AVS2 – chap 1

 

Hey ! Le tome 2 de À votre service ! est bientôt là ! Quoi de mieux que de relire le T1 et d'avoir un avant-goût du T2 ? On y va ? Let's go !

©Jordane Cassidy - 2020 / Texte non corrigé

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" La communication consiste à comprendre celui qui écoute. "

 

Jean Abraham

 

 

 

— Quel connard ! s'exclama Eli, visiblement agacée. Je lui avais dit de ne pas jouer avec toi et il a osé ! Si je le vois, je le flingue !

— Eli, calme-toi ! Ça ne changera rien à la situation. Ça fait mal, mais en même temps, à quoi j'aurais pu m'attendre ? Je pense que l'arrivée de Cassandre nous a pris au dépourvu tous les deux. Elle nous a remis sur orbite. Il faut dire la vérité. Nous étions dans une insouciance volontaire. Cela ne pouvait pas durer éternellement. Je le savais...

— Mais pourquoi les défends-tu encore ? Il s'est payé ta tête ! Il a eu ce qu'il voulait et maintenant, il fait comme si tout était normal. J'irai le dénoncer à sa meuf si j'étais toi. Après tout, il se moque de toi, comme d'elle !

— C'est plus compliqué que ça, Eli. Je ne pense pas qu'il voulait me faire mal volontairement. Il est tout aussi dépassé que moi, je pense.

— Tu es venue me voir en larmes, Cam. Il t'a fait du mal. Même si ce n'était pas son intention, tu es celle qui souffre pendant qu'il se prélasse avec une autre.

Camille regarda sa tarte aux pommes de réconfort avec tristesse.

— Quand Cassandre a sonné à la porte, j'ai tout de suite compris que les choses devaient rester comme ça. C'était ainsi. On a passé un bon moment, mais entre elle et moi, c'était plié d'avance. Il faut se rendre à l'évidence : une nuit face à deux années de couple, il est normal qu'il préfère rester sur sa vie de couple... Et de là à dire qu'il se prélasse, j'ai des doutes. Il doit lui mentir constamment. Ce n'est pas forcément agréable non plus.

— Je ne le plaindrai pas !

— Mets-toi un peu à sa place... lui demanda alors Camille, cherchant à trouver sa compassion au milieu de sa colère.

— Il l'a trompée, donc c'est que son couple n'est pas si merveilleux que ça ! marmonna Eli.

— En attendant, ce sont les faits. Je ne suis qu'une erreur de passage, qu'un moment perdu dans sa vie, qu'il va s'empresser d'oublier...

En se rendant compte que le destin était ainsi fait, un long silence s'installa entre elles.

— Je suis désolée, Cam... Ça m'attriste vraiment.

— Si au début ça m'a fait mal, avec le recul, je pense que c'est le mieux. Mettre un terme à cela est le plus simple. Je ne me vois pas vivre une relation secrète et jouer la comédie face à Cassandre. Même si elle est particulière, elle ne mérite pas un tel traitement. Elle a confiance en son petit ami et il faut que cela reste ainsi.

Eli plissa les yeux, la sournoiserie s'invitant dans sa tête.

— Tu sais que si tu lui dis, elle pourrait le quitter et tu pourrais le récupérer ?

Camille grimaça, reconnaissant bien la vacherie de sa sœur lorsqu'on lui fait un coup tordu.

— Je ne suis pas si stratège, Eli. Et puis, il ne veut sans doute pas que son couple soit détruit. S'il a choisi son couple, c'est qu'il y tient plus que d'être avec moi. Je ne peux pas aller au-delà de ça et ne pas respecter ses sentiments. Et c'est un coup à se faire vraiment virer !

— Parce qu'il respecte les tiens peut-être, de sentiments ? s'offusqua Eli à nouveau.

— Je ne sais pas si je peux identifier cela à un sentiment d'amour. Des fois, je le crois. Puis d'autres fois, je pense que mon attachement n'est que pur sens de l'amitié, du respect ou du rapport employée/patron. Ça me blesse, mais je pense que notre nuit était pour nous deux quelque chose qui allait plus dans la seconde direction que dans la première. On s'est lâchés, on s'est amusés, on a ouvert un pan de soi à l'autre, mais de là à dire que c'est de l'amour, je ne le pense pas. Pour lui, c'est clair. Pour moi, je tends aussi à le penser, même si ça va être dur de faire avec.

Eli se recula sur sa chaise. Elle se saisit de sa grenadine et en but une gorgée tout en essayant de cerner les vrais sentiments de sa sœur, qui semblait toutefois résolue dans ses choix pour l'avenir.

— J'admire ton sens de l'analyse et ton recul. Mais je te connais aussi. Tu es incapable de faire abstraction de telles choses. Tu prends les choses que tu fais très à cœur et je sais que c'est ce que tu as fait durant votre nuit ensemble. Tu peux tenter de l'oublier devant moi, mais tu auras plus de mal à le faire devant lui.

 

Camille mangea un bout de sa tarte pour avaler la boule de déception qui restait dans sa gorge. Eli avait raison. Se faire une raison était une chose, pouvoir appliquer l'idée d'être détachée de cela en était une autre. Ils n'avaient pas réussi à agir normalement après leurs premiers baisers. Que dire de cette seconde fois avec leur nuit ensemble ? Cela faisait deux jours que Cassandre avait emménagé. Deux jours qu'elle était en repos forcé loin d'eux deux. Deux jours durant lesquels elle ne l'avait pas vu et finalement refusait de le voir. S'il lui avait donné sa soirée, elle avait décidé de son propre chef de se prendre deux jours. Elle lui avait envoyé un texto et il s'était contenté d'un simple OK en réponse. Elle n'osait s'imaginer la réaction de Valentin face à elle ni comment il pouvait se comporter avec Cassandre devant elle. Elle avait peur. Peur d'avoir davantage mal.

 

♥♥♥♥♥

 

— Tu es déchaîné, dis-moi !

Séverin s'assit sur un banc et s'essuya le visage avec une serviette tout en regardant Valentin. Ce dernier ne lâchait pas le mur des yeux.

— Tu frappes ta balle comme un malade ! renchérit Séverin. Tu as besoin d'évacuer quelque chose ?

— C'est le principe du squash, Sev ! répondit Valentin, essoufflé. Se dépenser !

Séverin fixa Valentin, peu convaincu.

— Tu es contrarié... Ça se voit ! fit remarquer alors son ami, tout en buvant dans sa gourde une boisson énergisante. Tu n'es pas aussi investi et enragé d'habitude. Tu m'as lessivé ! 

Séverin lui tendit une autre gourde que Valentin prit volontiers, puis en but également une gorgée, avant de respirer un bon coup.

— La question est de savoir si c'est Camille ou Cassandre qui te met dans cette rage increvable ! continua Séverin, tel un enquêteur flairant un crime. 

— Les deux ! rétorqua Valentin rapidement. Les filles, en fait, c'est la merde ! Mieux vaut être seul, c'est trop compliqué sinon...

Séverin se mit à rire. Valentin parlait enfin.

— Tu n'aimes pas être seul. Tu as besoin de compagnie, donc il te faut une femme dans ta vie. Tu es le défenseur du « je veux un foyer chaleureux ! », donc tu te contredis ! Que s'est-il passé ?

Valentin s'essuya le visage, puis la nuque, avec sa serviette.

— Rien. Enfin si ! Il s'est passé quelque chose, mais au final, je l'ai traité comme s'il n'y avait rien eu.

— Tu comptes rester mystérieux encore un peu, parce que là, je ne te comprends pas ! Tu pourrais m'épargner les culs-de-sac pour me guider à l'essentiel, s'il te plaît !

Valentin expira, blasé.

— J'ai couché avec Camille et je l'ai jetée.

Séverin se leva aussitôt et le dévisagea. Il trouva difficilement les mots pour exprimer le geste de son ami, encore moins quelle réponse donner devant la bombe qu'il venait de lâcher.

— Putain ! Toi, quand tu es direct, c'est carrément un boulet de canon que tu envoies en pleine tronche !

Valentin posa son visage dans sa serviette et resta caché dedans plusieurs secondes.

— MA Camille ? s'alarma Séverin. Tu as joué avec MA Camille ?!

 

Le regard de Séverin traduisait bien une partie de ce que Valentin ressentait. Il ne pouvait pas être plus ignoble. Ce n'était pas dans son caractère de jouer avec les femmes. Pourtant, il n'y avait pas de plus grande honte que la sienne. Sans réellement réfléchir, il avait choisi Cassandre. Il avait balayé sa nuit avec Camille et l'avait congédiée pour enfoncer le clou. Il n'assumait rien. Incapable de trouver une attitude justifiable auprès de Camille, il n'avait même pas trouvé le courage de lui envoyer ne serait-ce qu'un mot d'excuse. Il avait juste écrit « OK » à sa demande de prolongation de congés.

En même temps, que dire ? Il n'allait pas jouer un double jeu. La polygamie n'était pas dans son éducation. Il avait dû faire un choix rapide et il était allé vers ce qu'était sa vie actuelle : il avait choisi Cassandre, son quotidien, sa sécurité, sa routine, ses espoirs. Malgré tout, l'amertume ne le lâchait pas. Cette sensation de passer à côté de quelque chose d'important non plus.

— OK... fit Séverin en se rasseyant lentement, devant son silence.

Il tenta de trouver les mots réconfortants pour ne pas l'accabler et garda ses remontrances pour lui. Le mutisme de Valentin était explicite : il culpabilisait déjà suffisamment.

— Et Camille a dit quoi en réponse ?

Valentin se mit à sourire avec dégoût.

— Rien. Cassandre est venue à la maison avec une valise. Ça fait des mois que je la tanne pour venir vivre avec moi. Je lui ai même donné la clé de la maison et il a suffi que je couche avec Camille pour que le lendemain, Cassandre débarque et s'installe à la maison. Moi, je rentre du boulot et je me retrouve face aux deux. Chacune avait des attentes bien précises me concernant. Que pouvais-je faire ? J'ai conservé ce dont j'étais sûr...

— Et tu as choisi Cassandre.

— J'ai préservé Cassandre et j'ai dans le même coup mis un terme à ce qui se passait avec Camille, oui. Je suis nul. Je trompe Cassie et je blesse Camille. Elle ne me pardonnera pas mon attitude. Et ce sera tout à fait normal ! Je me suis servi d'elle. Elle m'a demandé deux jours. Deux jours de repos pour prendre du recul et me faire à l'idée que je risque à tout moment d'avoir une lettre de démission. Je suis dégoûté, Sev. J'ai vraiment merdé ! Je ne voulais pas en arriver là...

Sev posa sa main sur son dos et le tapota gentiment.

— Camille est une femme vraiment différente de Cassandre. Elle t'apporte un nouvel air à respirer. Ça peut se comprendre que tu aies craqué. Elle est toute mimi et je ne te jetterai pas la pierre là-dessus.

— Tout est différent avec Camille. Je me sens léger. Rien ne m'atteint. Elle est douce et drôle à la fois, imprévisible, candide. Tu as raison, elle est toute mimi !

Valentin se mit à sourire, à son bon souvenir de tout ce que Camille avait fait, au point de le surprendre. Séverin constata son changement d'attitude immédiat dès qu'il s'épanchait sur le cas de Camille.

— Elle semble t'apaiser... enfin, elle semblait ! Car là, tu es vraiment à cran !

— On ne s'est pas reparlé depuis. Comment veux-tu que je sois ? Si elle reste travailler pour moi, je vais avoir droit à ses omelettes au ketchup version « fuck ! » écrit dessus ! C'est obligé !

Séverin écarquilla les yeux face à la mention de l'omelette au ketchup. Valentin haussa les épaules face à son air ahuri.

— Elle écrit des messages sur ses omelettes... s'expliqua alors Valentin. Et c'est toujours avec le cœur...

Le regard de Valentin se perdit au loin. Séverin pouvait percevoir la tristesse de son ami poindre avec cette remarque.

— Je ne sais pas si Camille est une personne rancunière, Val. Ce que je sais, enfin ce que je pense, c'est que si tu en parles avec elle, elle pourra peut-être comprendre ta position. Du moins, je te le souhaite. Je ne vois pas comment tu peux résoudre le problème. Enfin si ! Je sais quelle est la meilleure option ! Pour moi, il n'y a même pas besoin de réfléchir entre d'un côté un ange et de l'autre un démon, mais bon... je ne suis pas toi, donc...

Valentin lui lança un regard fatigué. Ne pas aimer Cassandre n'était pas un secret chez Ambroise et Séverin. Ses deux amis ne s'étaient jamais tus sur leur désamour pour la petite amie de Valentin. 

— Il va falloir crever l’abcès tôt ou tard, mais je ne suis pas fier. À part m'étaler comme une carpette à ses pieds pour qu'elle me pardonne, je ne vois pas quoi faire...

Séverin étendit ses jambes pour éviter les courbatures et inspira. Il fixa le mur du squash et sourit.

— Tu peux lui faire aussi un méga câlin bien sportif pour t'excuser. Ça lui conviendra aussi, je pense...

Valentin le fusilla du regard.

— Ou bien tu verras au moment venu... rectifia-t-il, blasé par son ami. Si tu restes sincère, elle comprendra, quoi que tu dises. Ne lui mens pas. Dis-lui que la vérité, toute la vérité. Et surtout, jure-le !

— Ouais, prie pour moi. J'appréhende vraiment. Déjà qu'il est difficile de faire bonne figure devant Cassandre, alors s'il faut aussi faire face à Camille, je ne tiendrai pas !

— Tu n'as pas le choix ! Tu as succombé à la tentation, donc tu assumes !

— Je te rappelle que tu m'as dit de foncer, Sev ! La prochaine fois que je suis tenté, enferme-moi chez toi, plutôt !

Séverin se mit à rire et se leva.

— Je t'avais dit de me laisser Camille ! T'as pas voulu ! Maintenant, tu te débrouilles !

— C'était... trop dur de te la laisser.

Valentin sourit tendrement à Séverin devant cet aveu à demi-mot sur son attirance confirmée pour Camille. Séverin trinqua sa gourde sur celle de son ami et l'aida à se mettre debout en lui proposant sa main.

— Quand je te dis que les filles avec un prénom commençant par un C. sont les meilleures !

 

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