ordre discuté.

— Je ne suis pas d’humeur à discuter commandement. J’ai dit : « on y va ! »

Ne souhaitant croiser une nouvelle fois le fer avec le Duc, Nimaï consulta silencieusement l’avis de Sampa qui se montra tracassé à devoir encore composer avec l’impossibilité du couple ducal à trouver un terrain d’entente concernant le commandement de la garde personnelle de la Duchesse. Nimaï haussa les épaules, puis alla chercher son cheval. Sampa fixa le Duc qui ne lâcha pas son regard défiant.

— Tu comptes rester là à me provoquer ? lui fit alors remarquer le Duc.

— Il est préférable qu’un de nous deux reste, au cas où le troll aurait changé sa trajectoire et viendrait par ici. Cela tempèrera aussi l’agacement de ma maîtresse à vous voir réquisitionner ses deux soldats sans sa permission.

— Toi, un jour, je trancherai ta gorge… vociféra Callum.

— Il faut bien mourir un jour… lui répondit Sampa, avec un petit sourire.

Il quitta alors le Duc et entra dans le domaine. Nimaï le retrouva avec son cheval.

— Je suis prêt, Commandant ! Allons-y !

 

LOMCTR T3 : Le coeur ou la raison – chapitre 2

Callum part à Pilea et il n’est pas au bout de ses surprises ! ^^

 

©Jordane Cassidy – 2023


=> Chapitre 3


 

 

2

Savoir attendre,

c’est savoir jusqu’à quand l’impatience nous gagne !

 

— Alors ? Comment s’est passée cette nouvelle nuit ?

— Comme toutes les précédentes… D’un calme surprenant.

Finley se posta dans le dos de Mills qui regardait au loin le Duc, assis en tailleur sur la pelouse du jardin, en train de méditer.

— Ce n’est pas normal ! s’inquiéta Finley. Nous savons que le démon est toujours en lui. Alors pourquoi ne se manifeste-t-il plus ? Pourquoi les ténèbres ne viennent-elles plus perturber son sommeil ?

Mills laissa aller son regard à la contemplation du Duc, malgré les inquiétudes de Finley.

— C’est une question à laquelle visiblement personne n’a la réponse. Pas même le principal intéressé.

Finley grimaça.

— Edern a visité son plan astral ?

— Le Grand Gardien le lui a fortement déconseillé, en sachant qui est son ennemi si elle venait à le rencontrer. Une attaque frontale n’est pas souhaitable si on veut préserver cette paix, même temporaire, avec le démon. Le mieux à faire, c’est de laisser ce démon tranquille, tant qu’il accepte de laisser le Duc dans cet état et qu’il ne déclenche pas de guerre.

— Et la méditation donne quoi, d’après vous ?

— Je l’ignore également. Le Duc reste silencieux depuis, même concernant ses méditations. Est-ce qu’il arrive à rentrer en communication avec lui ou non ? Est-ce que ce sont ces méditations qui entrainent ces nuits plus ensommeillées ? Je pense que lui-même attend d’en savoir plus pour confirmer ou infirmer quoi que ce soit.

Finley observa Callum Callistar au loin.

— C’est bizarre… Il devrait broyer du noir un minimum ; la Duchesse n’est toujours pas revenue à Althéa et nous n’avons pas beaucoup de nouvelles. Ne lui manque-t-elle pas au point de ruminer et faire croître les ténèbres en lui ?

— Ooooh ! Je pense qu’elle lui manque, mais il essaie d’en faire abstraction… en méditant !

Mills se mit à glousser. Finley esquissa un sourire à sa boutade.

Assis en tailleur, Callum laissa retomber son dos contre la pelouse, dans un grand soupir de lassitude. Il avait beau essayer, il n’y arrivait pas. Entrer en contact avec Noctis semblait compliqué. Il ignorait comment faire, par quel chemin passer. Demander une aide extérieure était exclue afin de ne pas mettre les autres en danger. Noctis était un démon plutôt susceptible ; il ne fallait pas le provoquer inutilement. Comment Noctis l’accueillerait-il s’il venait à entrer en contact avec lui dans son plan astral ? Il savait que la méditation permettait d’atteindre un certain niveau de lévitation de la pensée. Même s’il n’était pas le plus confirmé des pratiquants, il n’avait que cette voie pour l’instant pour lui parler. Mais plus il essayait, moins il arrivait à laisser son esprit sortir de son corps.

Mais avait-il le choix ? Apprendre son existence avait changé un peu la donne sur qui il était. Des questions avaient fini par lui traverser l’esprit, des demandes d’explications devenaient nécessaires pour soulager sa conscience, mais aussi celle des autres. Dans un sens, il comprenait Aélis et son sentiment d’exclusion et d’angoisse à être vue comme dangereuse et différente à cause de la Protectrice. La révélation de ce démon de premier ordre n’avait qu’aiguisé davantage la méfiance de ceux qui l’entouraient. Il ne s’était jamais autant senti comme une bête sauvage à mettre sous haute protection. Même s’il les comprenait, cela l’agaçait. Il voulait rassurer tout le monde, mais il n’en trouvait pour l’instant pas les moyens. Il ressentait le besoin de combler ses doutes par des réponses, mais en même temps, il craignait aussi cette discussion avec son autre soi.

Allongé sur l’herbe, il sortit alors sa pierre translucide accrochée à son cou et la contempla. Pouvait-elle aussi le protéger de ce démon ? Il ne l’avait pas portée la nuit où le démon était apparu. Il devait alors se dévêtir de tout objet parasite pour que les actes du Conseil Magique ce soir-là ne soient pas brouillés. Mais Noctis était apparu. Aurait-il finalisé sa transformation si cette pierre avait été à son cou ?

Il souffla. Ces incertitudes le minaient, mais bizarrement, ces pensées lugubres ne semblaient pas l’affecter comme à son habitude. C’était comme si le démon avait grillé tout son stock d’énergie négative en apparaissant, comme si les réserves étaient tellement basses qu’il pouvait presque croire qu’il était un chevalier comme les autres avec un parfait équilibre entre le bien et le mal en lui. Il n’y avait plus ce sentiment de débordement imminent des ondes négatives. Lui-même avait du mal à croire en cette libération. Il pensait plutôt que ce n’était pas de bon augure.

— Vous semblez bien pensif !

Callum entendit alors Mills se rapprocher de lui.

— La question est de savoir à quoi, ou plutôt à qui vous pensez ! continua le chambellan.

Le sourire affable de Mills fit lever les yeux de Callum.

— Mais je pense bien évidemment à vous, cher Mills ! lui répondit le Duc, sarcastique.

— Vous me flattez, cher Duc ! Et pourquoi moi ?

— Je me demandais si vous seriez capable de vous battre contre le démon en moi s’il venait à ressortir et à être dangereux.

Mills regarda le kiosque au loin, d’un air pensif.

— Difficile de dire qui peut avoir cette capacité, hormis la Protectrice. Le Grand Gardien actuel a pris de gros risques en se confrontant à un être de ce niveau. Même s’il est judicieux de penser qu’il serait le plus apte à rivaliser avec lui, nous n’avons pas suffisamment de données sur ce démon légendaire pour contrecarrer sa toute-puissance et le battre. Les registres du Conseil Magique nous ont donné de bonnes informations, mais pas autant que nous l’aurions souhaité. Face à un démon de cette envergure, il est logique que nous ayons peu de témoignages. Je pense que ce démon n’a eu besoin d’exprimer toute sa force qu’en de rares occasions et il est aisé de penser que ces rares occasions ont eu lieu en présence de la Protectrice. Malheureusement, les témoignages n’ont pu être tous relatés et collectés, si leur puissance respective était telle que tout pouvait être détruit à des kilomètres à la ronde.

Mills constata l’air un peu abattu du Duc.

— Mais ne vous inquiétez pas. Avec ou sans sceau, nous trouverons un moyen de ne pas exacerber sa colère… enfin, s’il réapparait !

— Il attend la venue de la Protectrice. Il a vu Aélis, il a senti qu’elle était en elle. Il réapparaitra tôt ou tard.

— Oui, il semblerait que beaucoup de monde attende son retour…, mais personnellement, j’attends davantage le retour de notre Duchesse ! Pas vous ?

— Il est indéniable qu’elle sait se faire désirer ! rétorqua Callum, sur un ton cynique.

— Il ne peut en être autrement de la Duchesse d’Althéa ! s’en amusa Mills.

— Ce qui me soulage, c’est que tant qu’elle est loin de moi, un affrontement entre nos alter ego est repoussé.

— Allons ! Vous ne pouvez vous satisfaire d’une séparation avec pour excuse la fin du monde ! Tout cela ne doit pas interférer avec votre vie de couple… Et puis, qui vous dit que le danger ne viendra pas d’ailleurs, comme avec ces voleurs de pierres ?!

— Elle est partie avec sa garde personnelle… J’ose espérer que cela suffira à sa protection.

— Moui… répondit Mills, plutôt alarmant. C’est quand même bizarre qu’elle ne soit déjà pas rentrée à Althéa. Si j’avais été à votre place, cela aurait fait longtemps que je me serai rendu à Piléa !

Callum se leva alors.

— Oui, mais vous n’êtes pas moi !

— Fort heureusement ! Je vous laisse votre démon légendaire !

Mills frissonna tout en restant moqueur, puis se tourna pour retrouver le château.

— Tu parles, il en jubilerait, le vieux bougre ! marmonna Callum, pour lui-même.

— Les rideaux que Dame Aélis a commandé à la fête aux tissus d’Azorina ont été posés pour remplacer les anciens. Quel dommage ! Elle ne peut même pas les voir de là où elle se trouve !

Mills lâcha un gros soupir déçu avant de quitter le Duc, peu dupe du message de son chambellan.

— C’est bon ! Je vais à Piléa ! J’ai compris !

Mills se rendit dans sa chambre et passa sa main devant un miroir. Le visage du Grand Gardien apparut.

— Toujours aucune nouvelle de l’un ou de l’autre ?

— Non… répondit Mills. La Duchesse n’est toujours pas rentrée de Piléa. Quant au Duc, son silence est assez surprenant. Il pourrait creuser davantage le sujet du démon qu’il abrite à travers des questions qu’il pourrait me poser ou à travers des livres, mais il n’en fait rien. C’est comme s’il se refusait d’avoir un jugement basé sur des « on-dit » et qu’il préférait avoir un regard neutre et faire sa propre enquête sur le sujet.

— Vous pensez qu’il ne nous dit pas tout sur son lien avec le démon.

— Il n’arrive pas à le trouver par la méditation. Je pense que, même si beaucoup de questions le taraudent, il sent un lien instinctif avec Noctis qui le pousse à agir ainsi. Avez-vous une idée de la dernière confrontation de Noctis avec la Protectrice ?

— Nous n’avons pour l’instant qu’un texte datant d’il y a cinq siècles. Rien ne nous dit qu’ils ne se sont pas revus après.

Mills demeura songeur. Le Grand Gardien continua.

— De même, j’ai beau essayer de chercher une raison, je ne vois pas pourquoi un démon légendaire irait se cacher dans le corps d’un bébé.

— C’est aussi ce qui m’intrigue. Une possession implique des sacrifices de la part des deux parties. Un démon légendaire n’a aucun ennemi suffisamment effrayant pour choisir de se cacher dans un humain, au risque de perdre une partie de sa puissance par l’acte de possession. C’est ce que je n’arrive pas à comprendre. J’en viens à penser qu’il ne l’a peut-être pas fait volontairement.

— Tu penses qu’on l’a enfermé volontairement dans le corps de Callum bébé ? Cela impliquerait un grand pouvoir magique de la part de celui qui a fait l’incantation pour jeter le sort de possession… Ce serait alors un mage ? Quel mage aurait une telle puissance si ce n’est ni toi ni moi ?

— Je l’ignore… Beaucoup d’éléments sont encore hors de notre portée… Gardons notre vigilance pour le moment et continuons à explorer un maximum de pistes.

Le Grand Gardien acquiesça d’un signe de tête et Mills effaça son visage du miroir en cuivre d’un nouveau geste de la main. Il soupira et sortit de sa chambre avec une certaine inquiétude. Il n’y avait rien de pire que l’inconnu, sans pistes tangibles pouvant aider à avancer.

Il nettoyait alors ses petites lunettes lorsque Cléry arriva en trombe au château.

— Bien le bonjour Cléry ! Que nous vaut cette visite… dans un tel état ?

Mills l’examina de la tête aux pieds. Le prêtre était recouvert de terre.

— Doux Jésus ! Que vous est-il arrivé ?!

— Est-ce que le Duc est dans les parages ? demanda alors le prêtre, faisant fi de son apparence déplorable.

Mills regarda son camarade avec curiosité.

— Vous souhaitez emprunter la salle du grand bain ? lui rétorqua alors Mills.

Cléry soupira et jeta un œil à sa tenue.

— Pardon pour cette présentation pour le moins pittoresque pour un homme de mon rang.

Cléry resta pour autant absorbé par l’objet de sa venue.

— Est-il là ?

— Non. Il vient de partir pour Piléa.

— Seul ?

— Oui.

L’air tracassé du prêtre ne fit qu’agrandir l’intrigue du chambellan autour de sa venue.

— Je ne suis que chambellan, mais je peux peut-être vous aider ?!

Cléry considéra la proposition de Mills un instant et souffla.

— Mills, vous êtes plus qu’un chambellan, voyons ! Avons-nous un registre des anciens occupants du château et un historique de ce qui a pu s’y passer ?

Mills se mit à réfléchir.

— Possible, oui. Ce serait soit dans la bibliothèque, soit dans le bureau du Duc, dans tous les cas.

Sans attendre, Cléry se rendit à la bibliothèque. Mills lui emboîta le pas, bien résolu à comprendre quelle mouche avait piqué Cléry. Une fois dans la bibliothèque, le prêtre commença à chercher ce fameux registre. Mills l’y aida en silence jusqu’à ce qu’il fasse une bonne pioche au bout de plusieurs minutes.

— Le voilà ! s’exclama-t-il.

Cléry se précipita dessus et l’ouvrit, cherchant tout d’abord la généalogie des Averhill.

— Pourriez-vous me dire ce que vous cherchez ? Ne me laissez pas dans l’ignorance, cher ami ! C’est très déplaisant !

— Pardon, Mills. La tombe de la jeune Duchesse Averhill a été violée. On a pris son cercueil.

— Quoi ? s’exclama Mills, abasourdi par cette nouvelle bien mystérieuse. Vous êtes en train de me dire que sa dépouille a disparu.

Cléry acquiesça de la tête.

— Qui pourrait vouloir voler les ossements d’une défunte si importante pour Althéa ?

— C’est ce que j’essaie de déterminer en venant ici et en cherchant d’éventuels indices sur sa famille en premier lieu.

— Il ne me semble pas qu’il y en ait des membres de la famille encore vivants, sinon Althéa aurait eu un héritier à la mort du Duc Averhill. Or, le Roi a mis Althéa en régence par le Général Fritz.

— C’est vrai. Le gardien du cimetière m’a dit qu’elle était morte en couches. Or, jusqu’à preuve du contraire, une femme ne fait pas un bébé seule. Elle avait forcément un amant. La disparition du cercueil peut venir de là…

Il tourna les pages et tomba sur la généalogie. Mais quelle ne fut pas leur surprise en constatant que la généalogie indiquait bien les parents Averhill dont la mère était disparue il y a longtemps, leur fille Ilina Averhill avec sa date de décès, un trait sur sa gauche pour lui attribuer une filiation sans doute maritale à un homme dont le nom n’était pas indiqué, avec la naissance d’un bébé, issu des deux, décédé à la naissance.

— Comment est-ce possible que le registre ne mentionne pas le nom du père ? fit remarquer Mills, circonspect.

— Mais surtout pour quelle raison n’était-il pas mentionné ? ajouta gravement Cléry.

— Est-ce que cela signifie qu’on a caché délibérément son identité ? déclara Mills en réfléchissant.

— Ou peut-être que tous l’ignoraient aussi…

Mills regarda avec gravité Cléry.

— Quand est-ce que la disparition de sa dépouille a eu lieu ?

— Le jour du mariage ducal.

Mills écarquilla les yeux, comprenant que cette date amenait des pistes supplémentaires.

— Je veux écarter toutes les possibilités avant de croire qu’il y ait un rapport entre cette disparition et l’attaque du mariage… Cela peut être une affaire familiale, comme un villageois ou quelqu’un de l’extérieur qui ait voulu montrer son opposition à ce mariage, en montrant qu’il regrette l’ancienne duchesse à la nouvelle.

— Oui, c’est tout aussi plausible… commenta Mills. Je suggère de ne pas en parler à la Duchesse tant que nous n’avons pas plus d’éléments. Si elle venait à croire qu’on ne veut pas d’elle à Althéa, cela lui mettrait un coup au moral qu’il n’est pas bon de faire naître en elle.

— Je suis d’accord. Il faut tout de même prévenir Callum de ce lien possible entre la disparition de l’ancienne duchesse et l’attaque du mariage.

— Attendons qu’il revienne de Piléa. Cela nous laissera peut-être du temps pour enquêter et en savoir plus sur Ilina Averhill.

— Oui, je vais interroger les anciens d’Althéa. Peut-être sauront-ils nous en dire davantage sur les fréquentations amoureuses de la Duchesse Averhill ?…

Du haut de sa fière monture, Callum Callistar observa Piléa au loin. Il avait craqué. Il avait cédé aussi bien à Mills qu’à l’appel du manque de sa femme. Il pouvait en cet instant reconnaître l’homme faible, sans force mentale, qu’il était. Mais s’il y avait une chose dont il était certain, c’était que les ténèbres ne pouvaient rien devant sa curiosité. La curiosité était une source intarissable d’espoir. Elle donnait un but, une envie de savoir qui dépassait toute déprime. Et s’il était aujourd’hui sur le point de retrouver sa femme, c’était bien parce qu’il voulait connaître cette partie de sa vie antérieure à leur mariage, comme on découvre une part d’ombre qu’on expose à la lumière du soleil. C’était une sensation vivifiante à laquelle même un démon ne pouvait s’opposer.

Il avait déjà eu l’occasion de se rendre à Piléa. C’était d’ailleurs dans cette région qu’il avait rencontré la fillette au collier. Un élément qui avait aussi déterminé son choix à vouloir faire d’Aélis son épouse, les coïncidences étant plus fortes que la raison. Il avait cherché cette fillette plusieurs années plus tard, en vain. Mais cette fois-ci, la petite ville de Piléa lui apparaissait différente. Comme une alliée plus pertinente qu’à l’époque pour déchiffrer le mystère Aélis. Il avait de quoi enquêter. Il avait beaucoup plus d’éléments pour connaître la vérité. Malgré tout, il savait que cette enquête allait être reléguée au second plan devant son envie de savoir ce que fabriquait son épouse au sein de sa famille.

Il donna un coup de talon à Kharis qui avança tranquillement vers la ville jusqu’à arriver devant le domaine des De Middenhall. Il se trouva alors devant un garde à l’entrée.

— Je suis le Duc Callum Callistar, Seigneur d’Althéa et mari de votre jeune maîtresse. Je souhaiterais la voir…

 

LOMCTR T3 : Le coeur ou la raison – chapitre 1

Ils sont de retour !

 

Souvenez-vous ! Callum a découvert qu’il avait un démon légendaire en lui, Noctis, et Aélis porte en elle la Protectrice, l’ennemie jurée de Noctis.

Aélis doit, malgré ces révélations, partir au chevet de sa mère malade à Piléa.

 

©Jordane Cassidy – 2023


=> Chapitre 2


 

 

1

Déterrer des souvenirs.

 

 

 

Il y a trois ans…

 

— Votre Majesté, au rapport !

Le Roi Mildegarde regarda son lieutenant de travers.

— J’espère que les raisons qui vous conduisent à me déranger en plein repas avec la famille royale sont pertinentes, Lieutenant Gomi.

Le lieutenant s’inclina devant la famille royale.

— Je suis désolé de vous déranger, mais je dois vous informer d’un fait grave.

— Un fait grave ? Rien que ça ?!

— Nous avons essuyé une attaque, Votre Majesté ! Les geôles ont été partiellement détruites.

Hélix Mildegarde s’interrompit tandis qu’il essayait d’arracher la chair d’un pilon de poulet avec ses dents. Il le posa alors dans son assiette en silence et s’essuya les mains, puis la bouche, à présent tout à son écoute.

— Comment ?!

— Des prisonniers ont pris la fuite, à la suite d’une intrusion.

Dans un geste brusque, le Roi se leva de son siège.

— Qui a osé attaquer la prison ?! s’exclama-t-il alors, dans un cri de colère.

— D’après les premières informations recueillies, il semblerait qu’un chevalier magique se soit infiltré dans les geôles et qu’il ait semé le chaos au milieu des gardiens et des prisonniers. Je suis désolé. J’ai manqué à ma mission, Votre Majesté. Je devais en assurer la sécurité, mais je n’étais pas présent au moment de l’attaque. Je pense que tout était prévu pour parvenir à la réussite de cette attaque, y compris de connaître mon emploi du temps…

Le soldat s’agenouilla, se mettant à la merci du châtiment du Roi. Cependant, Hélix Mildegarde ne s’attarda pas sur la culpabilité de son lieutenant en charge de la prison d’Avéna.

— Un chevalier magique, tu dis ? Sa description ?! lui ordonna alors le Roi.

— D’après les prisonniers qui ont préféré rester de peur des représailles plutôt que de s’enfuir, ce serait un homme d’une cinquantaine d’années avec des lunettes.

— Un chevalier à lunettes, tu dis ?…

Hélix Mildegarde se rassit pour réfléchir et trouver qui, à sa connaissance, pouvait correspondre à ce descriptif. Il n’y avait pas des milliers de chevaliers magiques au royaume.

— Il semblerait que son pouvoir magique soit de type… aqueux.

Le Roi écarquilla les yeux, devinant soudain l’identité du chevalier. Il releva la tête vers son soldat, la mine plus inquiète. Son lieutenant ferma un instant les yeux avant de les rouvrir pour annoncer l’objectif de cet assaut contre la prison.

— Il est venu libérer votre frère, Gésar Mildegarde. Il s’est enfui avec lui.

Les yeux d’Hélix Mildegarde s’assombrirent. Il ferma le poing et serra ses doigts de toutes ses forces, de rage.

— Maudit sois-tu… Khan !

 

Aujourd’hui…

Hélix Mildegarde contempla sa chevalière d’un air songeur. Un souvenir lui revint en mémoire… Ils avaient huit et onze ans à l’époque.

« — Hé ! Hélix ! Regarde ce que j’ai appris ! déclara Gésar, les pupilles brillantes.

Hélix regarda son grand frère en coup de vent avant de se replonger dans ses livres.

— Merveilleux coup d’épée ! lui déclara-t-il d’un ton monotone.

— Contemple-le bien ! Il va servir le royaume bientôt ! se gaussa Gésar. Père a dit que j’irai bientôt combattre avec les troupes royales.

— Réjouissant !

— Arrête d’être cynique et sors un peu de tes livres, Hélix !

— Les livres sont aussi d’excellents outils pour gagner un territoire ! Tu devrais en lire, futur Roi !

— Et toi, tu devrais prendre aussi une épée pour protéger ton futur Roi !

— Il saura se défendre sans moi ! Regarde le magnifique geste qu’il vient d’apprendre !

— Fais le malin ! Tu verras ! Père sera fier de moi ! Je veux être son digne successeur ! Et tu seras mon premier conseiller, Hélix !

— Je n’attends que ça ! lui répondit Hélix avec ironie.

— Un jour, j’hériterai de la chevalière de Père ! Il m’a promis qu’il me la donnerait le jour de la succession. Je suis après tout le fils héritier du trône !

Hélix souffla, dépité par tant de futilités à ses yeux.

— Tout ça pour une bague… Il y a tellement d’autres choses à découvrir que la guerre et la gouvernance d’un royaume.

— Pourquoi n’aimes-tu pas l’idée d’être Roi, frangin ?

— Parce que l’on n’est jamais en paix !

Hélix ferma son livre et le quitta.

— Je t’apporterai la paix ! Je te le promets, Hélix ! »

Hélix souffla à ce souvenir.

— Tu parles ! Tu ne m’amènes que des ennuis !

Un soldat vint alors le trouver dans la grande salle du trône.

— Votre Majesté ! Au rapport !

— Sempiternelle phrase… Parle !

— Nous n’avons toujours aucune trace de Messire Gésar ni du chevalier magique Khan. Il semble que leur activité soit discrète depuis le mariage du Duc Callistar. Nous n’avons pas eu d’autres vols de pierres depuis ni eu vent d’attaques d’un chevalier avec le descriptif du chevalier Khan.

Hélix contempla à nouveau cette fameuse chevalière à son doigt, héritée de leur père, d’un air songeur.

— Que comptes-tu faire, mon frère, maintenant que tu as le corps d’Ilina ? À quoi cela t’avance-t-il de le récupérer ?

Un grand livre se referma dans un amas de poussière. Le Grand Gardien soupira, agacé de ne pas trouver plus d’informations sur Noctis.

— Alors ? Toujours rien ?

Kizo apparut sur le pas de la porte de son bureau.

— Non… Je n’ai aucun témoignage stipulant que ce démon ait déjà pris possession d’un corps.

— Je suis sûr qu’il y a un moyen d’inverser cette possession et de rendre à Callum l’entière propriété de son corps ! l’encouragea Kizo, optimiste. Peut-être devrions-nous nous pencher sur des cas de possession de démon de niveau plus faible et adapter une formule pour ce démon et sur l’exorcisme.

— C’est une idée… Séparer le démon de Callum Callistar nous permettrait de gagner un soldat contre ce démon. Après tout, Callum est un chevalier émérite. Cependant, j’ai aussi l’intime conviction que l’en séparer ne serait pas judicieux pour l’hôte.

— Tu crains que la séparation se passe mal et que Callum en paie le prix fort, et nous aussi ?

— Oui. Le démon pourrait altérer le corps de Callum s’il sent qu’on tente de l’en séparer.

— Alors, pourquoi chercher des témoignages de possession dans ces livres ?

— Nous avons une théorie sur cette possession avec le Roi Mildegarde. Nous pensons que Callum a ce démon depuis la naissance. Il a toujours manifesté ce déséquilibre des forces en lui entre le Bien et le Mal. Partant de ce principe, si ce démon est présent depuis sa naissance, cela peut donc signifier que c’est la mère de Callum qui aurait pactisé avec le démon lors de la grossesse.

— Sa mère ? Mais…, on ignore qui c’est ! Il a toujours été orphelin. Et pourquoi offrir son fils à un démon ?

— Pour tout te dire, Kizo, la vérité sur les origines de Callum a été cachée par le Roi volontairement, et aujourd’hui, tant que nous ne savons pas ce qu’il s’est réellement passé avec sa mère, nous devons conserver ce secret.

Kizo le fixa gravement.

— Pourquoi conserver un tel secret ? Qu’y a-t-il d’important à cacher dans les origines de Callum ?

Le Grand Gardien sourit avec amertume.

— Certainement qu’il y a des souvenirs du passé que le Roi a préféré enterrer, pour le bien de tous…

— Effectivement, vu les dernières révélations, la vie de Callum Callistar semble bien compliquée !

— Et elle peut l’être encore plus selon ce que nous garderons pour nous et ce qui se révèlera à lui. La question est donc de savoir si cette possession a été volontaire ou involontaire de la part de sa mère. Soit elle a convoqué le démon pour qu’il interfère d’une quelconque manière et Callum risque de mal accepter cette issue, soit elle l’a rencontré par hasard et c’est lui qui s’est servi de sa grossesse pour répondre à des desseins plus troubles. Dans ce cas, Callum pourra l’admettre plus facilement comme une fatalité.

— Dans tous les cas, quelle tristesse si cette possession date réellement de cette période !

Kizo ne cacha pas sa compassion pour cette femme inconnue qui avait dû beaucoup souffrir aussi.

— Quel sentiment a pu éprouver cette mère lorsque le démon s’est réfugié dans son ventre ?

Le Grand Gardien contempla le livre qu’il venait de refermer avec amertume.

— La tristesse d’une mère n’a d’égale que celle de son fils orphelin aujourd’hui…

Cléry referma un vieux livre emprunté au Conseil Magique concernant la Protectrice. Il avait ainsi un peu plus d’éléments sur les attentes du Grand Gardien la concernant. Elle était un symbole du Bien, une légende, elle aussi. Il comprenait combien la réapparition de la Protectrice avait une importance dans la lutte du pouvoir contre le Mal. Il soupira et se décida à ouvrir les portes de l’église, avec sérénité.  En cette matinée, le soleil était au rendez-vous et l’air frais du matin annonçait un redoux évident pour la journée. Pourtant, quelle ne fut pas sa surprise en trouvant le responsable du cimetière devant lui, attendant l’ouverture des prières en ce lieu saint.

— Bonjour Monsieur Ratule. Les bras du Seigneur sont grands ouverts pour vous !

Il lui céda le passage devant l’entrée de l’église et l’homme entra, le visage visiblement tracassé. Sans un mot, Monsieur Ratule le salua d’un signe de tête et se dirigea vers le confessionnal, après avoir fait un signe de croix devant l’autel. Cléry soupira, navré de voir combien ses fidèles pouvaient trouver autant de tracas dans leur quotidien, au point de chercher une aide religieuse dès la première heure de la matinée. Il sourit finalement. Sa mission était de les soulager, peu importe l’heure. Il se dirigea donc à sa suite en silence et s’installa dans la partie du confessionnal dédiée à l’homme d’Église.

— Mon Père, je viens à vous, car le poids de ma culpabilité me ronge depuis trop de temps. J’ai péché d’orgueil et de paresse.

— Que vous arrive-t-il, mon fils, pour vous accabler à ce point d’une culpabilité ?

— J’ai caché un fait important à la communauté et à notre Duc. J’ai manqué à mes devoirs par simple orgueil, pour un fait outrageant pouvant avoir des conséquences…

Cléry sentit l’homme très mal à l’aise, inquiet.

 — Je vous écoute.

— J’ai découvert qu’une tombe a été profanée…, le jour du mariage du Duc. Le cercueil avait disparu… Dans un élan de panique, j’ai recouvert le trou et j’ai fait comme si rien ne s’était passé. J’avais peur qu’on me juge d’incapable. Je suis après tout le gardien du cimetière. C’est mon rôle de surveiller les tombes. Si l’une d’elles est endommagée, la responsabilité me sera incombée et… pour ce cas, j’ai pris peur en réalisant les répercussions sur mon avenir. Seulement…, plusieurs semaines après, la terre a de nouveau été remuée et là, j’ai complètement paniqué. Peut-être que quelqu’un a su que j’avais tu cet outrage. Peut-être qu’on essaie de me faire peur… Peut-être que c’est « Elle » qui revient me hanter ! Je ne dors plus ! Elle va venir emporter mon esprit en enfer !

Le gardien du cimetière s’attrapa les cheveux dans un geste de démence.

— Calmez-vous, mon enfant. Vous dites qu’une tombe a été saccagée ? Vous savez, si votre culpabilité d’avoir délibérément omis de le signaler est effective, la culpabilité de celui qui a troublé le sommeil de nos morts l’est encore plus. On ne sort pas nos morts du repos éternel. C’est un blasphème. Le Seigneur sera beaucoup moins clément envers cette personne. La question est de savoir pourquoi on s’attaquerait à une tombe, à deux reprises. Peut-être serait-il judicieux de déposer une plainte pour lancer une enquête ?

— Mais s’il y a enquête, je vais être puni par le Duc ! Je ne voulais pas déranger le Duc dans son bonheur de nouveau marié avec une telle affaire et ensuite, je me suis dit que c’était trop tard. Maintenant, je me rends compte que j’ai compromis autant de preuves que d’espoir de résoudre cette énigme à cause de ma faiblesse !

— Il n’est jamais trop tard pour réparer ses erreurs ! rétorqua d’un ton sûr le prêtre. Dites-moi, vous avez dit « elle va revenir me hanter… », de qui parliez-vous ?

— Il ne s’agit pas de n’importe quelle tombe… C’est celle de l’ancienne Duchesse d’Althéa : Dame Averhill !

— L’ancienne Duchesse d’Althéa ? répéta alors Cléry, surpris et songeur.

— Oui… Comment peut-on commettre un tel sacrilège le jour où une nouvelle Duchesse doit prendre la gouvernance de la cité ? Qui peut vouloir infliger un tel affront au Duc le jour de son mariage ?

Cléry resta tout aussi abasourdi par cette annonce.

— Déjà qu’il a dû essuyer cette attaque en pleine cérémonie… continua le gardien du cimetière, désolé.

Cléry écarquilla les yeux et une hypothèse traversa son esprit. La coïncidence semblait grosse, mais en même temps…

Il sortit alors du confessionnal et se montra à Monsieur Ratule.

— Montrez-moi la tombe ! Immédiatement !

— Mais… ? Et ma repentance ?

— Le Seigneur verra en vous un premier pas vers le pardon si vous me conduisez à cette tombe !

Le gardien le guida à travers les rangées de tombes jusqu’à apercevoir au fond du cimetière une grande stèle surplombant les autres. Cléry fronça les sourcils et se hâta.

— La voici ! lui déclara l’homme. Son père, le Duc Averhill, est juste à côté.

Cléry remarqua alors la différence immédiate de traitement de faveur entre les deux tombes. Si la tombe de la Duchesse était majestueuse et indiquait volontairement la mise en avant de la personne qu’était cette femme, celle du Duc était discrète, sans ornements. Il contempla les épitaphes. La Duchesse était morte il y a vingt-cinq ans. Le Duc il y a treize ans.

— Pauvre homme…, commenta alors le gardien du cimetière. Il aimait tellement sa fille. Il ne s’est jamais remis de son décès. Déjà, la disparition de son épouse l’avait profondément meurtri, celui de sa fille l’a achevé…

— Comment est-elle morte ? J’avoue ignorer l’histoire d’Althéa.

— En couche ! Ni le bébé ni elle, n’ont survécu. Ce fut un traumatisme incurable pour son père. Il aurait tout donné pour elle.

— Cela se voit. Il suffit de comparer les deux tombes.

— Il ne voulait pas d’un caveau familial où il aurait pu la rejoindre. Il se sentait responsable de sa mort et estimait qu’il ne méritait pas les mêmes égards. Alors il s’est contenté d’un enterrement sobre à ses côtés. Il voulait qu’elle marque davantage les esprits que lui. Peut-être une façon de la faire exister encore maintenant aux yeux des gens. Quand ils viennent ici, ils la voient. Elle ne passe pas inaperçue.

 

Cléry s’agenouilla et toucha la terre. Il examina bien le lieu, puis visa le type de chaussure du gardien en correspondance avec les traces de pas légèrement effacées dans un coin de la tombe.

— Des bottes de soldats…

— Plait-il ?

— Il y a des empreintes partielles ici.

Il les montra au gardien qui observa plus attentivement le sol.

— Pour en avoir vu beaucoup sur le champ de bataille, ce sont des empreintes de bottes de soldats. L’armure et les bottes rendent le pas plus lourd. Il n’y a pas de crampons ayant emporté la terre. Les bottes de soldats en sont dépourvues, justement pour éviter de rendre l’armure plus lourde encore…

— Vous êtes en train de dire que ce serait peut-être la garde royale ?

— Pas forcément. Cela peut être un groupe de mercenaires aussi, mais l’armée royale était là, le jour du mariage. Cela reste plausible dans les deux cas. La question est de savoir qui était là la première fois, le jour du mariage, et qui est venu la seconde fois, lorsque vous avez remarqué que la terre a été à nouveau retournée ?

— Pour des mercenaires, l’hypothèse tient la route, mais pour la garde royale ? Pourquoi la garde royale ferait…

 

Le gardien s’interrompit dans sa réflexion et écarquilla les yeux. Cléry commençait à creuser de ses mains la tombe.

— Que faites-vous ? Vous n’allez pas, vous aussi… ?

— Vous n’avez pas vérifié si le cercueil a été remis en place, je parie ?

— N… non…

— Vérifions ! Cela confirmera l’hypothèse que quelqu’un est venu vérifier le vol du cercueil, avant nous !

 

Je participe à un concours !

C’est un 10, mais…

 

Hello !

Voilà une des nouveautés de 2023 !

Alors oui, cela risque d’en surprendre plus d’un. Très honnêtement, si j’aime l’univers de la fanfiction pour le fait de faire lire son histoire au fur et à mesure, je suis moins fan du système du concours. En fait, je souhaite renouer un peu avec mes premiers amours. J’ai commencé l’écriture avec la fanfiction il y a 14 ans et je voulais un peu retrouver l’engouement de la lecture chapitre après chapitre. 

Aujourd’hui, il y a quelques plateformes d’écriture qui le permettent, mais celle que j’attends n’est pas encore disponible en France. Donc, pour plus de pertinence à trouver des lecteurs, je mise sur Fyctia. Enfin, c’est vite dit, car si ce concours fête les dix ans de la New Romance, cela indique aussi bon nombre de participants. Et là, c’est un univers que je découvre et qui est un peu à mille lieux de moi… 

Comment ça marche ?

Je poste un chapitre, le lecteur like, au bout de tant de likes, je peux débloquer un nouveau chapitre. Et bien sûr, plus il y a de chapitres, plus le nombre de likes à valider augmente.

Vous avez compris l’enjeu : plus il y a une communauté derrière, plus l’histoire avance. Tout ce que je déteste ! 🙄 Il est aisé de deviner qu’un quatre mains peut rassembler plus de monde si les deux auteurs en collaboration ont déjà chacun une communauté. Il est évident qu’en proposant une nouvelle fois un texte qui a déjà concouru, les lecteurs vont revenir pour obtenir la suite. Il est clair que celui qui part sans communauté a un gros handicap. Bref ! Je ne suis pas fan du système , mais c’est ainsi qu’ils départagent les participants. Et comme je ne suis pas une fana du relationnel, hypersensibilité oblige, je doute de courir après tout le monde pour qu’on me mette un pouce ! Il va falloir partager si vous voulez la suite !

Alors pourquoi je le tente quand même ?

Eh bien, il y a possibilité de demander un déblocage au bout d’une semaine à la plateforme. Je ne compte pas me mettre la pression pour poster rapidement de nouveaux chapitres. Je vais jouer le jeu, mais je ne vais pas non plus m’investir à fond dans ce concours pour la simple et bonne raison que j’ai d’autres projets à côté : JTV8 et LOMCTR3. Je ferai ce qu’il faudra en postant entre un et trois chapitres par semaine ( les conditions du concours imposent des chapitres très courts, donc mes chapitres seront divisés par deux ou par trois, ce qui me laisse un peu d’avance ), mais je ne cours pas après la gagne de ce concours. D’ailleurs, je n’ai pas le manuscrit ultra avancé, donc ça risque de vite ralentir niveau nouveaux chapitres ! Si ça marche tant mieux, si ça capote, j’aurais essayé et j’espère trouver de nouvelles lectrices du moins. C’est surtout cela que je recherche !

quels sont les enjeux ?

Bien évidemment, une publication chez Hugo Romance. Personnellement, je ne m’en formaliserais pas de perdre, vu que je m’autoédite depuis un moment. Je n’attends pas après cela spécifiquement. Mon premier objectif étant de me donner une visibilité par ce concours et conquérir de nouvelles lectrices. Le reste se vivra au jour le jour. Donc, faut juste que l’information circule un max !

Le concours dure 3 mois, du 20 janvier ( jour de la sortie de LOMCTR2, facile à retenir !) au 17 avril.

Trois mois, c’est court, mais c’est aussi très long si les chapitres s’enchaînent et qu’on est à court de chapitres. Donc, on ira trankilou, Pilou !

Quel est le thème du concours ?

Comme je vous ai annoncé l’arrivée de ce concours  en début d’article, comme une bonne nouvelle, mais avec des points qui peuvent mettre un frein à ce parcours, eh bien, je vous ai aussi annoncé le thème :

 

C’est un 10, mais…

Fyctia reprend une mode Tiktok de booktokeuses en disant, c’est un 10/10, mais il y a des trucs qui ne vont pas.

C’est un 10, mais la fin peut déplaire. C’est un 10, mais attention c’est assez gore.

On retrouve donc aussi cette idée pour la thématique des histoires et ici, c’est ce qui est attendu. Pour vous donner une idée, je vais le transposer à mes livres.

JTV : C’est un 10, mais c’est un connard.

AVS : C’est un 10, mais c’est mon patron et il a déjà une copine.

DLPEN : C’est un 10, mais c’était mon premier amour et ça s’est mal fini.

LOMCTR : C’est un 10, mais je ne suis pas amoureuse de ce chevalier.

Concrètement, le thème ne se transpose pas uniquement à la new romance. C’est un thème très large, d’autant plus qu’en new romance, les genres dark romance et MM sont par exemple acceptés. Mon texte sera donc une aiguille dans une botte de foin !

De quoi va parler ton histoire, du coup, jordane ?

 

Souvenez-vous, je vous avez parlé cet été de la reprise d’un vieux manuscrit ( qui est tjs en cours d’écriture d’ailleurs), une romance contemporaine friends to lovers à l’université : eh bien ce sera celle-ci. Une romance légère, young adult. De quoi s’offrir de la bonne humeur !

 

Résumé :

 

Salut !
Moi, c’est Sasha, beau gosse de 23 ans, étudiant en fac. J’aime le basket, ma drogue… et les gros seins, mon kif suprême ! Ouais, je sais, ça fait lourdaud de base de dire ça, mais c’est un fait : je ne sors qu’avec des filles ayant au minimum un bonnet D. Le reste, je m’en fous pourvu que la fille ait un minimum de charme.

Je vis en coloc avec mon amie d’enfance, Elley. Je m’entends super bien avec elle, mais voilà… Il a fallu que son chéri la trompe pour qu’elle déprime grave. Mes deux amis, Côme et Eliott, me lancent alors un pari contre un billet : peloter la poitrine d’Elley pour qu’elle oublie l’autre enfoiré ! Me doutant de sa réaction directe, je refuse, mais les circonstances me font revenir sur ma décision et me voilà avec mes mains sur sa paire de seins !

La plus grosse erreur de ma vie ! Je ne pense qu’à ça depuis ! Elle n’entre pas dans mes standards habituels avec son 95C. Pourtant, j’ai encore envie de les tripoter au point de penser que c’est la meilleure poitrine que j’ai eue en mains, mais… c’est ma meilleure amie ! Help !

 

Voilà un peu le speech ! Vous aurez donc compris que le thème, pour ma part, sera :

C’est un 10, mais… c’est ma meilleure amie !

 

Je compte sur vous !

Vous savez tout ! Je vous propose une lecture régulière et gratuite pendant les 3 mois du concours. Seule contrainte, notre rdv pour ouvrir un nouveau chapitre en likant d’un « j’aime » et en partageant !

Vous pourrez lire en créant votre compte soit directement sur le site fyctia, soit en téléchargeant l’application sur votre téléphone. On verra à l’issue comment cette histoire finira en terme éditorial.

Donc RDV le 20 janvier pour découvrir l’histoire de Sasha et Elley !

 < Je fonce lire cette histoire ! > 

 

 

LOMCTR T2 : Le Démon et la Protectrice – chapitre 3

 

 

Ne jamais contrarier une femme… 😜

Let’s go pour le chapitre 3 !

©Jordane Cassidy – 2023


 

Chapitre 2 <=


 

3

Le dernier mot d’une duchesse

 

 

— Duchesse ! Je vous en prie ! Soyez raisonnable ! Vous ne devez pas sous-estimer votre santé !

— Je vous dis que je vais bien ! Je n’ai pas besoin d’un nouveau contrôle !

Aélis tentait de semer le docteur qui s’efforçait de lui courir après pour l’ausculter.

— Mais si je ne vérifie pas votre santé, le Duc va…

Aélis s’arrêta net et se tourna vers lui en entendant la mention du Duc sortir de sa bouche.

— Si le Duc vous fait la moindre réflexion, dites-lui qu’il vienne me voir et je lui dirai la suite !

Le médecin resta silencieux, ne sachant s’il devait vraiment insister auprès de la Duchesse d’Althéa et s’immiscer dans les problèmes relationnels des deux époux.

— Duchesse, si vous mourez, je suis moi-même un homme mort d’avoir été négligeant avec vous…

Le ton confus du docteur fit souffler d’agacement Aélis. C’était toujours la même rengaine.

— Ils tremblent vraiment tous devant lui ! grogna-t-elle pour elle-même.

Cela faisait trois jours qu’elle n’avait pas croisé le Duc. Leur accrochage dans la chambre à son réveil et sa sortie pour le moins inattendue les avaient laissés dans un état latent. Tout restait plus ou moins en suspens. Malgré ses excuses, Callum ne s’était pas expliqué davantage sur cette bataille, sur ses ennemis ou sur ce qui était ressorti de tout ça. Comme d’habitude, il continuait de la mettre à l’écart. Une sorte de lassitude la gagnait à devoir se battre pour être considérée comme une personne fiable. Elle estimait ne pas être celle qui devait faire le premier pas sur ce sujet. Il avait été averti et il savait ce qu’elle attendait de lui. Malgré tout, le silence de Callum à ce sujet la blessait. Le mariage ne changeait rien à leur relation. Tout restait fébrile et par-dessus tout, elle ignorait toujours quelle était sa réelle place à prendre à ses côtés, malgré son titre de Duchesse non officialisé lors du mariage par le Roi et celui d’épouse.

Elle savait cependant que faire suivre son état de santé de façon aussi rigoureuse et oppressante ne pouvait pas durer éternellement et qu’elle allait devoir se confronter à Callum Callistar pour obtenir plus d’indépendance à ce sujet, surtout qu’aucun signe inquiétant n’était apparu depuis son réveil.

— Très bien… Je vous propose d’aller le trouver dès maintenant pour que chacun puisse se libérer de cette contrainte.

Le médecin concéda ses propos non sans détourner son regard d’elle avec inquiétude. Ils se rendirent donc au bureau du Duc, sans invitation. Elle frappa à la porte et put entendre un « entrez ! » qui la conforta sur le fait qu’elle allait être enfin libérée de cette charge médicale.

Callum écarquilla les yeux en la voyant apparaître. Cléry, Finley et Mills étaient à ses côtés. Il semblait qu’elle venait interrompre une réunion… à laquelle elle n’était pas conviée, mais Mills, oui.

— Désolée si je vous dérange dans vos petits secrets ! déclara-t-elle alors, acerbe. Je souhaiterais parler à mon cher époux !

— Ma Duchesse ! s’exclama alors Finley, tout en allant à sa rencontre.

Il s’inclina devant elle.

— Bien le bonjour, Duchesse ! Ma journée sera belle puisque je vous ai vue ce matin !

L’agacement d’Aélis s’effaça légèrement devant l’exagération respectueuse de Finley. Mills sourit, Cléry se sentit obligé de saluer Aélis également et Callum grimaça devant ce cirque.

— Effectivement, vous semblez bien plus ravi de me voir que mon cher époux !

Finley se tourna vers le Duc qui leva les yeux tout en soufflant.

— Que voulez-vous ? l’interrogea alors le Duc.

Aélis attrapa la manche du docteur et le présenta à lui.

— Que vous disiez à notre cher docteur que ce n’est plus la peine de venir m’ausculter !

— Même pas en rêve ! répondit du tac au tac Callum.

Aélis fronça les sourcils, peu satisfaite de cette réponse.

— Vous pouvez disposer. Nous sommes en réunion ! continua Callum, tout en s’affairant devant son bureau. Nous n’avons pas davantage de temps à perdre.

Aélis croisa les bras, ne voulant pas en démordre et n’aimant pas sa façon expéditive de la congédier sans prendre le temps d’en discuter.

— Tout le monde dehors ! tonna alors la voix grave de la Duchesse.

Les personnes dans la pièce la dévisagèrent, incrédules de l’entendre émettre un tel ordre, allant à l’encontre celui du Duc.

— Oooh moi, je sors ! s’exclama Finley. Il n’y a rien de pire qu’une femme en colère ! Même Dieu ne peut rien contre ça ! Viens, Cléry !

Il passa son bras sous celui du prêtre pour quitter la pièce.

— Personne ne bouge de cette pièce ! gronda le Duc. La Duchesse attendra !

Aélis plissa les yeux en constatant les réticences du Duc, puis sourit.

— Très bien ! Je vais attendre !

Elle prit une chaise et s’assit.

— De quoi parliez-vous ? Il me semble que j’ai le droit de le savoir puisque je suis Duchesse !

— Tu n’as pas été intronisée ! rétorqua le Duc.

Le docteur toussota, gêné de voir la familiarité du couple lavant son linge sale devant tout le monde.

— Je vais vous laisser et attendre dehors.

Il s’extirpa rapidement de ce qu’il estimait être un guet-apens. La porte claqua derrière lui, laissant un léger silence dans la pièce. Finley n’osa plus prononcer un mot. Cléry, flegmatique, soupira de lassitude. Mills, le visage toujours bienveillant, se contenta de sourire devant ce spectacle intéressant.

— Aélis, tu as été blessée. Il te faut quoi de plus pour comprendre ?! s’énerva Callum.

Aélis se leva de sa chaise, belliqueuse.

— Des explications ! Justement !

Elle se tourna alors vers les trois serviteurs.

— Me considérez-vous comme une simple noble ou véritablement comme votre Duchesse ?

Cléry et Finley se regardèrent, sentant bien le piège venir selon la réponse. Mills, moins gêné, répondit.

— S’il n’y avait pas eu l’intervention de ces brigands lors de votre mariage, vous seriez effectivement couronnée par le Roi Mildegarde comme Duchesse d’Althéa.

— Voilà ! s’écria Callum, ravi d’entendre cela, tout en montrant de sa main ce qu’il considérait venant de la bouche de Mills comme la vérité absolue.

— Cependant, reprit Mills devant la satisfaction du Duc tout à coup mise à l’épreuve, cette attaque ne change rien au fait que vous le serez tôt ou tard. Donc, à mes yeux, aujourd’hui ou demain, cela n’a pas d’importance, puisque c’est votre destin d’embrasser Althéa…

Mills regarda alors Callum avec un petit sourire.

—… et son Duc !

Les pommettes rougies, Callum se sentit soudain gêné par ses mots.

— Par conséquent, à mes yeux, vous êtes et resterez ma Duchesse !

— Traître ! marmonna entre ses dents le Duc.

Malgré le coup d’œil assassin jeté sur Callum, Aélis remercia Mills de sa loyauté en baissant la tête légèrement. Elle se pencha ensuite vers Cléry et Finley. Le chevalier blond observa la réaction du Duc, qui comprit que c’était plié en remarquant l’hésitation de ses sujets.

— Je me suis engagé à vous protéger, répondit solennellement Cléry, à la demande du Duc Callistar et devant le Seigneur. Je ne peux donc revenir sur ma parole. Vous êtes la Duchesse, peu importe le caractère officiel ou non, de ce statut pour l’instant.

— Merci, Cléry, pour votre loyauté.

— Vous êtes vraiment fatigants tous les deux ! s’agaça alors Finley. Pourquoi dois-je trancher entre l’un et l’autre ?

Il montra respectivement Aélis et Callum.

— Je ne veux pas être l’arbitre de vos querelles d’amoureux !

— D’amoureux ! répétèrent Aélis et Callum, stupéfaits par ce qualificatif.

— Où as- tu vu de l’amour dans mon refus de l’impliquer ?! s’expliqua le Duc. C’est juste de la logique et de la prévention !

— Jamais je ne tomberai amoureuse de cet homme ! renchérit Aélis tout en désignant le Duc avec un certain dédain sans pour autant savoir comment le désigner réellement.

Cléry pouffa en voyant combien la spontanéité de Finley était toujours aussi percutante.

— Ce n’est pas drôle, Cléry ! s’énerva Callum.

— Ne vous en prenez pas à mon chevalier ! le défendit alors Aélis.

Callum tapa la paume de ses mains sur son bureau avec colère.

— Mon… Mon chevalier ? répéta Callum, le sourcil tressautant à l’écoute de cette évocation pour le moins possessive.

— Parfaitement ! lui tint tête Aélis. Vous venez de l’entendre, non ? Cléry me considère comme sa Duchesse et a accepté de me servir. De ce fait, en retour, je lui offre ma protection, comme tous les soldats qui me protègent. Par conséquent, si vous vous en prenez à lui, vous avez affaire à moi !

Callum ferma les poings contre le bureau. La veine palpitant de colère sur sa tempe, il plissa les yeux et serra les dents jusqu’à se décider à contourner le bureau pour lui faire face sans obstacle entre eux.

— Nous repartons donc sur le même discours qu’avec Sampa… Je vois… Vous comptez me faire définitivement taire pour que je cède à leur Duchesse leur unique allégeance en m’embrassant aussi sur la bouche pour chacun de MES chevaliers et soldats ?

Les yeux comme des billes à cause de sa stupeur devant l’indicible, Aélis se raidit avant de ressentir la honte l’envahir en voyant la tête d’abord surprise, puis régalée de Cléry, Finley et Mills devant cette révélation. Le visage rouge écarlate devant les petits sourires et gloussements à peine offusqués des trois hommes, Aélis se dirigea vers la porte et l’ouvrit.

— Tout le monde dehors !

La voix de la Duchesse, grave, presque funèbre, fit frémir Finley qui regarda instinctivement Callum, l’œil vif, sans doute partagé entre la colère et le défi de tenir tête à son épouse. Mills fit le premier pas vers l’extérieur et sourit à Aélis d’un air empressé de les laisser seuls. Cléry suivit, puis Finley. Cette fois-ci, Callum les laissa quitter la pièce sans la contredire. Aélis claqua la porte derrière eux et s’approcha de lui.

— Comment osez-vous déballer notre vie privée en public ?!

Droit dans ses bottes et l’air goguenard, Callum s’appuya contre le bureau d’une main et sourit.

— Vie privée, vous dites ? Un baiser comme marchandage et c’est ça, votre vie privée ? Ai-je raté quelque chose de plus ?

Face à cette pique cinglante, Aélis secoua la tête d’amertume.

— Effectivement, c’est déjà trop pour vous ! J’ai été trop généreuse ! Je ne ferai pas deux fois la même erreur ! C’était le dernier baiser !

— Parfait ! contourna alors Callum. Donc on est d’accord pour dire que Cléry, Fin et Mills restent sous mes ordres ! Affaire réglée.

Aélis serra les pans de sa robe de rage. Callum Callistar était un homme de combat redoutable autant par son épée et son pouvoir que par ses mots. Elle le regarda alors retourner s’asseoir derrière son bureau et s’affairer à nouveau au milieu de dossiers, puis la tristesse la gagna.

— Si tous se sont accordés à reconnaître que j’étais leur Duchesse, vous êtes le seul à ne pas le faire. Pourquoi ? Je dois dire que je m’attendais plus à ce que les serviteurs soient hostiles à mon commandement, mais finalement, c’est celui qui devrait m’appuyer le plus qui ne me considère pas en tant que telle… Que vous ai-je fait ?

Callum s’interrompit et regarda un point au loin. Il ferma ensuite les yeux et soupira.

— Aélis, en te tenant éloignée de ce qui se préparait le jour du mariage, tu as toutefois fini blessée. Si je t’autorise à t’impliquer dans nos combats de près comme de loin, la prochaine fois, ce sera peut-être la mort qui t’attendra !

Il tourna alors sa tête vers elle, le regard dur. Elle s’esclaffa, affectée par cette réponse.

— J’ai été enlevée, menacée, j’ai failli mourir étranglée, j’ai même reçu une attaque magique et le tout en me tenant éloignée de vos secrets ! Il faut croire que cette stratégie n’est guère efficace, Callum Callistar. Je côtoie déjà la mort ! Sans parler d’être l’épouse du Chevalier de Sang ! Si ça, ce n’est déjà pas mortel !

Le Duc esquissa un sourire à sa dernière remarque. Il concéda néanmoins son propre échec à la protéger même dans de telles conditions. Il se leva et la contempla un instant.

— C’est vrai, il semblerait que la femme que m’a confiée le Roi soit, que je le veuille ou non, un aimant à problèmes…

Il observa son visage déçu, puis lorgna sur ses lèvres.

— Et ce, à tous les niveaux…

Il s’éloigna d’elle tout à coup et alla regarder le jardin par la fenêtre, les mains dans le dos. Il mit un temps avant de parler à nouveau.

— Nous allons repartir…, avoua-t-il gravement.

— Quoi ?

— Je prends un bataillon avec moi.

— Vous allez vous battre contre eux à nouveau ? s’inquiéta alors la jeune femme.

— Non, nous n’avons pas de piste pour l’instant. Les prisonniers ne diront rien, nous avons déjà eu l’exemple auparavant. Le Balafré est mort et le peu d’informations que j’ai obtenues lors de mon combat ne m’a pas plus avancé sur la suite. Quant au chevalier ayant combattu le Roi, je n’ai pas eu d’informations dessus non plus. Le Roi est resté bizarrement très évasif concernant son combat. Même si je n’aime pas ces mystères autour d’eux, je ne peux que me contenter d’attendre une nouvelle manifestation de leur part pour agir.

— Alors où allez-vous ?

— Nous avons reçu une missive demandant un soutien militaire à la frontière nord-Ouest d’Avéna. Je prends donc un bataillon pour venir en renfort aux troupes du Roi contre celles du Royaume d’Ayolis qui semblent en mouvement.

Aélis baissa les yeux, attristée finalement d’entendre cette nouvelle.

— Vous partez… longtemps ?

Callum se tourna vers elle.

— Je l’ignore. J’espère ne pas m’y éterniser. Je n’aime pas cette menace qui plane toujours sur Althéa alors que je serai absent.

Devant la mine inquiète du Duc, Aélis eut un sursaut d’orgueil.

— Althéa ira bien durant votre mission. Je m’en assurerai !

Un peu surpris par son élan soudainement réconfortant et son assurance, Callum chercha à comprendre son revirement de comportement, l’instant d’avant pourtant plus à l’opposition. Il se rapprocha d’elle et se pencha devant son visage pour chercher le piège.

— Dois-je y percevoir tout à coup une pointe de réjouissance à me savoir parti loin de vous ? demanda-t-il alors, les yeux méfiants.

— Puisque vous me partagez vos secrets au compte-gouttes, j’ai décidé que j’en ferai de même avec les miens ! Chacun ses missions ! Vous ne voulez pas que je sois dans vos petits papiers sur les affaires extérieures, alors je vais juste m’occuper des miens à l’intérieur d’Althéa… avec leurs lots de dangers !

Le sourire légèrement faux d’Aélis ne provoqua guère de soulagement pour Callum.

— Vous êtes vraiment prête à tout pour que je m’énerve et que je craque ?

Le sourire d’Aélis s’effaça en une grimace d’incompréhension, avant de baisser les yeux et rougir légèrement.

— Vous refusez de compter sur moi pour gérer Althéa et de m’inclure dans vos réunions. Je n’ai donc d’autres choix que de m’imposer autrement.

Callum se redressa et la toisa quelques secondes. Il posa sa main sur le haut de la tête de la Duchesse et la caressa légèrement pour ne pas défaire sa coiffure.

— Ne mettez pas non plus Althéa sens dessus dessous pendant mon absence ! déclara-t-il alors tout en s’éloignant d’elle.

— Il vous faudra d’abord revenir vivant pour voir cela !

Callum se retourna, surpris. S’il y avait eu des femmes qui avaient attendu son retour avec impatience, c’était sans doute la première fois qu’on l’obligeait à revenir en un seul morceau simplement par défi. Il sourit alors.

— Je n’ai pas dit que vous pouviez me détrôner non plus à l’intérieur des murs ! Vous êtes juste ma suppléante ! Rien de plus !

Aélis se dirigea vers la porte.

— Pas suppléante ! Duchesse ! Et pas « La » Duchesse, mais « Ma » Duchesse ! Souvenez-vous de la leçon au petit garçon !

Elle lui fit un clin d’œil et claqua la porte derrière elle. Callum resta un instant à contempler son départ avec rêverie.

— MA Duchesse ?

Il s’esclaffa, ne voulant croire à ce désir de possession qu’elle souhaitait lui insuffler pour qu’il revienne vivant.

— Elle prend de plus en plus d’assurance… Dois-je vraiment m’inquiéter de cela ? Elle pourrait vraiment me détrôner !

 

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Chapitre 2 <=


 

LOMCTR T2 : Le Démon et la Protectrice – chapitre 2

 

 

En ces périodes de fêtes, voici votre petit cadeau de Noël, le chapitre 2 de cette saga.

Merci de pousser les portes d’Althéa pour découvrir cette saga et merci d’en redemander !

Vous êtes au top !

©Jordane Cassidy – 2023


 

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2

De l’espoir naît des colères

Les rayons du soleil parvenaient difficilement à traverser la pierre blanche accrochée à son cou, en général translucide à l’abri de la lumière aveuglante du soleil. Plus Callum l’admirait, plus il se sentait apaisé. C’était toujours ainsi. Il sentait la négativité l’envahir et il lui suffisait de serrer cette pierre dans sa main ou de la porter contre son plexus pour que ça le calme. D’ordinaire, son autre pierre, l’obsidienne noire, demeurait une des pierres qui absorbait le mieux les ondes négatives. C’était pour cette raison que son mana avait réagi à elle lors du test du Conseil Magique à l’époque de sa formation pour devenir chevalier et qu’elle était devenue sa pierre primordiale, sa pierre de combat incrustée dans sa dague. Avec du mana, l’obsidienne noire absorbait les ondes négatives et pouvait également en redistribuer en grande quantité à ses ennemis, comme ce fut le cas lors de son dernier affrontement contre Khan, et donc le soulager de ce stock négatif inépuisable en lui qu’il cumulait en plus de celles qu’il absorbait de ses ennemis.

Pourtant, la pierre blanche accrochée à son cou était bien celle qui lui apportait quelque chose en plus. Allongé sur une banquette sous le kiosque, il s’amusait à faire miroiter entre ses doigts face au soleil la gemme accrochée à son fil de cuir. Sa fascination était autant due à son origine inconnue qu’à son aspect mystérieux. Il sourit en repensant à la façon dont il l’avait obtenue. Le destin était quelque chose de bien étrange, tout comme cette pierre. Plus jeune, il avait appris la gemmologie et la lithothérapie. Il connaissait donc la majorité des pierres en ce monde : précieuses, semi-précieuses, d’ornement ou d’origine organique, et avait appris leurs vertus et usages. Il avait tenté d’identifier cette pierre, d’en trouver par ses caractéristiques le nom. En vain. Rien ne correspondait. Il avait pourtant cette possibilité de se rendre au Conseil Magique à Avéna pour pousser cette recherche auprès de chercheurs et autres spécialistes, mais il craignait également que son identification ne casse la magie que cette pierre lui apportait au quotidien. Tout ce qu’il savait était là, sous ses yeux. Une pierre blanche, translucide, mais qui à la lumière du soleil laissait apparaître dans sa composition d’aspect si pure quelque chose de troublant, mystérieux, mais en mouvement, au point d’en troubler sa composition et rendre la pierre plus laiteuse. Était-ce son mana aspiré à l’intérieur ? Ses ondes négatives que la pierre retenait pour qu’il n’en soit pas submergé ? Un pouvoir que la pierre gardait en elle ? Peut-être bien. Il n’en voyait que des effluves légèrement plus foncés tourbillonnant lentement. Était-ce son imagination ? Il n’avait jamais osé demander à quelqu’un si ce qu’il voyait était pareil pour tout le monde. Quelque part, cette part de mystère, il aimait l’entretenir. C’était comme une relation unique, privilégiée, qu’il souhaitait conserver entre le propriétaire originaire de cette pierre et lui. Un lien privé, secret, qu’il préférait garder pour lui.

En contemplant cette pierre, il partait dans une douce rêverie, se demandant une nouvelle fois ce qu’était devenue la personne qui lui avait confié cette pierre. S’il avait des espoirs de l’avoir retrouvée, il ne voulait pas trop y croire pour ne pas ressentir trop de déception s’il venait à avoir eu faux.

— Prends au moins ma pierre ! C’est mon cadeau pour m’avoir sauvé la vie ! Elle est unique, à ce qu’il parait !

Il ferma les yeux et les souvenirs revinrent. Cette petite voix, ces grands yeux pleins d’admiration et de gratitude, ce changement soudain de caractère dès que sa situation se fut améliorée grâce à lui, cette innocence teintée de maladresses et d’humour. La pierre avait atterri autour de son cou sans qu’il n’ait eu le temps de réagir. Elle lui avait alors souri et déposé un baiser à la commissure de ses lèvres. C’était la première fois qu’une fille l’embrassait. La première fois qu’une fille s’intéressait à lui. La première fois qu’il avait été gêné au point d’en perdre ses moyens, lui à qui on apprenait quotidiennement à ne jamais baisser sa garde. La première fois qu’une fille le demandait en mariage !

Il ouvrit les yeux et inspira un bon coup. Cette pierre était devenue son talisman. Si le mana de Cléry avait réagi à trois pierres lors de son initiation à la chevalerie, chez lui cela avait été différent. Seule l’obsidienne avait réagi à son mana, mais surtout, il n’avait pas prévu que cette seconde pierre interagisse plus tard avec son mana de façon si inattendue. Il était convaincu que c’était cette pierre qui le sauvait de sa propre négativité, si débordante, si féroce. Sa vie n’avait été qu’un flot continu de tristesse, de combats et de sang pour survivre. Comment ne pas être absorbé par la part sombre de son mana, comme Likone ? Il en avait acquis la certitude que cette pierre le protégeait, tel un bouclier pour ne pas se faire dévorer par ses propres démons, en plus des ondes négatives de ses adversaires. D’ailleurs, il se sentait à nu, inquiet, fragile, s’il ne la portait pas contre son plexus. Elle était devenue un indispensable à son bien-être.

Il la serra dans son poing et entendit les pas de quelqu’un marchant sur la pelouse pour venir à lui. Il se redressa. Un domestique s’avançait vers le kiosque.

— Seigneur, la Duchesse s’est réveillée. Monsieur Mills m’a demandé de vous prévenir de toute urgence.

Il s’inclina alors. Sans attendre un complément d’information, Callum se leva d’un bond et fonça vers le château.

Il dévala les marches du château, traversa les couloirs au pas de course, rasa les murs pour gagner un maximum de temps et de distance, serra chaque virage le souffle court dans un dérapage contrôlé et arriva enfin à la chambre d’Aélis. Sans même prendre la peine de frapper, il ouvrit grand la porte et la vit, debout, en pleine séance d’habillage. Margaux lui refermait sa robe dans un laçage dorsal. Aélis portait une robe fine en velours noir orné de son lacet argenté et de broderies de même couleur le long du buste. Il la trouva magnifique jusqu’à ce qu’il croise son regard et remarque sa grimace agacée.

— Et sinon, parce que vous êtes le Duc, vous oubliez les simples règles de politesse et omettez de frapper avant d’entrer ?

Callum la fixa un instant avant de sourire. Nul doute qu’elle était en forme si elle le réprimandait de la sorte dès son réveil.

— Désolé ! déclara-t-il en s’approchant d’elle. Après six jours de sieste, je commençais à croire que vous entamiez une hibernation ! Je m’attendais presque à voir un ours dans ce lit ! J’étais donc ravi d’entendre que finalement, vous ayez décidé de vous réveiller pour reprendre votre rôle de duchesse !

Aélis fit un « O. » offusqué de la bouche, auquel Callum rit légèrement.

— Laissez-nous ! ordonna-t-il à Margaux.

— Mais, Duc, je n’ai pas fini son laçage ! rétorqua Margaux, rigoureuse.

— Je m’en occuperai !

Les deux femmes restèrent muettes, mais interloquées par sa réponse. Il poussa pourtant avec panache la servante vers la sortie et referma la porte derrière elle. Il se tourna vers Aélis et combla une nouvelle fois les mètres les séparant.

— Tournez-vous ! lui ordonna-t-il.

Aélis hésita, gênée d’être habillée par un homme, mais obéit. Callum continua le laçage entamé par Margaux.

— Je serre ? demanda-t-il alors plus doucement tandis qu’Aélis pouvait sentir son souffle sur sa nuque et sur ses épaules légèrement dénudées.

— J’aimerais juste avoir le luxe de pouvoir respirer convenablement !

Callum sourit et, tout à coup, passa ses bras autour de sa taille pour la serrer contre lui. Aélis écarquilla les yeux et se figea.

— Je suis désolé. Je ne voulais pas te blesser.

Aélis ferma les paupières un instant avant de soupirer et de les rouvrir.

— Vous ne vouliez pas nous viser. C’était un accident.

— Je suis content de voir que vous allez bien.

Aélis sourit. Il oscillait de temps en temps entre le vouvoiement et le tutoiement quand il se voulait plus proche d’elle.

— Le docteur nous a dit que vous n’auriez pas dû survivre à un tel impact magique. Votre convalescence demeure tout aussi mystérieuse que l’absence de marque sur votre corps.

Aélis se tourna immédiatement pour lui faire face.

— Vous m’avez vue nue ? l’interrogea-t-elle alors, rouge de honte.

La jeune femme toujours enlacée dans ses bras, Callum sourit de son incommodité.

— Non ! lui répondit-il tout en frappant doucement son front du sien. Seulement Margaux et le docteur !

Un certain soulagement apparut sur le visage d’Aélis auquel Callum ne sut trouver une interprétation convenable.

— Nous étions tous inquiets. Les personnes ayant subi une telle attaque magique en dehors des chevaliers magiques ne ressortent jamais indemnes et vous êtes une femme ! Les dommages auraient dû être graves ! Pour plus de sécurité, je vais demander au docteur qu’il vous surveille quotidiennement.

— Je vais bien ! répéta Aélis, un peu agacée qu’on ne la croie pas. Je ne veux pas de surveillance de ma santé !

— Vous avez eu beaucoup de chance ! s’exclama Callum, inquiet.

Aélis s’éloigna de lui et s’approcha du lit.

— Vous croyez ?

Callum observa son dos orné de son laçage avec intérêt.

— À quel moment voyez-vous de la chance ? lui demanda-t-elle.

Elle attrapa alors le coussin sur lequel elle avait dormi durant six jours.

— Lorsque je découvre que mon mariage est le théâtre d’un affrontement ?

Elle se tourna alors et le frappa avec.

— Lorsque l’homme devenant mon mari semble savoir que cette attaque allait avoir lieu lors de cet événement et qu’il a préféré me le cacher ?

Elle frappa une nouvelle fois Callum de son coussin. Surpris par sa colère soudaine, Callum para le coussin de son bras qu’il utilisa comme bouclier.

— Lorsque je me rends compte que tout le monde savait sauf moi ?

Callum para un nouveau coup de coussin sur la tête, mais Aélis fut plus maline et en donna un second sur sa hanche qu’il ne put esquiver.

— Ou lorsque je découvre Sampa au milieu du champ de bataille alors qu’il est blessé et que je ne l’avais pas autorisé à reprendre ses fonctions ?

Les coups tombèrent sur Callum qui se contenta de reculer devant sa fougue.

— Comment avez-vous pu me… me mettre à l’écart de la sorte ?! cria Aélis, folle de rage à présent.

La colère fit place néanmoins rapidement à la déception. Callum put y voir un début de chagrin dans ses yeux meurtris par le sentiment de trahison.

— Je devais m’assurer que l’effet de surprise demeure pour qu’ils ne se doutent pas qu’on les attendait ! se justifia le Duc. Je n’avais pas le choix !

— On a toujours le choix ! répondit Aélis tout en lui donnant un nouveau coup de coussin. Je croyais qu’on était d’accord sur l’arrêt des secrets et des mensonges, sur le partage des informations entre nous pour la bonne marche d’Althéa.

Un nouvel assaut vint frapper le bras de Callum. Il recula encore et alla s’écraser sur la coiffeuse, balayant au passage quelques produits de beauté qui tombèrent au sol.

— Vous ne m’avez pas fait confiance !

La respiration saccadée et les larmes dévalant ses joues, Aélis laissa tomber le coussin au sol.

— Encore une fois, vous m’avez ignorée.

Callum baissa son bras et constata l’infinie tristesse se dégageant des paroles et de l’attitude de son épouse.

— Et vous osez vous excuser ensuite de m’avoir blessée avec votre magie ?

Elle tenta alors d’essuyer ses larmes et s’esclaffa, terrassée par l’amertume.

— Vous m’avez blessée bien avant cet accident magique ! Inutile de vous inquiéter pour moi tout à coup ! C’est trop tard !

Callum se releva et frotta ses vêtements pour les remettre en place. Il soupira, comprenant sa punition soudaine.

— C’est vrai, j’avais le choix. Dire à la femme qui devait m’épouser de force, que son mariage allait devenir en plus une excuse pour un affrontement dont elle était étrangère, que sa vie serait en danger, que son mariage serait gâché et sans doute incomplet, que des gens qu’elle aimait risquaient de mourir… C’est ça que vous vouliez entendre ? Vous, la jeune fille innocente qui rêve du mariage de ses rêves avec un homme sans doute merveilleux en tous points ? Vous oseriez me dire que vous auriez été capable de jouer la comédie en sachant tout cela ?

Tous deux se fixèrent, jouant le besoin de camper sur ses positions. Aélis s’éloigna de lui à nouveau et alla vers la fenêtre.

— Et donc vous estimez que le résultat actuel vaut mieux que de me l’avoir dit dès le début ?

Callum se frotta les cheveux et baissa la tête. Effectivement, ce résultat n’était pas des plus agréables non plus.

— J’aurais préféré un mariage plus calme également. Il n’est jamais agréable de jouer avec la vie des gens… J’aurais préféré également voir un début de bonheur sur votre visage plutôt que cette tristesse. Je suis désolé.

Aélis serra ses bras de ses mains, comme pour se réconforter de l’absence de douceur et de délicatesse dans ce résultat. Callum soupira de dépit.

— Sampa va bien. Il se repose… dans une chambre. Je lui ai octroyé ce droit, vu qu’il vous a protégée.

Aélis leva les yeux, atterrée par sa magnanimité soudaine.

— Dois-je en plus vous remercier pour lui de ne pas l’avoir renvoyé au cachot ?

Callum sourit en la voyant ironiser de la sorte. Elle était dure en négociation pour enterrer la hache de guerre.

— Il a souhaité se battre quand je lui ai dit qu’Althéa risquait d’être attaquée. C’est un soldat. Il a compris que son devoir l’appelait et que le danger risquait de s’abattre sur sa maîtresse. Je ne l’ai poussé à rien.

— Vous lui avez parlé de votre plan. Vous l’avez donc implicitement poussé à se battre plutôt que de passer pour un faible.

— Il a été sauvé de l’exécution contre la promesse de votre protection coûte que coûte. Sa survie n’a pas d’intérêt si elle ne répond pas aux raisons pour lesquelles elle est effective.

— Sa survie est de mon ressort, pas du vôtre.

— Son être tout entier dépend de son maître à partir du moment où il m’a prêté allégeance.

— Sauf que cette allégeance a été revue et annulée par la mienne.

— On n’annule jamais l’allégeance au seigneur de son fief, sauf si ce dernier le répudie. Autrement dit, je reste son ordonnateur. J’ai juste autorisé qu’il vous prête allégeance et vous serve également. Disons que je vous le prête et que donc, si je demande qu’il se lève pour vous protéger, il se doit d’obéir.

Aélis se tourna et revint à ses côtés. Le regard plus décidé que jamais, elle sourit et le jaugea.

— Pouvons-nous dire qu’à partir du moment où l’on se marie, on se prête allégeance l’un à l’autre ? Et que par conséquent, si j’ordonne d’être la seule décisionnaire du sort de Sampa, votre allégeance pour moi prend effet ?

Callum haussa un sourcil et s’esclaffa.

— Tout comme je peux dire que ma femme me doit allégeance quand il s’agit de mon souhait de la protéger coûte que coûte si j’estime qu’Althéa court un danger.

Aélis se mordit la lèvre, agacée de ne pas trouver de réparties à ses propos pouvant le faire taire. La crispation d’Aélis redonna de l’élan à Callum pour retomber sur ses pattes.

— Sauf si cette dernière arrive à me convaincre de céder à ses exigences les plus folles…

Il lorgna sur les lèvres de sa nouvelle épouse quelques secondes durant lesquelles Aélis comprit ses insinuations.

— Mais encore faut-il que ma chère épouse ait de quoi faire fléchir mon petit cœur de Chevalier de Sang ! Pas gagné !

Il lui fit un clin d’œil amusé. Aélis lui attrapa alors la chemise et déposa ses lèvres sur les siennes. Le baiser fut bref, mais suffisamment efficace pour surprendre Callum. Elle se détacha de lui, puis essuya sa bouche d’un revers de bras, avant de revenir poser sa main sur le cœur du Duc battant à tout rompre contre sa poitrine. Aélis se mit alors à sourire tandis qu’il lorgnait sur cette main touchant son cœur.

— Petit cœur de marbre semble bizarrement réagir tout à coup ! lui chuchota-t-elle, d’un minois de vainqueur. J’en déduis que j’ai gagné !

Elle quitta alors la pièce, laissant le Duc sur cette défaite inattendue.

 

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