À votre service : chapitre 05


Bonjour à tous !

Après le personnage de l'ami d'enfance de Valentin, Séverin, vous allez aujourd'hui découvrir deux nouveaux personnages qui vont bien en cette rentrée : les parents de Camille. Une embauche, c'est un peu comme la rentrée des classes. On est anxieux, on s'interroge, on verse sa petite larme car Bébé grandit. Bref ! Il est toujours difficile de ne pas être inquiet pour l'avenir de ses enfants. N'est-ce pas monsieur Bonin ? ^^

© Jordane Cassidy - 2017


 

5

 

Qui ne peut remplir les devoirs de père n'a point droit de le devenir.

 

Jean-Jacques Rousseau ; Émile, ou De l'éducation (1762)


— Coucouuu ! C’est moiii !

— Milouuu ! Pupuce est rentrée ! Viens viiite !

Camille leva les yeux de dépit. Elle était bien à la maison. Elle se déchaussa rapidement avant que sa mère ne lui saute dessus.

— Alors ! Alors ! fit cette dernière, impatiente.

Son père arriva dans la foulée pour l’accueillir.

— Ta mère ne tient plus en place depuis que tu es partie ce matin.

Camille lui sourit alors affectueusement.

— Je commence dès aujourd’hui… leur lança-t-elle finalement de façon laconique, comme si c’était une nouvelle n’ayant pas besoin de sortir les serpentins et cotillons.

— Ça veut dire que c’est bon ? Tu es embauchée ? demanda sa mère, pour être sûre d’avoir bien compris.

Camille hocha la tête, tout en se mordant la lèvre avec un grand sourire.

— Aaaaah ! cria de joie Madame Bonin tout en se jetant dans ses bras et sautillant sur place. Je le savais ! Tu es la meilleure, ma fille chérie !

— Bravo Pupuce ! Je suis fier de toi ! déclara soulagé Monsieur Bonin.

— Allons vite arroser ça ! lança Madame Bonin tout enjouée par cette bonne nouvelle.

— Maman, je n’ai pas le temps. L’embauche inclut un déménagement à son domicile. Je vais vivre là-bas, dans un studio dépendant de la maison.

— Quoi ? fit son père, interloqué.

— C’est un boulot à temps plein, mais dans le sens vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Même si je doute qu’il me dérange toutes les nuits, il doit pouvoir compter sur moi rapidement. J’aurai donc des repos, mais une disponibilité constante le reste du temps.

— N’est-ce pas un peu exagéré ? commenta alors son père, maintenant inquiet.

— Il a ses exigences.  C’est mon employeur. C’est le genre de détails qui ne se discute pas. Le salaire est honorable et il ne décompte pas de loyer ni les charges, sauf si abus. C’est un deal réglo. Et puis, c’est une des conditions d’embauche qui doit permettre de témoigner de la qualité de mon travail.

— Soit ! fit alors sa mère. Ça va juste nous faire bizarre de ne pas t’avoir à la maison. On gérera. Ne t’inquiète pas. Tu fais beaucoup pour la famille. Nous n’allons pas chipoter. Ton père rongera juste son frein de voir sa Pupuce partir du nid un temps.

 

Elle tapota l’épaule de son mari de façon bienveillante pour le consoler de la soudaine déception.

— Je dois rapatrier mes affaires là-bas avant ce soir. Je n’ai donc pas beaucoup de temps.

— As-tu mangé au moins ? s’inquiéta sa mère.

— Non, pas encore.

— Il faut manger pour fournir un bon travail. Viens manger d’abord. Tu feras tes valises après. La santé en priorité !

Sans attendre de réponses, Madame Bonin la tira par la manche de son gilet vers la minuscule cuisine et l’invita à s’asseoir. Son père les suivit en silence. Madame Bonin installa rapidement une assiette, un verre et des couverts, puis fit réchauffer sur le gaz des restes dans une poêle.

— Alors, dis-nous tout, Pupuce. Il est comment ?

Camille s’esclaffa.

— À vrai dire, je ne sais pas. Il est déstabilisant.

— Ah bon ? fit son père, méfiant à présent.

— Oui, mon entretien a été assez bizarre. Je ne sais pas comment j’ai pu décrocher le contrat. J’ai cumulé les bourdes, et pourtant j’ai soufflé le poste à vingt-cinq autres candidates.

Son père se mit à sourire, peu surpris par les capacités à surprendre de sa fille.

— Tu doutes toujours de toi, mais tu as pourtant des atouts indéniables.

Sa mère renversa dans son assiette de la ratatouille.

— L’entretien a été un fiasco, Papa. Je n’arrive même pas à croire ce que j’ai osé lui dire. Si vous saviez comme j’ai encore honte !

— L’essentiel est qu’il ait dit « oui » ! répondit sa mère, pragmatique. Nous allons pouvoir respirer un peu.

Camille acquiesça.

— Si vous pouviez voir sa maison ! Elle est splendide ! Spacieuse, lumineuse, moderne. Elle est juste un peu froide. Il y a peu de détails marquant du sentimentalisme de sa part. C’est un peu dommage.

— Tu mettras ta touche ! lui sourit sa mère.

— Je ne pense pas avoir ce droit. C’est chez lui. Pas chez moi !

Son père pouffa, comme s’il doutait de ses paroles. Camille engloutit ensuite rapidement son plat puis se leva.

— Tu ne manges rien d’autre ? s’alarma sa mère.

— Maman, je n’ai pas le temps ! Je dois déménager et emménager en une après-midi ! Sans compter que je dois lui préparer un repas pour vingt heures pétantes, donc je n’ai pas intérêt à me louper !

— Ton père va t’aider à tout transporter. Tu ne vas pas te péter le dos dès le premier jour. En plus, ça le rassurera de voir où tu es.

Camille accepta, même si ça l’embêtait de solliciter l’aide de son père.

— Où sont les autres ? demanda-t-elle alors, surprise du calme de la maison.

— Les jumeaux ont été invités à manger chez leur copain, Milan. Et Eli est en cours à la fac. Son master est sa première préoccupation, tu le sais bien !

Camille sourit devant la mention de sa petite sœur.

— OK. Dommage. Je ne pourrai les embrasser avant de partir.

— Tu passeras nous voir pendant tes repos ! déclara alors son père.

*******

 

— Alors me voilà devant ton nouveau chez toi ? lança Monsieur Bonin, ébahi, admiratif devant la haute clôture et l’interphone sur lequel Camille tapait le code d’entrée que lui avait donné Monsieur Duval plus tôt.

— Ce n’est pas mon nouveau chez moi. C’est chez Monsieur Duval. Je n’habite pas la maison, mais un studio. Je n’ai aucun droit sur la maison, sauf pour ce qui concerne mon travail.

Elle ouvrit le portillon qui grésilla suite au bon code effectué. Son père porta deux valises pendant qu’elle lui ouvrit le chemin. Son admiration s’accentua lorsqu’il vit le jardin, la piscine puis la villa.

— Eh beh… On vit vraiment dans un autre monde, Pupuce.

— Oui Papa. Je ne sais pas s’il est rentré de son rendez-vous de midi, mais tâchons de rester discret.

— J’aimerais bien le rencontrer, histoire de voir quelle gueule il a.

C’est marrant, mais moi, je n’ai pas hâte du tout, Papa ! Accepter sa fille, c’est une chose. Rencontrer le père, c’en est une autre !

 

Elle ouvrit doucement la porte d’entrée et jeta un rapide coup d’œil au salon.

Il ne semble pas être rentré. Ouf !

— J’ai une porte d’entrée extérieure menant directement au studio, mais je te montre quand même vite fait la maison.

Monsieur Bonin entra, en prenant compte de la demande de silence de sa fille une fois dedans au cas où il serait dans sa chambre ou dans le bureau .

— Putain, ça, c’est de la baraque ! chuchota-t-il tout en s’avançant dans le salon.

— Oui, tu vois ce qu’on m’a chargé d’entretenir. Je n’ai pas intérêt à me planter.

— Carrément ! Tu vas avoir beaucoup de boulot ! Rien que de nettoyer toutes ces baies vitrées, tu en as pour une demi-journée, facile !

— Tu es là pour m’encourager, rassure-moi !?

— Pardon. C’est juste que voir l’intérieur d’une telle baraque me fait vraiment me sentir ridicule. J’essaie de relativiser en me disant qu’au moins, à la maison, le nettoyage est plus facile et rapide…

Camille lui sourit avec affection et lui tapota l’épaule.

— Papa, notre maison est petite, mais au moins, on s’y tient tous ensemble bien au chaud !

— Tu as raison ! On est plus heureux ainsi ! se rassura Monsieur Bonin.

— Viens ! Mon studio est par là… Enfin, si je ne me trompe pas avec mon sens de l’orientation.

 

Lorsqu’ils arrivèrent au studio, Monsieur Bonin afficha un énorme sourire à sa fille.

— Eh bien, il ne se fout pas de toi ! C’est tout à fait charmant !

— Rassuré ?

— J’en connais une qui va se faire plaisir avec sa salle de bain privée !

— Oui, ça va me faire vraiment bizarre d’avoir tout à disposition, uniquement pour moi. J’avoue que je suis toute excitée à l’idée d’investir les lieux. Je vais même pouvoir enfin dormir seule ! J’aime beaucoup les jumeaux, mais là, c’est un luxe que d’avoir enfin un peu de tranquillité !

— J’espère franchement que ce travail se passera bien pour toi. Ce n’est jamais marrant d’être au service de quelqu’un. S’il est vraiment imbuvable, promets-moi de m’appeler, mmh ? Je ne veux pas que tu subisses ses caprices intolérables, juste pour que la famille ait une rentrée d’argent. Ma fille vaut plus que ça. Tu me promets, hein ?

Camille se dirigea vers son père et le prit dans ses bras.

— Promis, Papa.

— Je t’aime, Pupuce.

— Je t’aime aussi, mon papounet chéri !

— N’oublie pas que je reste l’unique homme de ta vie.

— Papa, je ne vais pas me marier ! Je vais juste bosser pour quelqu’un ! Respire !

— J’ai le droit d’être inquiet. Je ne vais pas voir ma fille tous les jours. C’est un drame pour un père ! Tu ne te rends pas compte !

— Pardon d’être une fille si peu reconnaissante !

Elle lui sourit alors avec amusement.

— Allez ! Allons à la voiture chercher le reste.

— Oui.

 

Tous deux sortirent par la porte d’entrée du studio donnant directement vers l’arrière du jardin et se rendirent à la voiture restée à l’extérieur de la propriété. Alors qu’ils récupéraient les dernières affaires dans le coffre, le SUV de Monsieur Duval arriva à leur hauteur et ouvrit le grand portail. La vitre se baissa vers eux.

— Attention ! Ce n’est qu’un studio, pas un palace ! N’en rentrez pas trop !

Il sourit alors, lunettes de soleil vissées sur le nez, et disparut garer la voiture face au garage. Camille pesta pour sa boutade.

— Papa, voici mon patron ! Papa ?

Elle regarda son père un instant, silencieux.

— Mais… il est jeune ! Je m’attendais à quelqu’un de mon âge, voire plus !

— J’avoue avoir aussi été un peu surprise sur le coup, fit-elle en haussant les épaules, mais bon, ça ne change rien à mon travail.

— Mais… il est marié ? Il a des enfants ?

— Papaaaa ! Je n’en sais rien et ça m’est égal tant que mon travail n’est pas impacté. Il ne m’a pas parlé en tout cas d’enfants à m’occuper.

— Pupuce, un beau parti comme ça, fonce !

— Papaaaaaaa ! fit-elle encore plus offusquée. C’est bien toi qui viens de me faire culpabiliser parce que j’abandonnais l’unique homme de ma vie ? Ce n’est pas pour en chercher un autre, voyons !

— Ne sois pas idiote, Camille ! Un homme comme ça peut t’assurer un avenir plus radieux que celui que je te donne pour le moment ! Donc, bouge tes fesses et remonte ta jupe !

 

Camille eut ses yeux comme des soucoupes devant les propos plus que choquants et inhabituels de son père.

Est-ce bien lui qui me parle ?

— Comment peux-tu me jeter en pâture comme ça ? Je… C’est…

— Camille, tu vas avoir trente ans et tu es seule. Beaucoup d’autres femmes ont déjà mari et enfants. Tu n’as fréquenté aucun homme depuis ta séparation avec Tom. Combien d’années encore comptes-tu faire ta diète des hommes ? Oui, je voudrais te garder près de moi, mais par-dessus tout, je voudrais te voir heureuse avec un homme aimant. Je veux courir après mes petits-enfants et te voir arrêter de sacrifier ta vie pour nous en faisant des jobs ingrats, peu gratifiants. Il faut que ça cesse, Pupuce.

Camille baissa les yeux, bien consciente d’avoir sa vie entre parenthèses.

— Peut-être, mais ce ne sera pas avec mon patron. Mélanger travail et plaisir n’a jamais rien donné de bon. Et par-dessus tout…, je n’ai aucune vue sur lui ! Il est… Tu as vu ! On l’a croisé trente secondes et déjà, il me vanne ! Je n’embrasserai jamais un type qui se fout de moi !

Son père se mit à sourire en voyant sa façon à nier et sa gêne dès qu’il s’agit de parler de vie privée.

— Mais il ne te déplaît pas physiquement ?

— Papaaaaaa ! Arrête ! Ça devient vraiment gênant !

— OK, OK ! Mais penses-y !

— Non, Papa… J’ai d’autres choses à penser que me caser avec mon patron parce qu’il est beau, jeune et vit aisément. Allez ! Viens ! Finissons-en ! J’ai encore plein de choses à faire.

 

Les Bonin père et fille finirent par se concentrer sur les affaires à porter et les charges à se partager sur les épaules.

— Besoin d’un coup de main ? demanda alors Monsieur Duval en les voyant chargés comme des mules devant la villa.

Monsieur Bonin posa ses bagages et lui tendit sa main.

— Bonjour, je suis le père de Camille.

Valentin considéra un instant le monsieur lui faisant face, puis laissa bifurquer son regard vers Camille.

— Bonjour, enchanté ! fit-il tout de même, poliment.

— Vous avez une très jolie maison ! Cela doit valoir beaucoup d’argent !? s’enquit Monsieur Bonin tout en continuant de lui secouer la main avec insistance.

— Oui…, lui répondit Valentin succinctement, ne voulant donner du grain à moudre au mendiant que paraissait être le père de Camille tout à coup.

Il se défit alors lestement de sa main, gêné par cette approche vénale.

— Merci de faire confiance à ma fille ! continua Monsieur Bonin, peu rancunier par la réponse vague de son interlocuteur. Je suis persuadée qu’elle ne vous décevra pas !

— Oooh mais si elle me déçoit, c’est simple : je la vire !

L’enthousiasme de Monsieur Bonin s’effaça immédiatement devant l’air suffisant, sérieux et convaincu de Valentin quant au sort de Camille. Monsieur Bonin baissa les yeux et se racla la gorge, réalisant qu’il était bien en face d’un patron qui refusait toute familiarité.

— Papa ! Arrête de l’importuner et viens m’aider ! Merci pour votre proposition Monsieur Duval, mais ça ira. Nous avons pratiquement fini !

Valentin hocha la tête de façon convenue tandis que son père se chargea à nouveau de tous les sacs au sol.

— Ravi de vous avoir rencontré ! s’empressa de dire Valentin avec un petit sourire hautain, avant de rapidement s’éclipser.

Monsieur Bonin grimaça, cette impression étrange d’être jugé comme un idiot. Il se hâta de retrouver sa fille déjà en marche vers le studio.

— Je ne sais pas pourquoi, mais… je ne l’aime pas !

— À la bonne heure ! se moqua sa fille, amusée. Je n’ai plus de mari à épouser !

 

 


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