Tu veux découvrir une romance campus sympa, qui change de ce que tu peux lire ?
Alors Be my baby est fait pour toi !
Ce bestfriend to lovers ne va pas te laisser indifférent.
PROLOGUE
Elley
— Regarde-les ! Ne sont-ils pas mignons ainsi ?
À cette époque, entendre ma mère et la sienne s’extasier devant nous alors que nous étions en train de nous disputer aurait dû me mettre la puce à l’oreille. J’étais malheureusement trop jeune pour me rendre compte de l’avertissement. J’avais cinq ans et Sasha en avait sept. Je m’en souviens encore. Il voulait utiliser ma poupée Lola pour une expérience avec des vers de terre. Le truc glauque de chez glauque ! Et au lieu de voir deux enfants qui tentaient de défendre leur bout de steak respectif, elles ne voyaient qu’un futur couple en devenir, avec un jour la bague au doigt de chacun et peut-être même la ribambelle d’enfants.
J’aurais dû me méfier de leurs sourires complices tout au long de ma jeunesse, à les entendre spéculer sur qui fera le premier pas vers l’autre, à quel âge, dans quelles circonstances. J’aurais dû rester vigilante sur les potentielles intentions diaboliques de mon cher ami d’enfance. J’aurais même dû m’en défendre plus ardemment.
Et pourtant, j’ai enduré encore et encore ces regards attendris de nos mères, le visage blasé de nos pères et les vacheries de Sasha durant de longues années jusqu’à aujourd’hui.
Je suis Elley et j’ai 19 ans. Et voici ma belle prise de tête…
— Merde ! Merde ! MERDE ! Je vais encore être à la bourre !
— Elley ! Bordel de merde, qu’est-ce que tu fous !
Et voilà ! Le voilà qu’il gueule. En même temps, c’est le même cirque chaque matin : tenter de trouver les bons vêtements pour s’inventer un style qui puisse passer aux yeux de tous.
— J’arriiiive !
J’enfile mes converses, j’ai ma petite jupe, mon T-shirt et ma veste en jean. Je me regarde une dernière fois devant la psyché.
— Allez, ça ira
Je chope mon sac et je sors de la chambre. Sasha est devant la porte d’entrée à m’attendre et vu son air furax, je devine que je vais prendre la remontrance du matin. Je souris d’avance, prête à réceptionner son ballon de basket plein d’épines et d’amertume.
— Autant de temps pour un tel résultat ! Eh ben… Je n’ose imaginer les conséquences si tu ne passes pas deux heures devant ton miroir !
— Je savais que mon style te plairait ! lui réponds-je en minaudant.
— Ton style ? Elley, tu es une fille on ne peut plus basique !
— En attendant, il plaît à quelqu’un !
— Il a eu pitié de toi surtout !
— Rhaaa !
Je lui colle un bon coup de poing dans le ventre en réponse, lui signifiant bien mon absence de pitié pour la douleur que je comptais bien lui infliger. Il grogne tout en se recroquevillant légèrement, puis ferme la porte d’entrée.
Sasha et moi vivons ensemble dans un petit appartement. Nos parents respectifs ne nous ont pas vraiment laissé le choix. Lorsque Sasha obtint son bac, Christine, la mère de Sasha, proposa à ma mère que nous partagions le logement pour les études. Ayant deux ans de moins que Sasha, il passa deux années en solo avant que je n’arrive pour squatter son antre. Après de premières appréhensions à vivre H24 avec lui et un règlement que nous avons fini par définir pour que notre colocation se passe bien, nous avons réussi à trouver notre train-train quotidien et me voilà dans mon milieu de première année d’étude. Ça me fait chier de l’avouer, mais Sasha est vraiment mon meilleur ami, en plus d’être mon ami d’enfance. Nous nous entendons super bien, même si on se chamaille souvent. On est un peu comme chien et chat. Je me sens totalement en sécurité et à l’aise dans cet appartement. Sasha me rassure quelque part. Entamer des études seule, dans mon coin, aurait été vraiment difficile. Sasha, c’est mon phare dans la nuit. Il me guide, me conseille. Il m’a aidé à bien m’intégrer dans la faculté en me montrant tout ce qu’il faut savoir. Ma rentrée en première année a été beaucoup moins stressante grâce à sa participation. Aujourd’hui, j’ai de nouvelles amies, j’ai un petit copain et je pars quasiment tous les matins à l’école avec mon ami d’enfance.
Enfin, ce tableau idyllique, c’était avant que je retrouve mes seins dans ses mains et que la tempête s’installe dans nos têtes…
1
LA BEAUTÉ
N’A PAS DE PRIX
Sasha
— Et voilà ! Elle est en retard ! Comme d’hab !
J’ai beau adorer Elley, sa coquetterie me dépasse ! Si je m’attendais à cela lorsqu’elle a emménagé avec moi… C’est bien pour rassurer sa mère, que j’ai accepté de l’accompagner le plus souvent possible entre la maison et la fac, sinon cela aurait fait bien longtemps que je l’aurais laissé se débrouiller avec ses retards. Enfin bon… Elle est enfin prête et nous pouvons, comme tous les matins, nous rendre au pas de course à la fac. En général, nos chemins se séparent assez rapidement, chacun allant dans nos salles de cours respectifs dans un coin de l’université. Le midi, nous mangeons ensemble si nos emplois du temps le permettent. On se retrouve sinon le soir lorsque les fins de cours correspondent. Autrement, le reste du temps, chacun fait sa vie de son côté jusqu’à ce que nous nous retrouvions le soir à l’appartement. Notre quotidien est simple. Nous préparons la bouffe à tour de rôle, nous avons des tournées concernant le linge et le ménage et nous avons un compte commun pour le loyer, les charges et les courses. Mes parents ont un peu plus de thunes que ceux d’Elley. Même s’ils vivent dans un quartier huppé et qu’ils sont voisins, mon père a tout simplement un plus gros revenu, ce qui me permet de ne pas avoir un job étudiant et de nous assurer des mois confortables dans notre vie estudiantine. J’ai droit à un plus gros pécule qu’Elley et je paie donc plus de charges pour qu’elle ne soit pas trop à la rue, niveau argent.
— Salut Sasha !
— Salut Éliott ! Salut Côme !
Je fais un signe à Eliott qui s’assoit à côté de moi tandis que Côme prend la place dans la rangée derrière, dans l’amphithéâtre.
— Tu as révisé les partiels, Sasha ? se penche sur moi Côme, un brin inquiet.
— Ouais, ouais… Je n’avais pas le choix ! Elley m’a fait chier pour que je lui cède la télé hier soir, car elle avait un « immanquable » à mater.
Je fais des guillemets avec mes doigts d’un air blasé tandis qu’Elliot me sourit.
— Un truc à l’eau de rose, quoi !
— Hein ? Tu rigoles ?! Elley ? Des histoires d’amour ? Ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout son truc ! Elle voulait voir un film d’horreur qu’elle avait repéré depuis un moment. J’ai raté un coche quelque part dans son éducation. Je pensais la traumatiser avec mes vers de terre disséquant sa poupée, mais finalement, elle est devenue plus gore que moi. Je ne supporte pas les films d’horreur et elle, elle kiffe tout ce qui est rouge ! Plus ça gicle, plus elle jubile ! Complètement tarée !
Côme se marre tandis qu’Eliott fait une triste mine tout à coup.
— Sasha ? Dis-moi, si tu découvrais quelque chose concernant quelqu’un de proche de toi, mais que tu sais que ça va le blesser s’il vient à le savoir, est-ce que tu le dirais quand même à cette personne ?
Je regarde sans doute d’un air dubitatif Elliot, le visage caché timidement sous sa casquette à côté de moi. Il est tout recroquevillé sur lui-même et peiné. Je regarde Côme derrière moi, sans comprendre. Il soulève ses épaules, me signifiant qu’il ne sait pas de quoi il parle.
— Je n’en sais rien, moi ! lui dis-je, perplexe. C’est délicat. Ça dépend de quoi ça traite.
— Sasha, j’ai découvert un truc sur Elley…
Le nom d’Elley m’oblige à l’écouter plus attentivement. Non pas que cela m’inquiète, mais il m’intrigue, le bougre !
— Vas-y ! Crache le morceau ! C’est moi qui dois être blessé si je venais à apprendre quelque chose sur elle ? Comme si elle pouvait me blesser ! Je te rappelle que je la connais depuis tout petit, donc tous les coups bas et autres vacheries, c’est devenu routine entre nous. Encore hier soir, j’ai secoué la bouteille de coca dans son dos avant de lui tendre pour qu’elle se verse un verre. Tu aurais vu sa tête quand elle a pris la giclée de coca une fois le bouchon retiré ! Rien à voir avec ses films à l’hémoglobine !
J’éclate de rire.
— Elle en avait partout sur la tronche. Trempée de chez trempée !
Je ne peux m’empêcher de rire. Côme me rejoint en imaginant la scène.
— J’étais plié en deux. Elle secouait ses mains, tout en gardant sa bouche ouverte de stupéfaction.
Je mime sa posture et même Elliot finit par rire.
— Elle m’a pourri, me traitant de tous les noms, arguant la pire vengeance qui soit, mais je n’en ai rien à foutre ! C’est toujours la même rengaine qu’elle me sort ! Franchement, c’était un moment d’anthologie !
Je sèche mes larmes au coin des yeux, tant j’en pleure de rire. J’en ai même mal au ventre en repensant à la scène.
— Elle tenait la bouteille comme si elle avait une mitraillette qui venait de s’enclencher dans les mains et qu’elle ne savait pas par quel bout la prendre ni comment faire pour arrêter le naufrage. Le coca se déversait partout et elle ne savait pas comment l’arrêter ! Son cerveau a complètement court-circuité !
Je repars de plus belle dans mon fou rire et tape la table, à m’en tordre le bide.
— Bon sang, un jour, elle va me tuer !
Je tente de me calmer à coup de grandes inspirations.
— Ce n’est pas toi qui pourrais être blessé, mais elle…, finit par corriger Elliot.
Mon fou rire disparaît immédiatement et je suis tout ouïe.
— Qu’est-ce que tu me chantes ? Va droit au but au lieu de tourner autour du pot.
Je vois Elliot hésiter. Côme est comme moi, à attendre le verdict, mais il tarde.
— Bon sang, Elliot ! Crache ta guimauve ! s’agace Côme à côté de moi.
— J’ai vu Julian l’autre jour, avec une autre fille…
— Et alors, je sors avec Mélody, et ce n’est pas parce que je suis avec une autre fille à parler que je la trompe !
Je me mets à rire et accentue mon propos.
— Dans ce cas, je trompe Mélody avec Elley, car je suis même plus souvent avec Elley qu’avec elle !
— Il l’embrassait ! me coupe alors Elliot.
Je manque de m’étrangler en réalisant que la situation devenait tout à coup plus corsée.
— Quoi ? Tu es sûr de toi ? Tu as peut-être mal vu ? Je ne sais pas moi, le coup de la poussière dans l’œil vu d’un angle qui pourrait prêter à confusion ou autre…
— Non, je peux t’assurer que c’était chaud ! Il y avait même plus que deux langues qui s’entremêlaient ! Il pelotait cette fille très franchement. Je les ai surpris aux vestiaires du gymnase. J’avais oublié mes clés dans le vestiaire… Du coup, je n’ai même pas osé entrer pour les récupérer.
Elliot marmonne devant moi, contrarié de s’être retrouvé à la porte de chez lui tout ça à cause d’une affaire de cul.
— Et c’est qui la nana avec qui il trompe Elley ? demande alors Côme.
— Mérédith Sovey.
— Hein ? je dis en chœur avec Côme, tant l’annonce de la maîtresse nous semblait improbable.
— Ouais, moi aussi, j’ai cru rêver, mais pourtant…
— Attends, on parle bien de Mérédith, la pouilleuse ? dit Côme, atterré.
Je dois dire que moi-même, j’ai du mal à comprendre.
— Elle a des petits seins ! fais-je, écœuré. Comment peut-il préférer la poitrine de Mérédith à peloter plutôt que celle d’Elley ?
Côme et Elliot me fixent d’un air ahuri. Je tente de comprendre le problème. Come m’observe de façon tout à coup insidieuse.
— On sait que tu adores les fortes poitrines, mais c’est bien la première fois que tu nous parles de la poitrine d’Elley.
Je réfléchis. Ce que dit Côme n’est pas faux, mais ce n’est pas non plus mon sujet de dissertation préféré. Il n’y a pas non plus de quoi épiloguer dessus pendant des heures.
— Il n’y a pas de mystère autour de ce sujet ! réponds-je de façon laconique. On sait tous qu’elle a des seins d’une taille confortable. Pas une éééénorme poitrine comme je les aime, mais ça reste potable. Je ne comprends pas pourquoi il se tourne vers plus petits alors qu’il a des air bags sympas dans les mains.
Je sous-pèse mon idée en la mimant, tout en gardant ma perplexité. Je ne me contenterai jamais de moins alors que je peux avoir plus. C’est rédhibitoire chez moi ! J’ai toujours préféré les gros seins. D’ailleurs, c’est simple, c’est mon critère numéro un dans le choix des nanas avec qui je sors. Tout le monde le sait. Si une nana se déclare à moi et qu’elle a des œufs au plat en guise de seins, c’est next direct. C’est comme ça. On peut crier à la discrimination, ça reste mes préférences.
— Sérieux, continué-je, il faut être fou ! Si encore c’était pour la remplacer par un calibre équivalent ou pour plus grand, ça pourrait à la limite se justifier, mais là, je ne comprends pas… Surtout que, comme l’a signifié Côme, c’est la pouilleuse ! Elle fait sale sur elle ! Qu’est-ce qui a bien pu lui passer par la tête ?
— J’avoue que je ne pige pas, au-delà des détails de poitrine… ajoute Côme tout en réfléchissant à cette nouvelle surprenante. Elley est bien plus jolie qu’elle.
— En attendant, Elley est cocue… rétorque Elliott tristement.
Je me fige tout à coup. Effectivement, je m’étais arrêté sur la folie de Julian sans penser à ce qu’allait ressentir Elley. Je dévisage Elliot, comprenant à présent le coup qu’il venait de me faire.
— Enfoiré ! Tu t’es déchargé sur moi ! En me disant cela, tu m’impliques dans ta merde et tu comptes sur moi pour lui dire !
— Noon… Enfin, si elle doit l’apprendre, il vaut mieux que tu prépares le terrain.
Je jette ma tête en arrière contre le siège, les mains sur le visage.
— La belle merde ! Si je ne lui dis rien, je passe pour un complice, si je lui dis, je passe pour le fouteur de merde ! Putain ! Tu ne pouvais pas te taire ! Et c’est sans parler de l’état d’épave que je vais me trimbaler durant des jours quand elle va savoir ! Quel con, ce fils de pute de Julian ! Je me retrouve dans une belle merde à cause de ses couilles baladeuses !
— Que vas-tu faire, Sasha ? me demande alors Côme, plus sérieusement.
— Je n’en ai aucune idée. Ça fait un moment qu’elle traîne avec lui… ça va lui faire mal, c’est certain.
— Elle ne mérite pas ça… s’inquiète Eliott, déçu.
Je le regarde avec intérêt. Elliot a toujours éprouvé une attirance pour Elley. Il ne nous a jamais caché son intérêt pour elle et je pense même qu’il m’envie d’être son ami pour le simple fait de la connaître mieux que personne.
Je pense alors à Elley quand elle va apprendre la nouvelle. Qui sait depuis combien de temps il la trompe, cet enfoiré ? Il n’a même pas le courage de lui dire que c’est fini. Je serre les poings. J’ai envie de lui coller un pain dans sa tronche de queutard. Ça m’agace, car je vais ramasser Elley à la petite cuillère une nouvelle fois. Ce n’est pas sa première déception amoureuse. Malgré tout, je sais que chaque relation qu’elle vit avec un mec est une grande histoire d’amour pour elle, genre les papillons dans le ventre, les chansons d’amour toute la journée, les petits cœurs dessinés partout. J’appuie le coude contre la table et pose ma tête dans ma main. Je suis dépité. Je suis dans la pire position qui soit. Lui dire ou se taire ? Quel ami dois-je être dans une telle situation ? Si je reconnais collectionner les aventures, je n’ai jamais trompé une fille pour autant. Je romps et passe à la suivante. Question de principe… sans doute née du fait de voir Elley souffrir bien trop souvent par ces mecs qui la trompent. Rompre parce que ça ne va pas est plus acceptable que de rompre parce qu’on jongle avec deux personnes en même temps. Je soupire d’agacement. Ça me gave. Comment vais-je faire face à Elley ?
Elley
— Elley, on va se faire un peu de shopping après les cours ?
Rachel est une amie formidable à mes yeux. Elle est douce et tellement gentille. Son seul défaut est d’avoir un crush pour Sasha. Je ne la comprends pas. Il est tout sauf bien pour elle. Bon, je pense qu’elle sait qu’elle n’a aucune chance avec lui, car elle a de petits seins. C’est bête, son jugement de valeur se dirigeant uniquement sur une paire de seins, mais les gouts de Sasha m’arrangent quelque part. Je ne verrai pas Rachel trop souffrir à cause de lui. Tant que c’est un amour non réciproque et silencieux, cela nous évite à tous des problèmes. Je préfère son admiration sage pour lui, que de la voir le draguer ouvertement et se prendre un revers douloureux. Sasha a beau être mon meilleur ami, il manque parfois de tact. Il peut être blessant, tout comme il peut être adorable. Mais bon, le côté adorable est bien plus rare. Voilà pourquoi il vaut mieux qu’elle fasse du shopping avec moi, plutôt qu’elle pense à lui.
— Pourquoi pas ?! lui dis-je alors. Julian m’a dit de ne pas l’attendre, il a un cours de soutien.
— Super !
Nous posons nos plateaux-repas sur une table du self et nous nous asseyons pour manger.
— J’aimerais m’acheter un petit gilet pour la demi-saison ! continua-t-elle.
Je lui fais un petit sourire gentil, bien que cela ne m’enthousiasme pas de faire les boutiques de fringues. Autant de tentations que je ne pourrais pas m’offrir, mon compte étant encore une fois dans le rouge.
— Es-tu sûre d’en avoir besoin, lui demanda alors Jade.
Jade est ma seconde pote ! J’adore son côté terre-à-terre. Elle ne mâche pas ses mots, on sait direct où l’on va avec elle. Encore une fois, elle y va cash avec les prétentions shopping de Rachel. Cette dernière réfléchit un instant, puis sourit.
— Oui, j’ai lu dans un magasin que de porter juste un gilet fin, sans t-shirt en dessous, était considéré comme sexy et mettait en avant la poitrine.
Je lève alors les yeux de dépit et commence à comprendre.
— Tu crois que Sasha va lorgner sur ta poitrine en n’ayant qu’un soutif sous ton gilet ? Je doute que ça change grand-chose à ses prétentions.
Rachel soupire. Elle a beau être douce, sa naïveté m’afflige parfois.
— S’il peut me regarder même un peu, je serai déjà contente. Cela fera ma journée !
Et voilà comment je passe de l’affliction à la sympathie avec elle. Je devrais avoir pitié d’elle, mais finalement, c’est sa gentillesse, sa bonté qui prime sur tout le reste et j’ai envie de lui faire des câlins. Mais à ce jeu, Jade me passe devant et l’enlace de ses bras de méga copine. Je me dis que j’ai beaucoup de chances de les avoir.
— OK, on cherchera l’arme fatale pour faire tomber le regard de Sasha sur toi et que ta journée devienne douce !
Rachel me gratifie d’un large sourire en réponse, quand tout à coup, je la vois s’empourprer et se recroqueviller. Elle jette alors des coups d’œil furtifs derrière moi. Je me tourne et vois le loup arriver avec ses deux compères. Sasha me remarque et me lance un sourire sournois.
— Non, il ne va pas oser !
Et merde ! Il ose ! Je le vois se ramener vers nous, plateau en main. Je me tourne vers les filles d’un air un peu navré, notre réunion entre copines allant être écourtée.
Sasha pose son plateau sur la table et s’assit à côté de moi. Côme et Eliott suivent.
— Salut les meufs ! nous lance Sasha tout en s’étendant sur sa chaise.
Je regarde ses jambes prendre toute la place sous la table.
— Bon… bonjour ! lui répond Rachel timidement.
Les garçons nous font un signe de la main en guise de salut.
— Pourquoi mangez-vous avec nous ? Il y a de la place à côté ! dis-je alors à Sasha.
— On te dérange ? Vous parliez petites culottes et soutifs ?
— Tu aimerais bien, je parie !
— Et comment ! Je rêve d’avoir une collection de soutifs en tout genre !
— Pervers ! lance alors Jade.
— Ce n’est pas de la perversion, mais un respect pour un objet classe et sexy ! répond-il alors. Cela peut être de la haute couture ! Vous êtes incroyables, vous les femmes ! Vous avez le droit d’aimer la lingerie, mais nous, dès qu’on aime ça, c’est de la perversion.
— Tu es un pervers ! Je confirme.
Sasha se tourne vers moi, me fusillant du regard.
— Me dit celle qui bave devant un torse nu avec des tablettes de chocolat sur les magazines ! L’hôpital qui se fout de la charité !
— Sasha n’a pas tort ! intervient alors Côme. Vous nous faites chier avec votre #metoo, mais vous nous considérez, nous les mâles, comme de la chair fraîche aussi. Vous êtes les premières à hurler comme des hystériques devant des Chippendales !
Sasha propose alors son poing pour checker celui de son complice de perversion. Je m’agace davantage et je sais que Sasha s’en délecte.
— D’ailleurs, qui mieux qu’un homme peut affirmer si le port de tel soutien-gorge est adéquat pour telle poitrine ! continua Sasha. J’ai postulé une fois pour être vendeur conseiller dans un magasin de lingerie et on m’a ri au nez, prétextant que pour la pudeur des clientes, un homme était déconseillé. Et combien je te parie que si ça avait été un magasin vendant des boxers et des caleçons, on n’aurait pas cette discrimination et il y aurait des vendeuses femmes !
Je tape bravement le dos de Sasha.
— Oui, c’est bon ! On a compris. Tu es une pauvre victime et un incompris.
— Tu peux te moquer ! En attendant, je peux te dire que ton soutif noir et violet est bien plus joli que ton violet et bleu. L’un a plus de classe que…
L’enfoiré ! J’ai tout juste eu le temps de mettre ma main sur sa bouche de salaud pervers !
— Mais tu vas te taire, nom d’un chien ! Je ne t’ai pas demandé de mater mes soutifs et d’en faire un documentaire !
— Je te rappelle qu’il m’arrive de faire tourner le linge et de l’étendre aussi ! me répond-il en me repoussant la main. Je connais ta garde-robe par cœur !
— Ce n’est pas la peine de t’en vanter et d’en faire un exposé ! Clairement, tu ne seras jamais embauché dans un magasin de lingerie ! Tu ne respectes même pas ma pudeur !
Sasha s’esclaffe alors.
— Ne me parle pas de pudeur quand madame pète et rote devant moi.
Ça y est ! Je vois rouge et je dois être rouge ! Comment ose-t-il continuer ?! Je le vois même s’en repaître, le salaud !
— Ça reste notre intimité ! Est-ce que moi je parle de ton comportement typiquement masculin à tout le monde ?
— Comme ?
Il croise alors les bras, sûr de lui. Je vais me le faire !
— Dois-je parler de la fois où je t’ai entendu te branler dans ta chambre ? Pauvre Mélody ! Si elle savait !
Sa main se pose sur ma bouche à la hâte.
— Parle et je te tue ! me souffle-t-il alors à l’oreille.
Il retire sa main et je souris, victorieuse.
— Bien, maintenant que Monsieur « J’ai-honte-de-rien-enfin-presque » a fini de nous soûler avec ses soutifs, on va pouvoir parler de choses plus sensées. Heureusement que tous les hommes ne sont pas comme toi ! J’ai la chance de trouver la perle rare !
Eliott s’étouffe tout à coup en avalant un morceau de frite. Les garçons lui tendent un verre et me regardent ensuite comme si c’était ma faute.
— Oui, Julian est vraiment un super petit ami ! me confirme Rachel.
Heureusement que je peux compter sur la solidarité féminine.
— Oui, il m’a encore envoyé un cœur par texto !
Je me tourne vers Sasha alors.
— Je suis sûre que tu ne le fais même pas à ta Mélody !
Sasha me fixe un instant, puis fuit mon regard, sans me répondre.
— Il n’envoie pas des cœurs, mais des paires de seins en GIF ! rétorque alors Jade, avant qu’on éclate de rire entre filles.
Bizarrement, Sasha ne conteste rien. Ma foi, Sasha et ses pensées impénétrables ne sont pas nouvelles.
— Bon ! On s’arrache ? je demande alors aux filles.
Elles acquiescent et on abandonne les garçons. On leur dit un au revoir de la main. Je regarde Sasha qui ne prête pas plus attention à notre départ. Il semble avoir la tête ailleurs. Je lui donne une tape à l’épaule.
— Un jour, ton admiration pour les paires de nichons sera reconnue comme expertise nationale ! Courage !
Il rit légèrement à ma boutade et me tape sur ma main.
— Crétine !
TU AIMES ? VA PLUS LOIN DANS TA LECTURE : |
