À votre service : chapitre 06


Et voici le chapitre 6 ! Enjoy ! ^^

© Jordane Cassidy - 2017


 

6

 

“L'autorité, c'est comme la cuisine, il suffit d'avoir quelques bonnes recettes et de les appliquer avec soin.”

 

De Olivier de Tissot - Sans âme ni conscience

 

 


Camille avait passé une bonne heure à ranger, fouiller, découvrir, rigoler bêtement, sauter comme un cabri dans son studio. Elle avait l’impression d’avoir enfin son propre home sweet home. C’était aussi la première fois qu’elle quittait le cocon familial et une certaine légèreté la gagnait à l’idée de pouvoir enfin vivre un peu pour elle. Son père avait raison sur un point : elle ne vivait pas assez une vie de femme de son âge.

Les choses vont changer un peu avec ce nouveau boulot. On y croit !

 

Elle quitta le studio pour aller dans la cuisine de la maison. Elle devait préparer le repas du soir et elle ne devait pas se louper. Elle commença à fouiller les placards pour faire l’inventaire de tout ce qui était à sa disposition et sourit.

Maman, tu serais devenue folle en voyant tout ça !

La vaisselle n’avait rien de luxueux, mais Camille ne pouvait qu’admettre que l’ensemble du service était de bon goût. Il ne manquait rien en ustensiles, ni en récipients. Elle jeta un œil au four et grimaça devant la multitude de boutons et fonctions.

Merde ! Je n’ai pas pris mon diplôme d’ingénieur avec moi !

Elle continua son inventaire de l’électroménager avec attention et plaisir.

Mon Dieu ! Il y a même un lave-vaisselle !

Elle regarda le réfrigérateur instinctivement, imaginant aisément que si la présence du lave-vaisselle relevait déjà du miracle, le frigo risquait de dépasser tous ses rêves. Elle posa la main sur la poignée et regarda alors la hauteur de celui-ci, impressionnante.

Il fait même des glaçons. Un frigo américain… comme dans les films !

— Ah ! Vous êtes là !

Camille sursauta, comme si le grand méchant loup venait de la pincer en train de faire la plus grosse bêtise de sa vie. Elle lâcha la poignée instantanément et tenta de garder un air détaché.

— Vous me cherchiez ? fit-elle d’une voix étranglée, en voyant son patron se rapprocher d’elle.

— Oui ! J’ai fait le récap’ de tout ce qu’il y a à faire et ne pas faire par vous.

Il lui tendit un paquet de feuilles reliées par une agrafe. Camille resta figée par l’épaisseur du dossier.

— Vous avez rédigé tout ça pour moi ? Si rapidement ? demanda-t-elle alors en faisant défiler les pages rapidement du pouce.

— Je n’ai fait que compiler les notes faites par votre prédécesseur.

— Il… y a beaucoup à lire… remarqua-t-elle, plus pâle de seconde en seconde en lisant diagonalement le contenu.

— Il y a beaucoup à faire et à respecter.

 

Camille continua de feuilleter le fascicule en silence. Ses yeux s’arrêtèrent sur un paragraphe qui l’intéressa plus que le reste : ce qui n’était pas de son ressort.

— Nettoyage de la piscine effectué par un agent d’entretien spécialisé le mardi et vendredi matin… OK, tant mieux ! Je n’y connais rien !

Elle lui sourit comme si elle remerciait Dieu de son indulgence, puis reporta son attention sur la suite de la liste.

— Ne pas toucher ou nettoyer la voiture.

Elle leva les yeux alors, peu surprise par la clause tellement stéréotypée et convenue.

— Pfff ! Les hommes et leur voiture…

Valentin haussa un sourcil à sa remarque et croisa les bras, piqué au vif par ses travers typiquement masculins, mais resta silencieux.

— Pas de bricolage du dimanche en électricité ou plomberie, pas de jardinage…

Quel dommage ! Un jardin et pas de parterres de fleurs à travailler…

— Vous devriez regarder ce qu’il y a à faire, plutôt ce qu’il y a à ne pas faire. C’est pour cela que je vous paie, non ?

 

Camille parcourut quelques feuilles furtivement des yeux et posa le livret sur le comptoir divisant la cuisine du salon.

— Je le lirai tranquillement plus tard. J’ai un repas à préparer. J’ai un ordre de priorités à respecter !

L’air peu conciliant et assez rebelle, sous couvert d’un effet de zèle déplut à Valentin.

— Mademoiselle Bonin, je doute que vous puissiez faire de la bonne cuisine si vous ignorez ce que je déteste manger !

— Et je suppose que cette encyclopédie va me l’indiquer ?

— Lisez mon fascicule ! Vous y trouverez ce genre d’infos, effectivement.

Il prit le fascicule et lui tendit d’un air insistant. Camille visa une nouvelle fois le dossier barbant qui l’attendait.

— Il est là pour vous aider à savoir ! insista-t-il un peu plus.

— Vous aussi ! Je vous écoute ! Que n’aimez-vous pas manger, Monsieur Duval ?

 

Elle posa ses avant-bras sur le comptoir et fit mine d’attendre poliment. Valentin s’esclaffa, sidéré par son aplomb et sa répartie.

— Je pense que je gagnerai du temps ! ajouta-t-elle avec un petit sourire vainqueur.

Valentin soupira, tout en secouant la tête comme s’il rêvait. Il décroisa ses bras et concéda à l’effort.

— Je déteste les salsifis.

— Moi aussi ! répondit Camille de façon neutre, comme si c’était une évidence pour tout le monde.

— J’ai horreur des betteraves.

— Je n’en raffole pas également.

Le sourcil de Valentin se rehaussa à nouveau.

Elle se fout de moi ou on a vraiment deux points communs ?

— Je pourrais gerber si j’avale toutes pâtisseries avec de la crème au beurre ! continua-t-il tout en montant crescendo sur ce qu’il déteste.

— Beurk ! fit Camille dans une grimace de dégoût. Il n’y a pas plus écœurant !

Valentin eut un mouvement de recul.

Elle est vraiment sérieuse, là ?

— Vous vous foutez de moi ? Je n’aime pas la complaisance.

Camille le considéra un instant.

— Je serais bien peu intelligente de le faire !

Valentin plissa les yeux, interpellé par sa désinvolture.

— Le pire de tout, pour moi, ce sont les huîtres ! commenta-t-elle alors. Rien que de savoir qu’on avale un truc vivant, tout gluant, qu’il va dans notre estomac… Vous imaginez si elle bouffe nos organes… Beurk, beurk, beurk !

Elle mima alors avec dégoût la bestiole qui vous dévore à partir de l’estomac jusqu’à glisser ses mains sur sa gorge pour simuler l’arrêt respiratoire.

— J’adore les huîtres.

D’abord séchée sur place par la voix implacable et monocorde de son patron peu amène à entrer dans son délire, une sorte d’énorme déception accompagnée d’une grosse perte d’estime pour lui apparut dans ses yeux, comme s’ils n’étaient plus compatibles avec cette condition.

— Je ne pourrais jamais embrasser un type ayant avalé une huître ! Mon Dieu ! C’est… pire que tout ! Je plains votre chérie si vous en avez une !

 

Elle tira la langue, écœurée, comme si elle imaginait déjà l’échange de salive au goût d’huître déjà lui bouffer l’estomac. Valentin l’observa, consterné. Il ne savait s’il devait en rire ou en pleurer. Pire que cela, il se demandait quel genre de spécimen il avait vraiment recruté.

En même temps, je n’embrasserai jamais une femme comme vous, aussi… bizarre !

— Ma petite amie ne se plaint pas de l’intrusion de ma langue dans sa bouche. Elle ne semble pas agoniser de la nidification d’un alien dans son ventre. Par contre, oui, il est possible que je la laisse pantelante après mes baisers !

Fier de sa réplique, Valentin ne put s’empêcher de bomber le torse et sourire. Camille le dévisagea, surprise par sa vantardise et la direction que prenait la discussion.

Il a une meuf ? Je me demande comment elle peut supporter un gars comme ça.

— Tant mieux dans ce cas ! conclut Camille plus sèchement. Grand bien lui fasse d’avoir un homme si performant, même si je reste persuadée que cela peut vous tuer à petit feu ces bébêtes-là ! Moi, l’excuse de l’aphrodisiaque dans les huîtres, je n’y crois pas !

Valentin écarquilla les yeux de son affront sur son pouvoir de séduction.

— Maintenant que le point « ce qui nous dégoûte en nourriture » est fait, excusez-moi, mais je vais m’atteler à ma tâche ! fit-elle, dédaigneuse.

 

 

Elle ouvrit le frigo d’un geste sec tout en lui tournant le dos et resta stoïque et silencieuse quelques secondes. Elle ferma les yeux, sentant déjà un certain ras-le-bol de son mauvais chakra augmenter en elle. Elle se tourna alors vers son cher patron, respira un bon coup pour se redonner la force d’encaisser le moindre inconvénient et ouvrit les yeux. Elle lui sourit alors hypocritement.

— Monsieur Duval, déclara-t-elle d’abord d’une douce voix, je veux bien faire l’effort de faire mon travail au mieux, mais…

Elle inspira une nouvelle fois pour tenter de canaliser au maximum sa déconvenue.

— … comment voulez-vous que je cuisine de la nourriture sans nourriture dans le frigo ?!

Elle avait voulu se tempérer, mais une partie de sa colère était ressortie. Crier sur son boss n’était pas la meilleure des solutions pour régler ses petits problèmes d’aide ménagère, mais la lassitude avait été plus forte. Elle ne pouvait pas se cloner pour faire x tâches en même temps dans une après-midi. Valentin jeta un œil dans le frigo vide de chez vide.

— Ah oui… C’est vrai… Il ne reste pas grand-chose ! Il était vraiment temps que j’embauche ! fit-il nonchalamment.

Il haussa les épaules comme si ce problème technique ne le concernait pas.

 

Devant son immobilisme, elle claqua la porte du frigo et se précipita vers le congélateur, seul espoir à sa survie.

Bienvenue dans la maison du malheur, Cam ! Tu dois bosser pour ton boss en claquant des doigts pour arriver à tout faire en un rien de temps et avec trois fois rien !

Elle referma le congélateur avec désespoir. L’horloge de la cuisine annonçait fatidiquement la fin du compte à rebours pour être une merveilleuse cuisinière à vingt heures pétantes. Alors que Valentin semblait se délecter de curiosité à voir comment elle allait gérer cette situation chaotique, il la vit alors s’avancer vers lui et lui tendre la paume de sa main.

— Il me faut de l’argent pour aller faire des courses.

Valentin contempla sa main un instant, puis sourit.

— Parce que vous pensez que je vais vous donner de l’argent comme ça ? Dès le premier jour ?

— Un contrebandier de petites culottes a sûrement une liasse de billets à perdre dans sa poche, pour acheter le silence de ses maîtres-chanteurs !

Valentin pouffa devant sa remarque très habile pour l’amadouer.

— D’alliée, elle passe à maître-chanteur ! Si ce n’est pas beau la confiance d’un domestique !

— Pas d’argent, pas de repas ce soir ! Et ne comptez pas sur moi pour payer votre bouffe ! Je paie déjà celle de ma famille, ça me suffit !

Valentin plissa ses yeux, amusé de la voir si rebelle et ayant cette volonté d’en découdre.

— J’ai vraiment un maître-chanteur en face de moi, ma parole !

— Il faut ce qu’il faut dans la vie, Monsieur Duval. La vie ne fait pas de cadeaux ! Vous voulez une femme parfaite qui cuisine, je ne tergiverserai pas pour le devenir, même si c’est en vous faisant chanter ! J’accepte aussi la carte bleue ! Comment faisiez-vous avec vos ex-servantes ?

— Elles avaient une CB à ce titre.

— Ah bah voilà ! Donnez !

— Dès le premier jour ? Vous plaisantez, j’espère ?

Cette fois, ce fut Camille qui plissa les yeux d’agacement quant à son intégrité.

— Parfait ! fit-elle en tapant le comptoir qu’elle contourna alors pour se poster juste face à lui. On va faire les courses ensemble ! En route ! Je n’ai pas la soirée !

Elle lui attrapa le bras sans ménagement, l’obligeant à la suivre sans attendre.

— Attendez, mademoiselle Bonin… C’est… Quoiii !

 


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