JTV5 : Chap 1

Aujourd'hui, c'est mon annif !

Pour marquer le coup, je vous propose de se faire un beau cadeau ! Quoi de mieux que de s'offrir un petit chap inédit ! Le chap 1 de JTV5 me semble approprié !

Souvenez-vous ! Ethan provoque une ultime dispute avec Kaya conduisant à la rupture. Monsieur est amoureux et c'est juste pas possible ! Il faut que cela cesse au plus vite ! Voici donc la suite...

Extrait non corrigé - © Jordane Cassidy

 


1

INSTINCTIF

 

— Maman, tout va bien ?

— Ethan, viens dans mes bras. Je sais que ça ira mieux après. Viens me faire un câlin. Toi seul peux me comprendre et me soulager. Tu le sais, ça ! J’ai tellement de chance d’avoir un fils…

La main de sa mère sur sa chevelure, sa tête contre le chemisier et puis le retour de l’angoisse. Il était contre elle. Ethan se réveilla en sursaut, le corps en sueur. Les rêves avec sa vraie mère s’amplifiaient depuis quelque temps. Il se passa les mains sur le visage et laissa échapper un gros soupir de soulagement en réalisant qu’il était à l’abri, loin d’elle. Même si ce rêve pouvait paraître anodin, voire légitime pour un fils faisant un câlin à sa mère, il n’en était rien pour lui. L’angoisse d’une suite lui tiraillait le subconscient. C’était sournois. L’innocence de l’enfant, puis le trouble de l’adolescent et enfin la rapide dégringolade vers la réalité du monde adulte. Il pouvait refaire cette période x fois dans sa tête, de façons différentes, le résultat restait aujourd’hui le même : sa mère l’avait trahi. Elle avait trahi le fils qu’il était. Il avait espéré exister dans ses yeux depuis son plus jeune âge, mais il s’était fourvoyé. Elle n’avait jamais vraiment regardé son fils comme tel. Elle s’était perdue dans ses sentiments, ses rêves, et l’avait entraîné dans sa chute. Il n’était finalement ni plus ni moins qu’un homme parmi tous les hommes qui faisaient sa vie. Avec le recul, il ne savait ce qui le rendait le plus amer dans l’histoire : sa faiblesse à être entré dans son jeu par espoir d’un retour d’amour ou le fait qu’elle n’ait pas su le guider comme une mère aurait dû le faire.

Il se leva d’un bond du lit et fonça prendre une douche. Une fois ses derniers vêtements au sol, il se regarda un instant devant la glace : barbe de deux jours, visage éprouvé et blafard. Sa mine faisait peur à voir. Kaya laissait malgré elle des séquelles sur lui bien plus apparentes qu’il ne l’aurait pensé. En même temps, il ne se sentait pas la force de donner le change. Il avait encore espoir de se forger une nouvelle carapace ces prochains jours. Faire fermer Abberline Cosmetics pour la semaine intermédiaire des fêtes de fin d’année était finalement une bonne idée, même s’il n’avait pas prévu sa mésaventure avec Kaya. Il n’aurait pas à enfiler son masque imperturbable dans l’immédiat. Il soupira en se fixant devant le miroir. Il contempla ses prunelles marron foncé comme s’il cherchait en elles une réponse à cette douleur qui ne lâchait pas son cœur depuis des années.

Il n’y a pas de réponses à espérer.

Cette éternelle question « Pourquoi as-tu agi comme ça avec moi, maman ? » resterait sans réponse. Ou bien il y avait tant de réponses possibles que les énumérer résumerait sa tristesse sur ses compétences de mère. Sylvia n’était en rien une mère. Il lui avait fallu du temps pour l’admettre, pour comprendre quel était le rôle d’une vraie mère. L’amour si particulier de Sylvia avait fini par détruire l’homme qu’il était, au point de ne plus arriver à se reconstruire normalement, au point de douter de toute relation avec les femmes et de douter de ce qu’il vivait avec Kaya. Sa mère restait sa mère. La personne qui comptait le plus à ses yeux, mais elle était aussi sa plus grosse désillusion, son plus gros chagrin, sa plus grande erreur.

Il ouvrit le robinet de la douche et se laissa partir sous la vapeur de l’eau brûlante contre sa peau nue. Il avait besoin de penser à autre chose, mais il finissait toujours par ruminer encore et encore. La présence d’Oliver après avoir quitté Kaya lui avait fait du bien. Il avait mangé son brownie avec rage, comme s’il mangeait toute la goujaterie qu’il avait eue avec la jeune femme, pour se punir de ce qu’il lui avait fait. Oliver l’avait contemplé en silence et avec dépit, le voyant ingurgiter ce chocolat tant détesté d’ordinaire. Il était resté auprès de lui, le temps nécessaire pour s’assurer que tout était OK. Sans doute avait-il perçu tout son mal-être à ce moment-là, autant à cause de sa décision pour Kaya que pour l’enfer dans lequel il se retrouvait enfermé ? Mais sortirait-il un jour de cet enfer ? Aussi bien Oliver que lui en doutaient. Ethan avait ensuite bu un grand verre d’eau puis lui avait souri, fier de sa prouesse alors que toute sa posture montrait toujours sa peine.

— Alors ? Envie de vomir ton brownie maintenant ? lui avait alors demandé son ami, entrant dans son jeu sans être pour autant dupe de son désarroi.

— Non, je le garde en moi ! Je lui dois bien ça…

Ethan avait baissé les yeux et son semblant de légèreté avait disparu. La réalité était là. Il se sentait nul, inutile, maudit.

— Ethan, je pense que tu devrais en parler à ton père ou à ta mère.

— Pourquoi ça ? lui avait-il alors demandé, surpris de le voir les évoquer.

— Parce que ça ne va pas. Regarde-toi. Tu manges une pâtisserie au chocolat alors que tu détestes ça. Parce que tu fais mine de sourire, mais tes yeux dégagent à eux seuls toute la désolation de ton âme. Tu es tiraillé, meurtri, perdu et je ne sais pas comment t’aider. Je ne sais pas si ma présence t’est vraiment efficace devant le vide de ton désespoir et je doute que tu arrives à balayer cette histoire avec Kaya aussi facilement. Charles ou Cindy trouveront peut-être des réponses, des solutions à cette nouvelle épreuve, tu ne crois pas ?

— Ce n’est rien, ça va passer. Elle a juste mis le doute en moi, mais je l’ai constaté à temps, donc tout va bien. Kaya ne m’atteindra pas outre mesure.

Ethan avait regardé alors son assiette vide. Il avait tenté de se montrer fort et déterminé devant Oliver et son air désolé. C’était il y a deux jours. Cette assurance apparente était maintenant loin derrière lui. Aujourd’hui, c’était le réveillon de la nouvelle année et il avait toujours ce masque fissuré à montrer à ses amis. Il aurait dû prendre l’avion hier pour retrouver ses parents pour les fêtes, mais il ne l’avait pas fait. Il avait changé ses plans à la dernière minute. Il pouvait prétendre fuir la psychanalyse de Cindy, mais la vérité était autre. Il avait fallu d’une phrase prononcée par Simon et toutes ses nouvelles résolutions pour combattre le moindre regret, le moindre doute concernant Kaya avait volé en éclat.

Il était passé au Sanctuaire le lendemain de leur dispute voir Simon et Barney, pour aider au ravitaillement de la soirée spéciale du réveillon avant son départ pour les USA. À son arrivée, Simon l’avait vite acculé sur son teint d’outre-tombe et sa cause. Ethan se trouva surpris quand Simon lui expliqua qu’il avait croisé Kaya par hasard le matin et l’avait invité à passer la soirée du réveillon au Sanctuaire avec eux. Elle lui avait alors dit que tout était terminé entre Ethan et elle.

— Franchement, je suis resté comme un con quand elle m’a dit que chacun de vous deux avait pris la tangente et que vous étiez à présent deux parfaits inconnus. Je n’ai pas tout compris à votre histoire, mais une chose est sûre : je ne compte pas mettre fin à mon amitié avec elle à cause de toi ! Moi, j’aime bien Kaya et je ne vois pas pourquoi je la sacrifierais pour toi. Donc, comme tu pars chez tes parents pour le 31, j’ai insisté pour qu’elle vienne quand même ! Voilà ! Et si tu n’es pas content, c’est pareil !

Simon avait croisé les bras pour la forme, montrant son intransigeance malgré sa faible constitution et Barney avait haussé les épaules en réponse à Ethan qui n’avait su quoi dire. Comment pouvait-il lui en vouloir ? Kaya les avait tous charmés. Lui, y compris. Il n’était pas prévu qu’il soit présent à cette fête vu qu’il avait son avion à prendre le soir même de leur discussion, donc rien de gênant. Et pourtant, cette idée d’être le grand absent n’avait cessé de le tarauder au point d’annuler finalement son vol pour les États-Unis. Tout son être criait son envie de la revoir. Juste l’observer de loin. Juste adoucir ses remords. C’était le pire paradoxe auquel il faisait face : l’éloigner de lui pour se protéger, mais vouloir finir par la garder toutefois dans son périmètre pour soulager sa conscience. Deux jours sans la voir et il ne supportait déjà pas l’abstinence. Il avait beau se raisonner sur sa décision de prendre le large, il finissait toujours par douter de son bien-fondé et de ce qu’il souhaitait vraiment. L’allusion de Kaya par Simon avait mis à mal sa résolution à tout arrêter définitivement. Il n’arrivait pas à réellement faire une croix sur elle pour l’instant ni à savoir ce qu’il attendait d’elle réellement. Et ses cauchemars avec sa mère l’aidaient encore moins à trouver un répit à ses tourments. Kaya pouvait le conduire aux mêmes souffrances que Sylvia. Elle pouvait jouer avec son cœur, lui faire croire la parfaite idylle jusqu’à ce que la vérité éclate et que le rêve devienne cauchemar : être le seul, avec ses rêves de sentiments réciproques. S’enchaîneraient l’impression de trahison, puis les regrets, la colère, l’amertume et encore et toujours cette souffrance au final, cette même crainte, vicieuse et lancinante, à se retrouver avec la poitrine déchirée à cause de son amour. Kaya et Sylvia, deux faces opposées d’une même pièce de monnaie qu’il faisait tourner comme on joue la chance de l’insolence. Malheureusement, l’insolence n’est pas forcément gagnante. On prend aussi des risques inconsidérés et on souffre. Dans son cas, les deux faces le mettaient à mal. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de penser que Kaya était plus douce et sincère que sa mère, qu’elle ne jouerait pas avec ses sentiments, malgré leurs oppositions.

Il se frotta la tête énergiquement avec son shampooing, tentant d’effacer toutes ces considérations qui lui comprimaient le cerveau. Il allait devenir fou s’il continuait ainsi. Il n’avait finalement rien dit à ses parents au sujet de Kaya. Il avait une nouvelle fois gardé tout pour lui et n’avait pas écouté Oliver. C’était sans doute un de ses plus gros défauts, mais il n’aimait vraiment pas montrer ses faiblesses ni les ressentir. En parler, c’était comme crier à l’aide et donner raison à son mal. Il refusait de matérialiser ses doutes. Ce serait le début de la chute du mur qu’il avait érigé pour se défendre de toute intrusion dans son cœur. Un comportement blessant pour ceux qui tentent de le comprendre, mais qui découlait de ce qui s’était passé avec Sylvia et dont il en avait fait une philosophie : ne plus être gentil, ne plus être influençable, ne plus être impuissant. Pourtant, sous cette douche matinale, cette philosophie n’avait plus vraiment de sens. Il était toujours les trois à la fois, gentil, influençable et impuissant, perdu à jamais. Il sortit de la douche avec un sentiment de détresse extrême, le rongeant toujours un peu plus, sa solitude et lui. Il s’habilla dans un état second, puis alla dans le salon. Il regarda la pièce vide de toute présence à part la sienne et se toucha la poitrine. Tout allait bien en apparence chez lui et pourtant Tchernobyl à côté de son cerveau, c’était de la rigolade. Le paraître était loin de la vérité de l’être. Il regarda la pendule de la cuisine et ferma les yeux. Autant d’heures le séparant de sa nouvelle rencontre avec Kaya, autant d’heures où il allait encore hésiter à aller au Sanctuaire, autant de temps à se torturer un peu plus mentalement sur ce qui était de l’ordre du bon pour lui ou pas. Et pourtant, il savait que même si son esprit, sa raison, tentait de mettre une barricade à ses envies, son cœur le conduirait à cette fête au Sanctuaire, car c’était plus fort que lui. Il regrettait déjà sa rupture. Deux jours et il n’arrivait pas à faire abstraction de quoi que ce soit.

 

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Kaya soupira un grand coup pour se donner du courage. Elle avait hésité longtemps à venir au Sanctuaire. Y aller. Ne pas y aller. Elle ne se sentait pas d’attaque pour affronter les amis d’Ethan ni faire comme si tout allait bien alors qu’elle avait pris il y a deux jours la plus grosse humiliation de sa vie. Elle était rentrée ce jour-là comme une flèche chez elle et s’était cachée sous sa couette tout le reste de la journée. Elle avait réfléchi encore et encore, avait tenté de comprendre pourquoi un tel revirement de la part d’Ethan, toutes ses questions sans réponses qui pouvaient justifier son attitude, puis elle s’interrogea sur elle-même, sur ses choix, sa naïveté, sa bonté. Elle se détesta de ne pas être plus méfiante, d’avoir fini par l’écouter. Puis les larmes se tarirent. Ses questions se résumèrent à une évidence : rester seule pour ne plus souffrir. Elle avait regardé un moment le cadre où elle était avec Adam, ne sachant plus quoi penser de sa vie. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle avait bien merdé et qu’elle se sentait une nouvelle fois minable. L’invitation de Simon le lendemain matin ne l’aida pas à trouver une sérénité. L’enthousiasme de son nouvel ami à l’idée de passer la soirée de la Saint-Sylvestre avec elle avait fait plaisir à la jeune femme, mais il l’obligeait aussi à ressasser sa mésaventure avec Ethan. Même sans la présence de M. Connard à cette fête, Simon incarnait l’existence même de la relation qu’elle avait eue avec Ethan. Il était la preuve que tout cela n’était pas qu’un cauchemar, mais une réalité aussi amère que honteuse à ses yeux. Elle hésita donc beaucoup à rappeler Simon pour décliner son offre. Entre moments de complète déprime et sursauts spontanés à se remotiver pour aller une nouvelle fois de l’avant, Kaya passa deux jours fatigants psychologiquement.

En regardant, ce soir, l’entrée du Sanctuaire, elle ne sut si finalement elle avait réellement atteint le stade de folie masochiste avancée. Le videur à l’entrée ne fit aucune obstruction à son passage et très vite elle retrouva le petit groupe à l’intérieur dans leur coin habituel. Tout le monde était bien sapé et très vite Simon la serra dans ses bras. Barney lui fit la bise, puis vint le tour d’Oliver, Sam et BB. Oliver s’étonna de la voir. Sam se frotta les mains, alarmant BB sur la suite de la soirée. Après quelques minutes où elle ne se sentit pas à sa place, Oliver lui frotta le dos avec un sourire pour la rassurer sur la bienvenue de sa présence en ces lieux.

— Kaya, je voulais juste te dire que je suis désolé pour Ethan. Je suis au courant.

— Tu n’y es pour rien, Oliver… lui déclara-t-elle à demi-voix. Ethan est ce qu’il est et… le restera.

— Laisse-moi deviner… Un connard ?

Oliver lui sourit et elle ne put s’empêcher de le lui rendre tant ses mots trouvaient un écho affligeant. Elle baissa les yeux, navrée et le cœur toujours plus meurtri de parler de leur rupture, si tant est qu’ils fussent réellement ensemble.

— Moi, ça m’arrange qu’il ne soit pas là, Kaya ! fit Sam avec un grand sourire. Je t’avais dit que s’il t’embêtait, j’étais là ! Je peux être maintenant ton premier choix !

Il fit un clin d’œil complice, comme pour la conforter sur le cas incurable d’Ethan.

— Allons manger ! lança Barney. Il n’est pas là, alors profite à ton aise, Kaya. Ne t’inquiète pas. Ethan est notre ami, mais votre histoire ne regarde que vous, donc cela ne change rien pour nous.

Kaya hocha la tête, avec un sourire reconnaissant. Tous montèrent à l’étage. Kaya put constater que les travaux du toit étaient finis. Elle déglutit au souvenir de la dernière fois où elle était montée ici. C’était avant leur dispute au cimetière. Il s’est battu pour elle et elle avait soigné sa main. Elle serra la mâchoire, l’envie de pleurer lui pressant la gorge. Elle regretta soudain d’être venue. Tout dans cet endroit lui rappelait Ethan et sa propre faiblesse à avoir cru en lui.

Qu’on ne parle plus jamais de confiance…

Des clients du club avaient pu réserver pour manger et danser en ce même lieu et beaucoup étaient déjà présents à attendre à leurs tables que le service commence autour d’un apéritif. Kaya se plaça en bout de leur table, ne se sentant pas tellement à l’aise pour monopoliser l’attention. Elle se retrouva face à Oliver et à côté de Sam, ravi de pouvoir faire râler un peu plus BB face à lui.

— Super ! J’arrive juste à temps !

Tous tournèrent la tête vers la voix familière qui vint interrompre les salves de grimaces de Sam à Brigitte pouvant la faire enrager. Kaya écarquilla les yeux alors qu’Ethan souriait timidement.

— Qu’est-ce que tu fous là ? demanda Sam, surpris. Tu ne devais pas passer ton réveillon chez tes parents.

Simon leva les yeux de dépit. Oliver secoua sa tête négativement, soufflé par la venue à l’improviste pas si surprenante que cela de son ami, en fin de compte.

— Non, j’ai dû changer mes plans, donc quitte à faire la fête, autant venir ici le faire avec vous. S’il y a de quoi manger pour vous, il y en a pour moi !

Ethan alla chercher une chaise qu’il déposa en bout de table à côté de Kaya et Oliver. Kaya resta tendue, ne sachant comment réagir. Elle chercha de l’aide à sa panique dans le regard d’Oliver aussi désolé qu’elle. Ethan regarda subrepticement Kaya. Il détailla ses vêtements rapidement, puis son visage à la fois tendu et mélancolique. Elle osait à peine jeter des coups d’œil dans sa direction. Cette froideur lui fit mal. Il n’aimait pas cette ambiance glaciale et peu ravie qu’elle instaurait entre eux. Il regarda alors Oliver qui le fixait avec lassitude. Ethan baissa alors les yeux, mal à l’aise, sachant très bien qu’il amenait une tension malvenue et qu’il ne tenait pas ses résolutions avec Kaya. C’était malheureusement un choix que lui-même avait beaucoup de mal à comprendre. Tout ce qu’il savait, c’était qu’un certain soulagement avait pris forme en lui lorsqu’il arriva et l’aperçut. C’était ainsi et ce simple détail le confortait sur sa présence ce soir.

— Simon, je peux récupérer des couverts pour moi ? demanda-t-il pour tenter de garder une cohérence à son attitude non belliqueuse. J’aimerais éviter de manger avec mes doigts.

— Euh, oui… Viens avec moi.

Ethan se releva et suivit Simon. Une fois devant l’établi du traiteur faisant le service pour la soirée, Simon attrapa le bras d’Ethan, agacé.

— À quoi joues-tu ? Tu ne devais pas venir ! Qu’est-ce que tu fous là ?!

— Charmant accueil, dis-moi ! Ça fait plaisir ! s’esclaffa Ethan, désabusé par le ton agacé de son ami.

— Ne fais pas l’innocent ! Si tu voulais voir Kaya, il y avait d’autres moyens pour la revoir que de venir si tôt après votre séparation, et par surprise qui plus est. Si je ne t’avais rien dit à propos de la présence de Kaya ce soir, tu ne serais pas là, pas vrai ? Tu cherches quoi ? La dispute ? Tu veux foutre en l’air la soirée de tout le monde, c’est ça ? Je me demande si de nous deux ce n’est pas toi le plus idiot ! Vive le mec intelligent !

Ethan encaissa le reproche sans broncher. Il regarda au loin la table et Kaya, mutique et refermée sur elle-même.

— Je ne ferai pas d’esclandre, Simon. Promis. Je ne cherche rien et n’attends rien non plus…

Simon soupira, devant l’absence de panache habituel de son ami. Ethan ne semblait pas heureux et cela lui fit mal de constater que cette rupture avec Kaya l’affectait bien plus qu’il ne voulait le montrer. Même ses réponses étaient ternes, manquaient de saveur. Sur ces propos, Barney vint les rejoindre.

— C’est soir de fête, Ethan. Tu comptes nous faire un feu d’artifice avec Kaya ? lança Barney avec un petit sourire nonchalant, tout en récupérant des tranches de pain.

— Eh bien vu l’accueil à mon arrivée, je vais repartir, je pense. Je suis visiblement loin d’être le bienvenu. Je vois où sont mes amis ! s’énerva Ethan. Vive votre soutien !

Barney lui fit barrage de son corps pour l’empêcher de mettre les voiles et continuer la discussion, même si l’ambiance n’était pas idyllique.

— Ethan, pourquoi es-tu là ? demanda Barney, plus sévèrement. Tu ne passes jamais le réveillon du Nouvel An avec nous. Pourquoi as-tu annulé tes plans et surtout quels sont ceux que tu as du coup pour ce soir ?

Ethan baissa les yeux. Simon s’agita, perdu dans l’attitude à adopter avec son ami, puis soupira.

— Je me demande toujours quand je vous vois ensemble si vous vous aimez ou vous vous détestez ! ajouta-t-il plus doux. Vous êtes durs à suivre, sérieux ! 

Ethan ne broncha pas. Lui-même pouvait la détester d’en arriver à l’aimer ! Tout était très confus pour lui aussi.

— Je ne me remettrai pas avec Kaya. Nous sommes… incompatibles. Promis, je resterai dans mon coin. Je suis désolé. Je sais que mon arrivée est maladroite, mais je ne voulais pas vous embêter. Tout ira bien.

 Ethan regarda Kaya discuter au loin avec Sam. Elle semblait se relâcher un peu. Son cœur était partagé entre sa jalousie à voir Sam comme nouvel allié de Kaya et la joie de pouvoir la retrouver à nouveau.

— Ethan, commenta Barney, je ne sais pas comment vous vous êtes séparés, mais son teint blême depuis ton arrivée me fait douter de la suite. Si c’était réellement fini, il te suffisait de lâcher l’affaire et de partir aux States ! Tu es resté ici alors que tu devrais être avec ta famille. Donc, tu peux nier toute compatibilité entre vous, on sait très bien ce que tu veux ! Tu n’es pas là pour être avec nous, mais pour être avec elle. Tu n’as pas tout réglé avec Kaya, pas vrai ?

Ethan soupira. Leur mentir n’amènerait rien de bon dans l’ambiance de cette soirée. Et ils avaient bien raison sur les causes de sa présence parmi eux.

— Je voulais juste m’assurer… qu’elle allait bien. Je vous assure que c’est tout.

Barney s’étonna de son aveu, mais finalement lui sourit. Il admettait qu’il s’inquiétait pour elle.

— Et tu penses que ta présence va l’aider à se détendre ? demanda Simon, sceptique. S’il te plaît, ne l’accule pas ce soir. Ne joue pas au connard. Laisse-la, quelle que soit la raison de ta venue. Ne fais rien ce soir pouvant la faire partir. Je lui ai promis qu’elle s’amuserait avec nous, donc ne gâche pas ma promesse. C’est tout ce que je te demande. Fais-le pour moi.

Ethan acquiesça, même s’il doutait de pouvoir lui assurer la bonne tenue de cette soirée.

 — Je ne ferai rien dans le sens d’une dispute. Je n’en ai jamais eu l’intention.

Barney lui tapa l’épaule et Simon lui proposa son poing auquel Ethan répondit par le contact du sien. Ils regagnèrent alors la table et très vite, Ethan constata que Kaya affirmait son envie de le fuir.

— Vous avez échangé vos places ? demanda-t-il à Sam, Kaya n’étant plus à côté de sa chaise.

Sam lui sourit d’un air complice.

— Oui, la chasse est ouverte ! Et je la mets à distance de tes griffes de rapace ! Tu n’as plus rien à voir avec elle, après tout ! Et puis Simon va bouder si sa grande copine n’est pas près de lui, donc on a échangé les places !

Ethan ne répondit rien. Il retrouva sa chaise, la mâchoire serrée. Il tenta de regarder Kaya, mais Sam faisait rempart. Sans doute une assurance pour éviter la dispute entre eux semblait pertinente, mais il n’aimait pas l’idée de la voir si loin de lui et encore moins avoir Sam comme remplaçant. Il savait que cette soirée s’annoncerait difficile. La séparation, deux jours plus tôt, fut extrêmement violente dans ses mots et Kaya ne risquait pas de l’accueillir avec joie. Les propos de Barney résonnaient au fond de lui comme une ritournelle. Il était bien là pour Kaya et pour rien d’autre. Il voulait la voir. Tous ses freins sautaient devant l’envie, le besoin qu’elle représentait à ses yeux. Il regrettait amèrement d’avoir été aussi dur, si distant, si humiliant. Il n’arrivait pas à se raisonner, à faire de l’acceptation de leur rupture un objectif. Oliver savait qu’il n’y arriverait pas. Encore une fois, il était celui qui réalisait trop tard les choses qu’on lui mettait sous les yeux. L’avertissement de Simon restait d’actualité et tous ses amis semblaient s’être ligués contre lui pour éviter tout conflit. Il était finalement la bombe à retardement que tout le monde tentait de désamorcer. Une belle image que tous avaient de lui et qui n’était pas si fausse que cela. Il se sentait extrêmement sensible à tout ce qui touchait Kaya.

Le repas se passa dans un calme convivial. Ethan resta à sa place et parla peu. Toutes les conversations étaient dirigées vers les facéties de Simon pour détendre l’atmosphère. Le changement de place que Kaya avait demandé discrètement à Sam la soulagea. Devant l’évidence de l’entremetteur de service qu’il était, Ethan préféra restait discret et aida Barney à la gestion du service des clients lorsque les employés éprouvèrent des difficultés. Retrouver une casquette de boss l’aidait à moins ruminer son statut d’entremetteur. Kaya l’espionna de temps en temps pour voir à quoi il jouait. Une méfiance qu’elle ne s’expliquait pas, mais qui restait ancrée en elle, telle une vilaine habitude à attendre que la vacherie de son bourreau vienne l’écrabouiller en une fraction de seconde. Pourtant, rien ne vint. Ethan n’alluma aucun brasier. Il resta présent, mais réservé. Il ne l’ignora pas, mais ne la chercha pas non plus. À tel point que Kaya regretta presque de ne pas être davantage son centre d’attention. Elle trouvait cela louche, mystérieux, peu habituel et s’inquiéta parfois de son comportement bien trop mesuré par rapport à ce qu’il était vraiment, avant de se renfrogner et de se rappeler leur dernière discussion.

Lorsque la fin du repas arriva, tous descendirent vers la piste de danse. Ethan resta assis dans son coin. Oliver vint le rejoindre et lui claqua son verre avec le sien.

— Vas-y, balance ton reproche, toi aussi. Je suis prêt. Tu ne m’as rien dit pendant le repas, donc ça doit te brûler la langue. J’ai déjà eu celui des autres ; je suis paré.

— Tu veux une réprimande de ma part ? répondit Oliver, amusé. Intéressant… Avoue quand même que tu fais fort. Ne fais surtout aucune résolution pour la nouvelle année, car là, tu es vraiment un cas irrécupérable. Craquer en deux jours, je crois que c’est une première chez toi ! Tu as plus de persévérance d’habitude !

Oliver but une gorgée de sa vodka orange, le sourire toujours aux lèvres.

— Je n’ai rien à te reprocher… continua-t-il, malgré la grimace que lui renvoyait Ethan. Je constate juste que tu ne la quittes pas des yeux. Pour quelqu’un qui n’est plus censé la voir et doit l’oublier, tu es mal parti. C’est tout ce qu’il y a à remarquer.

— Je sais. Merci.

— Ne sois pas bourru. Ça prouve que tu es vraiment accro. C’est très mignon !

Ethan le fusilla du regard alors qu’Oliver se retint de rire.

— Je ne suis pas accro et il n’y a rien de mignon ! C’est une catastrophe ! Je sais bien que je n’ai aucune volonté, que je dois paraître ridicule à ne rien lâcher, mais ça me bouffe ! J’ai l’impression de devenir dingue !

Ethan râla un peu plus face à ce qu’il était obligé d’admettre devant son ami. Un large sourire se dessina sur le visage d’Oliver, en voyant à quel point son ami tentait de garder une attitude sensée à quelque chose qu’il n’arrivait plus à contrôler.

— Tu sais, au lieu de le nier, tu devrais l’admettre. Au lieu de fuir, tu devrais foncer. Je sais que je t’ai déjà dit cela au gala de la gamme et que vous vous êtes engueulés juste après, mais regarde… Vous avez avancé tous les deux malgré tout. Vous avez pu partager de nouveaux moments ensemble. Je comprends tes craintes, Ethan. Crois-moi. Tes doutes sont légitimes et ta peur de te ramasser et souffrir est tout à fait normale. Mentir sur cela serait malvenu. Je reste cependant convaincu que tu as encore beaucoup à gagner en t’accrochant, en persistant avec elle. Je ne sais pas comment te dire… Avec elle, tu es juste différent, plus épanoui.

Il posa sa main sur son bras pour rassurer Ethan. Ce dernier fixa cette main amicale et finit par se courber un peu plus à l’évocation de l’idée insidieuse de bonheur avec Kaya que lui soufflait Oliver.

— Oliver, je vais me ramasser immanquablement si je continue ! L’amour mène à la souffrance.

— Tu te ramasses déjà ! Si tu voyais ta tête ! Je retrouve l’ado taciturne qui me gonflait à l’époque. Je te mettrais des claques tellement tu es déprimant ! Tu n’arrives même pas à tenir deux jours loin d’elle sans tirer la tronche. Regarde-toi ! Ce n’est pas un reproche, juste un constat sur le fait que parfois, les sentiments sont tellement forts qu’on ne peut pas faire autrement. Cela devient une forme d’instinct. Même si on sait que la chute peut être terrible, on reste et on se bat pour qu’elle n’arrive pas. Et je pense qu’avec Kaya, depuis le début, c’est ton instinct qui te pousse à t’accrocher à elle. C’est lui qui te fait insister encore et encore. C’est aussi lui, au-delà de ton cœur, qui a guidé tes pas ici, encore ce soir. Ose me dire que je me trompe ! Avec elle, ça devient instinctif. Vous êtes deux charges électriques contraires s’attirant indubitablement.

Ethan regarda ses chaussures. Cette attirance qu’il avait depuis le début pour Kaya trouvait un écho aux propos d’Oliver. Une alchimie, une attraction inévitable, qui le poussaient toujours un peu plus vers elle. Plus il s’obstinait à vouloir donner un sens à ce dont il ne trouvait aucune forme concrète de réponse, plus il se trouvait démuni. Plus il la repoussait et refusait l’évidence de ses sentiments, plus il se sentait vide. Oliver avait raison : il se contenait. Son sang bouillait dans ses veines. Il tentait de réfuter vainement ce que son corps entier voulait exprimer haut et fort.

— Donc d’après toi, je devrais suivre mon instinct, même si je finis par me vautrer ? Je l’ai déjà fait avec ma mère et…

— Ethan ! l’interrompit Oliver. Tu as toujours fonctionné à l’instinct. C’est ton instinct qui a fait que tu es patron de ta propre entreprise et qui fait qu’elle évolue dans le bon sens. C’est aussi lui qui t’a poussé à faire confiance à Charles et Cindy, et même à Eddy. Tu n’as d’ailleurs jamais écouté mes mises en garde concernant Eddy et son influence. Tu as continué à garder ta ligne de conduite et suivre ce fameux instinct tel un fil qui guide ta vie. Alors, continue ! Ne recule pas et ne te bride pas ! Si tu aimes ce qui se passe avec elle, profite ! Pour Sylvia, ton instinct était celui de l’enfant qui n’a jamais obtenu l’amour auquel il aurait dû avoir droit. L’adolescent que tu étais n’a pas eu le recul nécessaire pour repousser l’inévitable. Aujourd’hui, quel mal aurais-tu à vouloir répondre à l’instinct le plus primaire de l’homme adulte que de vouloir une femme auprès de lui ? Kaya n’est pas ta mère. Tu n’as aucune crainte d’entrer dans un tabou. Pour la douleur, ça, c’est le problème de tous les couples… Tu n’as certes aucune garantie et je pense que l’on est tous voués à souffrir : c’est le propre des relations humaines. Ne te fige pas dans ton passé, tente l’avenir.

Ethan regarda avec tristesse la piste de danse. Il avait eu ces mêmes mots pour Kaya, lors de leur dispute au cimetière. Il voulait qu’elle cesse de rester tournée vers son passé et qu’elle regarde maintenant l’avenir. Il était en fin de compte comme elle, il craignait son avenir, il craignait de faire les mêmes erreurs ayant conduit son passé à être ce qu’il était. Il était comme elle, figé dans un présent fait d’illusions et d’une fausse stabilité. Il devait lui aussi changer son fonctionnement et avancer. Il devait vivre.

— J’ai perdu toute crédibilité auprès d’elle… J’ai été odieux il y a deux jours et je ne vois pas comment je pourrais recoller quoi que ce soit maintenant. Elle ne me croira plus. Je foncerai dans un mur blindé.

Il s’enfonça dans son canapé, la mine complètement abattue et garda ses yeux rivés sur le couple dansant. Son impuissance le rongeait devant le spectacle qu’il avait devant lui. Il surveillait chacun des gestes de Sam, chacune de ses attitudes, avec jalousie. Sam jouait avec Kaya en tentant de la faire tournoyer avec plus ou moins d’adresse. Ethan n’aimait pas voir son ami lui sourire et plaisanter avec elle depuis le début de la soirée. Il n’aimait pas cette complicité pouvant très rapidement changer de tonalité et aller vers quelque chose de plus intime. Il connaissait son ami et ses talents de Casanova. Il savait que Sam pouvait autant déconner qu’être sérieux si une ouverture s’offrait à lui. S’il venait à arriver à cette fin, que ferait-il ? Il lui était difficilement supportable de rester sur le banc de touche à constater les faits avec impuissance. Il s’inquiétait à l’idée de la voir maintenant avec un autre qu’Adam ou lui. Il n’avait pas autant ramé jusque-là pour se faire doubler de la sorte. Oliver put cerner chez Ethan un certain désarroi, doublé d’une colère palpable dans sa façon de faire palpiter les muscles de sa mâchoire.

— C’est marrant que tu te mettes des freins tout à coup ! déclara alors Oliver en regardant Kaya danser maladroitement. En général, tu ne tournes pas autour du pot quand tu veux quelque chose, quand tu as un objectif à atteindre. Tu te fiches bien de ce dont l’autre en face pense… ça aussi, c’est une manifestation caractéristique de ton instinct ! D’ordinaire, tu ne demandes pas l’avis des autres et deviens un véritable éléphant dans un jeu de quilles.

Ethan le fixa tout à coup, ses propos trouvant un écho familier. Oliver lui fit un sourire entendu. Ethan regarda à nouveau la piste et se leva, pris d’une nouvelle lucidité.

— Tu as raison. Ce n’est pas moi ! Je me fourvoie dans mes doutes et mes peurs. Je dois avancer !

— À la bonne heure ! ironisa un peu Oliver.

— Avec Kaya, je laisse effectivement parler mon instinct, mes pulsions et mes envies sans retenue ni honte. Si j’aime être avec elle, c’est parce que je peux être moi, sans masque ni fard. Je ne me bride pas et je ne m’enterre pas dans ce que j’ai bâti pour me protéger. Je me sens tellement libre. Je dépasse tout ça juste pour être avec elle. Elle me met à nu et il n’y a plus qu’elle et moi, et notre petite bulle. Plus de tricheries. Plus de mirages. Et j’aime ça. J’aime qu’elle vienne chercher cet homme-là en moi, même si ça m’effraie. Il n’y a plus de voiles, plus de limites… et si on n’a pas de limites, on peut tout se permettre… Ce qui veut dire que je n’ai pas à avoir peur d’être un parfait connard ce soir, puisque c’est pour défendre ma liberté, pour satisfaire mes désirs ! Merci, Oliver !

Ethan lui sourit avant de foncer sur la piste de danse sans plus attendre. Sans crier gare, il attrapa par la taille Brigitte qui se trouva surprise de son intervention, mais surtout de son attention soudaine pour elle. Sam se calma instantanément et Kaya se raidit. Simon regarda Barney, inquiet. Son arrivée semblait louche pour tout le monde, mais le pire indice ne laissant présager rien de bon était son sourire serein et son air déterminé. Il se balança alors en rythme avec Brigitte qui devenait de plus en plus rouge en le sentant contre elle.

— Ethan… euh…, tu es sûr de vouloir danser avec moi ? demanda BB, complètement déstabilisée par son attitude aux antipodes de ses habitudes avec elle.

— Tout à fait ! lui répondit-il avec un sourire plus ou moins franc, alors qu’il jeta un regard vers Sam et Kaya.

Barney et Simon assistèrent à la scène de façon tout aussi incrédule que les autres. Sam fixa un instant Ethan qui fit tournoyer à son tour Brigitte. Kaya tenta d’éviter de l’observer. Elle ne souhaitait pas rentrer dans son jeu qui risquait fortement de se retourner contre elle, au vu du sourire qui ne quittait pas son visage et qu’elle ne connaissait que trop bien. Il avait été plutôt discret et distant jusque-là, mais son arrivée sur la piste semblait montrer le réveil du monstre qu’il pouvait être parfois. Il préparait quelque chose ; elle en était certaine. Son mode « connard » était enclenché. Elle pouvait le sentir à des kilomètres, comme une familiarité à laquelle on l’avait éduquée.

— Parfait ! fit Sam, dans un élan de normalité. Pendant que BB danse avec Monsieur Surprises et Mystères, ça te dit Kaya de reprendre là où on en était ? Je suis sûr qu’on peut faire mieux que ces deux petits joueurs !

Il lui tendit la main dans un geste chevaleresque et Kaya lui sourit. Peu importait ce que faisait Ethan et avec qui, elle ne devait pas se priver de continuer à s’amuser. Elle accepta donc l’invitation. Ethan fulmina intérieurement de les voir maintenant danser l’un contre l’autre.

Tu veux jouer à ça, Sam. Très bien. On va jouer !

Il se colla un peu plus à Brigitte et observa subrepticement Sam qui plaisantait avec Kaya. Brigitte rougissait à vue d’œil et ne savait plus trop quoi penser de son attitude envers elle, mais elle comprit aussi très vite qu’il était toutefois tendu et avait l’esprit ailleurs.

— Ethan, tu es vraiment sûr de vouloir danser avec moi ? J’insiste, mais je te connais assez pour savoir que si tu dois danser avec une femme, c’est dans un intérêt bien particulier. Tu as toujours quelque chose de bien précis en tête. Tu ne fais pas ce genre de choses par plaisir.

Ethan la contempla un instant et constata le doute sur son visage. Elle avait raison ; il se servait d’elle comme alibi, mais n’avait pas d’autres plans pour l’instant pour trouver une ouverture avec Kaya.

— Quelle méfiance ! N’es-tu pas contente que je danse avec toi ? demanda-t-il en tentant de rester courtois.

— Bien sûr que si, voyons ! lui répondit-elle vite, pour ne pas le froisser. Mais tu n’as jamais dansé avec moi avant, donc il est normal que ça me surprenne.

— Il y a un début à tout… Profite !

Suite à sa réponse laconique, il jeta un œil vers Kaya avec une petite lueur nostalgique dans les yeux. Brigitte regarda l’objet de son attention soudaine et baissa les yeux. Il lui était aisé de comprendre ses réelles intentions. Elle n’en doutait plus. Il était en train de danser dans le seul but de surveiller Kaya de plus près. BB ressentit un pincement au cœur, tant sa déception fut grande. Elle se doutait que les miracles ne risquaient pas d’arriver entre lui et elle, mais chaque vague d’espoir pouvait être aussi agréable sur l’instant que douloureuse après. Cette fois, son enthousiasme fut vite contrebalancé par une énorme tristesse à n’être qu’un jouet, un faire-valoir entre ses mains, un moyen pour accéder à autre chose de plus convoité.

— C’est vraiment fini entre Kaya et toi ? tenta-t-elle toutefois de demander avec hésitation, malgré la peur de sa réponse et le peu d’espoir qui subsistait en elle.

Ethan reposa son regard sur BB avec surprise et serra les dents.

— Avant de finir quoi que ce soit, il faudrait que quelque chose ait commencé. Elle n’a jamais été ma petite amie.

— Tu es… différent quand tu es avec elle et du coup, tu le deviens aussi avec nous. Ethan, on se connaît depuis un moment maintenant et je vois bien que tu es perturbé dès que cette fille est dans ton périmètre.

 La poitrine d’Ethan se serra à ses propos. C’était la deuxième personne à lui dire son changement de comportement ce soir.

C’est donc si visible que ça ?

— Et ça ne te plaît pas ?

Brigitte rougit à nouveau, à l’idée de devoir exprimer ce qu’elle ressentait le concernant.

— Tu sais bien que je te suivrai, quelles que soient les circonstances… répondit-elle alors dans un souffle, entre gêne et timidité. Si ça peut soulager ta conscience… Mais ce soir, tu danses avec moi parce qu’elle te perturbe encore. Tu veux être avec elle, et non danser avec moi juste par sympathie ou autre chose. Je me trompe ?

Ethan ne sut quoi répondre. Parfois, il avait l’impression qu’elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Elle était effrayante de perspicacité avec lui et ce soir, elle en montra toute son ampleur. Il savait que BB n’était pas indifférente à ses charmes et sa loyauté était même parfois très déstabilisante. Il n’aimait pas qu’une femme puisse le coller ou s’enticher de lui ; cela allait contre sa raison. Avec Brigitte, il y avait toujours cette retenue qui le faisait hésiter. Il y avait des signes, mais en même temps elle les cachait vite par son masque de femme d’affaires ou par celui de femme froide. Dans le meilleur des cas, elle jouait la carte de l’amitié. Et encore cette fois, il ne savait jusqu’où considérer ses mots. Elle pouvait être très vite timide quand il s’agissait d’elle et ses sentiments pouvaient porter plusieurs interprétations. Était-ce un reproche ? De la jalousie ? Un avertissement ? Le silence d’Ethan obligea BB à se rattraper dans sa demande. Elle ne souhaitait en aucun cas une nouvelle dispute avec lui et elle pouvait sentir que tout son corps dégageait déjà une tension qu’il avait du mal à contenir. Le souvenir de leur dernière altercation lors du gala de Magnificience était encore vif.

— Désolée d’être méfiante, continua-t-elle, mais je ne veux pas que tu souffres. Et je vois bien que c’est le cas quand elle est là. Tu n’as pas décroché un mot de la soirée. Tu es renfermé et distant depuis ton arrivée. Je m’interroge sur ce qui est bon pour toi ou pas, et notamment avec Kaya… Je refuse que tu te serves de moi pour amplifier ta souffrance éventuelle. Je ne veux pas être ce déclencheur !

Ethan observa le visage de BB inquiet et doux. Sa bienveillance lui faisait du bien. En d’autres circonstances, sans doute Brigitte aurait pu être une femme à aimer, mais sa vie en avait décidé autrement et il savait qu’il ne l’aurait pas rendue heureuse. Elle s’inquiétait trop souvent pour lui. Cependant, il était heureux d’être compris de la sorte, d’être soutenu. Brigitte était sans doute celle qui le comprenait en cet instant le mieux à propos des réactions qu’il avait face à Kaya. Elle était dans le même état de questionnements sur ce qui était bon pour lui. Sans trop réfléchir aux conséquences de son acte, il déposa un baiser sur son front. Brigitte resta complètement pétrifiée. Son baiser était tout aussi improbable que sa danse et elle finissait vraiment par croire à un rêve, une hallucination ou quelque chose de la sorte. Tout était inhabituel. Elle se sentit rougir comme une tomate et cacha son visage le plus possible pour ne pas trop se trahir. Ethan réalisa que son geste avait alors été instinctif, qu’il l’avait fait comme si c’était normal, logique, évident.

Instinctif. Un mot qui prenait maintenant tout son sens et le soulagea. Il sourit alors par-dessus sa tête, heureux. Il était sur la bonne voie. Il en était certain. Il ne devait pas avoir peur ni honte. Il devait assumer ce qu’il était. Il la fit tournoyer une nouvelle fois pour la rassurer et ne pas la mettre plus mal à l’aise.

— Ne t’inquiète pas. Je vais bien. Kaya m’énerve…, mais je vais bien. Dansons et profitons !

Il lui offrit un sourire franc auquel Brigitte répondit avec douceur et soulagement. C’était la première fois qu’Ethan faisait un pas vers elle de façon plus intime, de sa propre initiative. Et elle savait que ce baiser était sincère, que ce geste était tellement rare qu’il fallait le chérir.

— Ne gâchons rien, dans ce cas ! lui déclara-t-elle, plus sereine. Je suis vraiment contente de danser avec toi. Je veux profiter de la rareté de ce moment ! Montre-moi tes talents de danseur et vends-moi du rêve !

Ethan fit une moue gênée, ne sachant comment réagir au compliment ni à ce bonheur si dérisoire à ses yeux qu’une simple danse.

— Tu vas vraiment finir par me faire regretter d’être venu te chercher, avec toutes les fadaises que tu débites… grommela-t-il, ne voulant s’épancher plus sur leur discussion plutôt complice. Vends-moi du rêve… N’importe quoi !

Brigitte se mit à rire légèrement, heureuse malgré tout de le voir plus détendu à présent et de pouvoir partager une discussion plus familière avec lui.

 

— Sam ! Pardon ! Désolée ! Je suis vraiment désolée pour ton pied !

Ethan tourna aussitôt la tête en entendant Kaya se confondre en excuses. Brigitte regarda également ce qu’il se passait et ne put s’empêcher de pouffer. Sam se frotta le pied, tout en tentant de se tenir en équilibre sur une jambe.

— Ça va ! Ce n’est pas grave ! relativisa Sam, tout en ne masquant pas sa douleur sur son visage. Ça arrive à tout le monde ! Mais je suis obstiné, donc on finira cette danse coûte que coûte !

Sam reposa son pied et reprit Kaya dans ses bras. Il lui souffla quelques mots dans l’oreille, qui finalement firent rire Kaya, au grand dam d’Ethan qui assista à la scène, désarmé, et sentit à nouveau sa colère ressurgir par tous les pores de sa peau. Kaya lui répondit aussitôt, puis Sam lui rendit un sourire et lui fit un câlin. Ce fut le geste de trop pour Ethan ;  sa patience arriva à son terme. Il lâcha à la hâte Brigitte et fonça sur Sam et Kaya. D’un geste sec, il attrapa le bras de son ami pour l’éloigner de sa princesse et lui colla son poing dans la figure. Sam tituba en arrière avant de tomber au sol.

— Ne la touche pas ! Je t’interdis de la coller comme ça !

Les invités cessèrent de danser. Tout le monde se figea et regarda les deux hommes. Ethan avait le regard mauvais, celui prêt à massacrer le premier venu aux moindres faux pas en sa direction. Aussitôt, Barney s’interposa entre les deux hommes. Simon pesta en voyant qu’Ethan n’avait pas tenu sa promesse. Stupéfaite par le changement d’attitude soudain d’Ethan, Brigitte se précipita sur Sam pour voir s’il allait bien et l’état de sa mâchoire. Kaya resta choquée par l’attaque. Elle visa alternativement la mâchoire de Sam et le regard furieux d’Ethan qui contenait difficilement sa colère.

— Ethan, calme-toi ! tenta de tempérer Barney. Se battre ne réglera rien.

— Mais t’es malade ! cria Sam, tout en se massant la mâchoire. Qu’est-ce qui te prend ? On ne fait que danser !

— Ne te fous pas de ma gueule ! répondit Ethan en essayant de contourner Barney et en le montrant de son index, d’un air vindicatif. Tu crois que je ne te vois pas venir avec tes gros sabots ! Vas-y ! Drague-la ! Et ça se dit « mon pote » !

— Non, mais je rêve ! rétorqua Sam, sidéré. Et toi, tu fous quoi avec BB ? Tu sais très bien qu’elle a des sentiments pour toi et tu te sers d’elle pour atteindre Kaya ! Tu crois que je n’ai pas remarqué ton petit jeu ?! Tu crois que je n’ai pas vu comment tu lui as fait un bisou sur le front alors que d’habitude, tu l’ignores. C’est moi qui devrais te mettre mon poing dans ta gueule pour te foutre de ses sentiments comme ça ! Tu n’as même pas les couilles de lui dire clairement que ça ne se fera jamais entre vous ! Tout comme tu n’as pas les couilles de dire à Kaya que tu es venu parce que tu regrettes !

— Ne fais pas de suppositions sans savoir ! siffla Ethan, peu amène à accepter l’évidence.

— Ça suffit ! s’interposèrent Kaya et Brigitte en chœur.

Le regard des deux hommes se tourna vers les deux jeunes femmes tout aussi en colère l’une que l’autre.

— Son baiser était sincère ! Tu ne sais pas ce qu’on s’est dit , alors cesse de faire ton jaloux ! déclara Brigitte à Sam qui se releva. Il me remerciait !

— Tu es naïve, BB ! grommela Sam, peu convaincu.

— C’est la vérité ! rétorqua Ethan pour sa défense. On parlait de… Kaya.

Son assurance s’effondra aussitôt que sa gêne apparut à l’annonce du prénom de la jeune femme. Kaya se trouva tout aussi gênée à savoir maintenant qu’elle était dans ses discussions, mais retrouva aussi vite son flegme et la raison de ne pas s’attendrir davantage pour lui.

— Ethan, tu n’es qu’un imbécile ! s’emmêla Kaya. Cela ne justifie pas ton action d’après ! On était en train de danser ! Il n’y a rien de mal à danser et s’amuser. C’est quoi ton problème ? Comment peux-tu frapper ton propre ami ? Tu es complètement malade ! Il te manque vraiment une case dans ton QI de connard égoïste ! Tu n’as aucun droit sur ce que je décide de faire et avec qui ! Mêle-toi de tes affaires ! On n’a plus rien qui nous lie ! Est-ce clair ?

Ethan s’agita et pesta devant ses mots, puis passa la main dans ses cheveux. Il encaissa avec mal la colère de Kaya. D’un geste rapide, il lui attrapa alors le bras et l’attira hors de la piste de danse. Surprise, Kaya tenta de ralentir leur progression. En vain. Simon voulut empêcher Ethan de se retirer avec elle, mais Barney le retint du plat de sa main contre sa poitrine.

— Qu’est-ce que tu fais, Barney ? Il faut la soutenir !

— Non, il faut les laisser. Ethan a besoin de la retrouver.

Barney offrit un regard doux à Simon, comme s’il faisait appel à son sens logique et sa perspicacité concernant Ethan. Simon soupira et lâcha l’affaire…

— J’espère que tu as raison…

 

************

 

— Qu’est-ce que tu fais ? Lâche-moi ! cria-t-elle tout en essayant de se défaire de sa poigne.

Ethan ne lui répondit rien et la guida vers une porte réservée pour le staff. Il entra sans hésitation et força Kaya à en faire de même. Très vite, elle réalisa qu’elle se trouvait dans ce qui semblait être le bureau de direction du club. Ethan claqua la porte derrière eux et la poussa contre celle-ci.

— Lâche-moi ! Tu me fais mal ! gémit-elle, tout en fermant à moitié les yeux devant son regard chargé de colère.

— Je te déteste ! lança-t-il. Tu m’énerves ! J’essaie de prendre sur moi, mais il faut toujours que tu arrives à me faire sortir de mes gonds. Ça devient un sport chez toi ?

— Ne t’inquiète pas ! C’est réciproque ! Combien de temps vas-tu encore me pourrir la vie ?

Il planta son regard dans le sien et se tut. Les prunelles de Kaya s’humidifièrent de plus en plus devant leur silence de plomb où chacun gardait sa position agacée face à l’autre. L’annonce des larmes au bord des yeux de Kaya oppressa la poitrine d’Ethan et il ne tint plus. Il l’encercla de ses bras et déposa à la hâte ses lèvres contre les siennes. Une fois. Puis rapidement une deuxième fois.

 — Qu’est-ce que tu…

Kaya tenta de se débattre, mais Ethan la retint fermement contre la porte pour limiter ses gestes. Il insista en cherchant une troisième fois ses lèvres contre les siennes. Il échoua lorsqu’elle bougea légèrement et l’obligea à lui caresser alors son nez de sa bouche. Il sourit devant cette esquive pleine de charme. Ce n’était pas grave. Son nez eut droit aussi à un baiser. Il n’était pas rancunier et aimait son nez. Elle tourna alors la tête complètement et il sourit à nouveau. Elle ne l’insultait pas, ne le repoussait plus et il en était heureux. Elle gardait juste le silence et c’était déjà un pas vers la paix. Il embrassa alors délicatement sa joue, puis le bord de ses yeux, léchant au passage les larmes qui ne demandaient qu’à fuir loin de son visage. Il l’embrassa autant de fois que cela lui sembla nécessaire pour calmer son besoin de se la réapproprier et la rassurer sur ses intentions. Ses baisers demeuraient doux, tendres, comme s’ils disaient toute la détresse à vouloir être acceptés comme de tendres attentions, et non comme une provocation de plus à vouloir la faire enrager. Ils couvraient tout son visage comme pour effacer chaque trace de douleur dessus. Il s’en voulait d’en être arrivé à cette conclusion à nouveau conflictuelle avec elle. Il ne souhaitait rien de tout cela. Sa colère avait fait place à une lourde déception de ne plus être considéré comme un amant ou un confident, de ne plus avoir aucune crédibilité à prétendre quoi que ce soit auprès d’elle. Pourtant, il se refusait de reculer. Il voulait encore lutter et la convaincre que tout n’était pas si irrémédiable entre eux.

Ethan déposa ensuite un baiser dans son cou et elle se crispa, sans doute prise par un chatouillement qui le fit rire involontairement. Il insista avec un second baiser à la base de son cou. Kaya commença alors à s’agacer et lui fit de gros yeux méchants comme avertissement. Ethan ne put s’empêcher de sourire et retrouva ses lèvres avec hâte. Sa bouche claqua encore plusieurs baisers brefs sur les lèvres de la jeune femme disant qu’il aimait cela encore et encore. Kaya ne put s’empêcher de rougir au fur et à mesure et calqua sa respiration plus calme à celle de l’homme qui lui faisait face. Bientôt, chacun trouva un répit dans le regard de plus en plus doux de l’autre. Le duel chargé de rage l’instant d’avant se transforma au fur et à mesure en tendre envie d’armistice. Kaya capitula finalement en souriant à ses tentatives de douceurs et d’attentions, les baisers d’Ethan réveillant en elle les picotements délicieux que son cœur manifestait maintenant à chaque fois qu’ils se réconciliaient. Ethan avait besoin de poser son angoisse en se rassurant contre ses lèvres et de temporiser leur tristesse à ne pas savoir communiquer avec des mots. Kaya se laissa aller doucement et accepta de plus en plus ses baisers jusqu’à y répondre favorablement, l’appel devenant de plus en plus compliqué à ignorer. Ethan grogna, heureux de retrouver sa princesse contre lui et leur complicité. Il réclama vite sa langue et Kaya la lui offrit sans résistance, éprouvant elle aussi l’envie de retrouver sa douce étreinte. Son cœur gonflé à bloc, Ethan posa alors ses mains sur le visage de sa belle et ponctua la cadence entre petits baisers et jeux polissons avec leurs langues. Kaya avait chaud et se complaisait dans cette réconciliation qui lui faisait malgré tout un bien fou. Apaisé, Ethan posa son front contre le sien pour lui parler.

— Pardon… déclara-t-il, d’une voix émue et les yeux fermés.

— Quoi ? lui fit-elle répéter, incrédule et complètement chamboulée par son approche douce.

— Pardon, Kaya.

 

 

 


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