LOMCTR T3 : Le coeur ou la raison – chapitre 3

Taïkan, ou comment réveiller la jalousie d’un homme ! ^^

 

©Jordane Cassidy – 2023


 

3

 

Un grain dans le rouage.

 

 

— Duc Callistar ! Quelle surprise ! Nous n’attendions pas votre venue ! Si nous avions su, nous aurions…

— Vous auriez quoi ? Caché des choses de ma vue ? 

Venant à lui, Fergus de Middenhall regarda Callum Callistar d’un air hébété devant son ton suspicieux et un poil agressif, puis s’arrêta.

— Pas du tout ! C’est avec plaisir et sans désagrément que nous accueillons votre visite. Vous êtes le mari de ma fille, vous êtes ici comme chez vous. Seulement, nous aurions pu mieux préparer votre arrivée afin que vous trouviez rapidement votre confort !

Callum lança un regard torve à son beau-père avant de tendre les rênes de Kharis à un serviteur. 

— Comment va votre épouse ? se radoucit légèrement le Duc.

— Mieux ! Elle garde encore le lit, mais elle va beaucoup mieux. La présence d’Aélis a aidé à son rétablissement. Le départ de sa fille pour Althéa lui a mis un coup au moral, je pense, et sa blessure lors du mariage n’a rien arrangé à son inquiétude de la laisser avec vous. La venue d’Aélis l’a rassurée. 

Fergus de Middenhall invita le Duc à le suivre à travers les couloirs du domaine. Callum observa attentivement la demeure d’enfance d’Aélis. Chaque détail avait son importance pour l’aider à mieux comprendre sa femme et trouver des indices pour le bon déroulement de son enquête sur l’identité de la fillette qu’il avait sauvée. Fergus le conduisit dans une grande salle.

— Vous devez être fatigué. Nous allons vous servir à boire, ainsi qu’une collation.

— Je souhaiterais voir ma femme immédiatement.

Fergus le fixa un instant, devant son air impassible.

— Oui… Suis-je bête ! Cela peut se comprendre qu’elle vous ait manqué, à vous aussi.

Callum se trouva légèrement gêné par cette déduction pour le moins impudique. Fergus l’invita à le suivre.

— Elle était tout à l’heure dans le jardin avec Taïkan.

À la mention de ce nom, Callum se raidit et s’arrêta. Il l’avait déjà entendu et ce n’était pas à son avantage.

— Un problème, Duc Callistar ? 

Une sourde colère le gagnait. Alors qu’il l’attendait à Althéa, elle batifolait dans les jardins de la maison familiale avec son ex.

— Non, allons-y.

 

Les deux hommes traversèrent deux pièces avant d’arriver vers les jardins derrière le domaine. Il aperçut alors Aélis au loin en train de rire avec ce fameux Taïkan. Sa mâchoire se serra.

Aélis remarqua l’agitation à l’entrée du jardin et son sourire s’effaça à la vue de son mari. Elle jeta rapidement un regard vers Taïkan et tenta de paraître normale, devinant que la rencontre risquait d’être tendue.

— Regarde qui est venu nous rendre visite, Aélis ! Ton mari ! s’exclama joyeusement Fergus de Middenhall.

— Que… faites-vous ici ? lui demanda-t-elle alors, non sans cacher sa surprise et oubliant les salutations.

— Ma présence vous dérange ? lui répondit durement le Duc, constatant son manque d’enthousiasme à le retrouver.

— Pas… pas du tout ! le contredit-elle. Seulement, je ne m’attendais pas à une visite-surprise. Vous n’avez pas annoncé votre arrivée, il me semble.

— Et je vois que je fais bien de venir ici à l’improviste.

Callum jeta un regard noir à Taïkan, qui lui répondit visiblement par le sien. Si Callum ne semblait pas ravi de le voir auprès de sa femme, il en était de même pour Taïkan qui n’aimait pas l’idée de voir le mari d’Aélis venir s’immiscer dans leur discussion. Aélis se reprit et tenta de calmer les choses en agissant en femme civilisée.

— Duc Callistar, voici…

— Taïkan ! la coupa sèchement le Duc. Je sais.

Taïkan sourit, heureux de constater que sa réputation était venue jusqu’aux oreilles du Duc.

— Taïkan, voici mon mari, le Duc Call…

— J’avais compris ! la coupa Taïkan, aussi discourtois que tranchant. Difficile de ne pas s’en douter !

Callum serra le poing. La remarque était une déclaration de guerre évidente. Il s’esclaffa alors.

— Et moi je comprends mieux certaines confidences que ma femme m’a faites à votre sujet !

Taïkan dévisagea alors Aélis, qui leva les yeux au ciel. Elle passa son bras sous celui de son mari et l’emmena plus loin, pour une discussion plus privée.

— Excuse-moi, Taïkan, mais je crois que j’ai besoin de m’entretenir avec mon mari immédiatement !

 

Callum se laissa traîner par sa femme à plusieurs mètres de là, avec un petit sourire de vainqueur qu’il ne cacha pas à son ennemi. Une fois loin des regards indiscrets, Aélis se posta devant lui.

— À quoi vous jouez ? l’invectiva-t-elle.

— Je peux vous retourner la question ! lui répondit Callum, tout en croisant ses bras.

— Je vous demande pardon ?

— Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. Je vois que, finalement, ce que vous m’aviez confié sur lui et vos sentiments à son égard n’étaient que mensonges pour m’amadouer !

— Quoi ?! Je ne mens pas ! Qu’est-ce que vous insinuez ?!

Callum jeta un regard au loin, où attendait son rival.

— Vous semblez préférer passer du temps ici avec lui que de rentrer à Althéa pour le passer avec moi !

— Mais pas du tout ! Ma mère est encore convalescente.

— Votre père m’a dit qu’elle allait mieux.

— Mieux ne veut pas dire qu’elle est totalement guérie !

— Et donc si sa convalescence prenait plusieurs années, vous me snoberiez tout ce temps ?

— Mais bien sûr que non ! objecta Aélis, agacée par ces accusations sans fondements.

Callum campa un peu plus sur sa position. 

— Je vois que je suis le seul à m’inquiéter et à éprouver un manque. C’est presque risible tant c’est navrant…

Callum s’agita, nerveux.

— Vos suppositions sont fausses ! s’emporta Aélis. Bien évidemment que vous m’avez aussi… manqué.

Aélis se rendit compte de la portée de ses derniers mots et rougit.

— Vraiment ? insista alors Callum, sceptique.

Callum décroisa ses bras et jeta un nouveau regard au loin vers Taïkan qui patientait toujours. Sans attendre, il attrapa Aélis par la taille.

— Montre-moi combien je t’ai manqué, Aélis ! lui chuchota-t-il alors, droit dans les yeux.

Aélis se mit à rougir plus franchement et se trouva mal à l’aise. Elle avait l’impression qu’il cherchait plus à réaffirmer qu’elle était sa propriété devant Taïkan, qu’une réelle envie de rapprochement entre eux.

— Lâchez-moi ! le repoussa-t-elle alors. Ce n’est ni l’endroit ni le moment ! Êtes-vous obligé de vous montrer en spectacle de la sorte ? Je vous ai déjà dit que vous manquez de pudeur !

— Il n’y a pas besoin d’endroit ou de moments pour dire ce qu’on ressent… Je vous ai déjà aussi répondu la même remarque ! Et le spectacle est pour celui qui trouve un intérêt malsain à nous regarder !

Il jeta un nouveau regard derrière Aélis en direction de Taïkan, puis la relâcha, amer. 

— Cela vous gêne donc autant que l’on s’affiche comme un couple devant lui ?

Aélis fronça les sourcils.

— Je ne crois pas avoir besoin de leçon de votre part. Vous n’étiez pas gêné pour vous afficher en public avec l’Intendante au banquet que j’avais préparé à votre retour, au point de la conduire dans les écuries ! Ce n’est pas parce que je suis devenue votre épouse que je ne dois pas considérer avec respect les sentiments de Taïkan à mon égard et lui infliger une peine supplémentaire en restant dans vos bras.

— Oooh ! Le pauvre petit, il ne faut pas heurter sa sensibilité !

— Tout comme je dois composer avec la mienne concernant l’Intendante  ! Je sais ce que cela fait !

Aélis croisa les bras à son tour. Callum s’enhardit.

— Sauf qu’aujourd’hui, Ysalis n’est plus au château !

Aélis laissa retomber ses bras de surprise.

— Quoi ? 

— Je l’ai virée !

La stupéfaction gagna le visage d’Aélis.

— Mais qui va la remplacer ?

— Il n’y a donc que cela qui vous vient en tête quand je vous annonce que j’ai congédié mon ex ?

Aélis se mit à rougir légèrement, embarrassée.

— Le devenir d’Althéa est plus important que mes problèmes personnels… C’est ce qu’on attend d’une duchesse, non ?

— Je suis justement venue chercher sa remplaçante !

— Ici ? s’étonna un peu plus Aélis. À Piléa ? 

— Ici. À Piléa !

Interloquée, Aélis se demanda qui pouvait être à la hauteur de la tâche. Callum en sourit.

— Pour éviter toute histoire, le mieux serait que ma femme prenne le relais ! Elle n’aura plus à se préoccuper d’une réticence, d’un bras de fer et de l’aide d’un tiers pour obtenir gain de cause…

Aélis releva la tête vers lui, choquée, mais aussi perdue.

— Moi ? Intendante ? Mais je suis déjà Duchesse, je ne peux pas…

Callum se rapprocha lentement d’elle et lui attrapa le bout des doigts.

— Tu as déjà pris l’initiative de régler certaines affaires courantes en mon absence et certains travaux. Tu peux prendre sa place.

À la fois gênée et reconnaissante, la jeune femme gesticula dans tous les sens, peu assurée de savoir si c’était la bonne option. Callum la rassura alors.

— On fait un test et on voit si ça passe… Sinon on avisera pour chercher quelqu’un.

Aélis se trouva perturbée par cette double annonce. Elle pouvait reconnaître que le geste de Callum était touchant et plein d’attention à son égard, mais la tâche lui semblait énorme à gérer.

— Oui… On peut faire le test…

Elle lui sourit alors, plus radoucie, même si elle doutait encore de ses capacités à tenir ce rôle. Elle serra ses doigts dans ceux de son mari.

— Mais bon, cela est valable uniquement si ma femme daigne rentrer à Piléa plutôt que de flirter avec son ex !

Callum afficha alors un visage narquois devant lequel Aélis ne cacha pas son indignation et en vint à poser ses poings sur ses hanches d’exaspération.

— Je ne flirte pas avec lui !

— Mais vous ne me laissez pas vous embrasser devant lui.

— Je ne vois pas l’intérêt de le narguer. Vous n’êtes qu’un enfant qui a peur qu’on lui vole son jouet. Vous êtes ridicule !

— Ridicule ? Je devrais faire un grand sourire ravi de vous retrouver en compagnie de votre ex, en train de rire alors que vous-même vous n’aimiez pas me voir tourner autour d’Ysalis ? Et je joue les gamins ? Très bien ! Dans ce cas, restez avec lui, puisque ma réaction vous indiffère au point de camper sur vos positions !

 

Callum tourna les talons, très énervé, et quitta le jardin. La chute de cette discussion déstabilisa Aélis qui ne sut quelle attitude adopter, avant de finalement s’agacer de son comportement jaloux. 

— Très bien ! Puisque vous le prenez ainsi ! Bon vent ! lui cria-t-elle dans son dos.

— Ouais, je m’en vais trouver une intendante ! Peut-être même une nouvelle amante !

Il lui fit un signe d’au revoir de la main et disparut. Aélis grogna de colère et tapa du pied dans l’herbe. Au loin, Taïkan observa avec perplexité le départ de Callum plutôt tendu et la réaction agacée d’Aélis. Il alla la retrouver.

— Aélis, est-ce que ça va ? 

Elle hésita à lui répondre. Il était en partie responsable du désaccord qu’elle avait avec son mari. 

— On ne peut mieux !

 

 

Callum traversa les couloirs d’un pas pressé. Sa rage augmentait avec les pas qu’il multipliait. Il pensait avoir été suffisamment patient et compréhensif, il avait même fait preuve de confiance en lui proposant ce poste, mais rien ne semblait lui faire comprendre que son attitude restait équivoque. 

— Duc Callistar, vous revoilà ? Où allez-vous ? lui demanda alors Fergus qui le croisa par hasard.

— Je rentre à Althéa. Je réalise la mauvaise idée d’avoir laissé mon fief pour une femme !

Fergus tiqua en devinant que sa fille était la femme en question. Et au vu de son agacement, le couple était en froid. 

— Vous n’allez pas partir maintenant. Restez au moins pour le diner ! lui cria-t-il alors qu’il se trouvait déjà plusieurs mètres plus loin.

Callum quitta le domaine sans plus de considération pour le maître des lieux et alla chercher son cheval. Il tomba alors nez à nez avec Nimaï et Sampa.

— Mon… Mon commandant ! Que faites-vous ici ?! demanda alors Nimaï tout en posant le genou pour le saluer. 

Main droite posée fièrement sur le cœur et l’autre dans le dos, Sampa le salua fièrement. 

— Mes respects, Duc Callistar.

Callum observa un instant l’un, trop lèche-bottes, et l’autre, trop peu soumis à son goût. Il leva les yeux et monta en selle.

— Je rentre à Althéa.

— Vous êtes venu voir la Duchesse ? l’interrogea Nimaï tout en se relevant.

— Et visiblement, le plaisir n’était pas réciproque ! grommela Callum doucement entre ses dents. Vous devriez surveiller un peu plus votre maîtresse ! reprit-il plus haut. Que faites-vous là ?! Je ne vous ai pas envoyé la suivre pour que vous restiez à l’extérieur du domaine. 

— Nous sommes allés recueillir des témoignages d’habitants des alentours… lui indiqua Sampa. Il semblerait qu’un troll perturbe leur tranquillité. Nous sommes allés nous assurer de ces dires et vérifier s’il n’y avait pas un danger direct pour la Duchesse et sa famille.

— Un troll, tu dis ? Ils restent pourtant à l’écart des humains, en général.

— Celui-ci aurait une attitude belliqueuse, voire enragée… continua Nimaï. Il aurait détruit des récoltes et le bien de certains habitants. Ce descriptif n’est pas dans les habitudes des trolls. C’est pourquoi nous sommes partis chercher des informations plus concrètes et déterminer les risques pour la Duchesse.

— Et qu’avez-vous recueilli comme renseignements ?

— Il a sévi hier sur le nord de Piléa et aurait provoqué une panique au sein des habitants avant de repartir ! lui révéla Sampa. Nous venions rendre compte à la Duchesse de nos dernières avancées avant de savoir si nous devions aller plus loin en allant à sa rencontre pour le neutraliser.

Le Duc Callistar évalua la situation un instant, puis avisa de la valeur de ses deux soldats, avant de statuer.

— On y va ! 

Les deux soldats se regardèrent, surpris par l’annonce du Duc.

— Maintenant ? demanda alors Nimaï.

— Maintenant ! confirma Callum. Prenez vos chevaux !

— Nous devons en toucher un mot à la Duchesse ! l’interpella Sampa. Nos ordres viennent d’elle.

La remarque de Sampa fit voir rouge au Duc. Son corps se raidit et il leur jeta un regard dur, signe manifeste de son agacement à voir son ordre discuté.

— Je ne suis pas d’humeur à discuter commandement. J’ai dit : « on y va ! »

 

Ne souhaitant croiser une nouvelle fois le fer avec le Duc, Nimaï consulta silencieusement l’avis de Sampa qui se montra tracassé à devoir encore composer avec l’impossibilité du couple ducal à trouver un terrain d’entente concernant le commandement de la garde personnelle de la Duchesse. Nimaï haussa les épaules, puis alla chercher son cheval. Sampa fixa le Duc qui ne lâcha pas son regard défiant.

— Tu comptes rester là à me provoquer ? lui fit alors remarquer le Duc.

— Il est préférable qu’un de nous deux reste, au cas où le troll aurait changé sa trajectoire et viendrait par ici. Cela tempèrera aussi l’agacement de ma maîtresse à vous voir réquisitionner ses deux soldats sans sa permission.

— Toi, un jour, je trancherai ta gorge… vociféra Callum.

— Il faut bien mourir un jour… lui répondit Sampa, avec un petit sourire.

Il quitta alors le Duc et entra dans le domaine. Nimaï le retrouva avec son cheval. 

— Je suis prêt, Commandant ! Allons-y ! 

 

LOMCTR T3 : Le coeur ou la raison – chapitre 2

Callum part à Pilea et il n’est pas au bout de ses surprises ! ^^

 

©Jordane Cassidy – 2023


=> Chapitre 3


 

 

2

 

Savoir attendre,

c’est savoir jusqu’à quand l’impatience nous gagne !

 

 

— Alors ? Comment s’est passée cette nouvelle nuit ?

— Comme toutes les précédentes… D’un calme surprenant.

Finley se posta dans le dos de Mills qui regardait au loin le Duc, assis en tailleur sur la pelouse du jardin, en train de méditer.

— Ce n’est pas normal ! s’inquiéta Finley. Nous savons que le démon est toujours en lui. Alors pourquoi ne se manifeste-t-il plus ? Pourquoi les ténèbres ne viennent-elles plus perturber son sommeil ?

Mills laissa aller son regard à la contemplation du Duc, malgré les inquiétudes de Finley.

— C’est une question à laquelle visiblement personne n’a la réponse. Pas même le principal intéressé.

Finley grimaça.

— Edern a visité son plan astral ?

— Le Grand Gardien le lui a fortement déconseillé, en sachant qui est son ennemi si elle venait à le rencontrer. Une attaque frontale n’est pas souhaitable si on veut préserver cette paix, même temporaire, avec le démon. Le mieux à faire, c’est de laisser ce démon tranquille, tant qu’il accepte de laisser le Duc dans cet état et qu’il ne déclenche pas de guerre.

— Et la méditation donne quoi, d’après vous ?

— Je l’ignore également. Le Duc reste silencieux depuis, même concernant ses méditations. Est-ce qu’il arrive à rentrer en communication avec lui ou non ? Est-ce que ce sont ces méditations qui entrainent ces nuits plus ensommeillées ? Je pense que lui-même attend d’en savoir plus pour confirmer ou infirmer quoi que ce soit.

Finley observa Callum Callistar au loin.

— C’est bizarre… Il devrait broyer du noir un minimum ; la Duchesse n’est toujours pas revenue à Althéa et nous n’avons pas beaucoup de nouvelles. Ne lui manque-t-elle pas au point de ruminer et faire croître les ténèbres en lui ?

— Ooooh ! Je pense qu’elle lui manque, mais il essaie d’en faire abstraction… en méditant !

Mills se mit à glousser. Finley esquissa un sourire à sa boutade.

Assis en tailleur, Callum laissa retomber son dos contre la pelouse, dans un grand soupir de lassitude. Il avait beau essayer, il n’y arrivait pas. Entrer en contact avec Noctis semblait compliqué. Il ignorait comment faire, par quel chemin passer. Demander une aide extérieure était exclue afin de ne pas mettre les autres en danger. Noctis était un démon plutôt susceptible ; il ne fallait pas le provoquer inutilement. Comment Noctis l’accueillerait-il s’il venait à entrer en contact avec lui dans son plan astral ? Il savait que la méditation permettait d’atteindre un certain niveau de lévitation de la pensée. Même s’il n’était pas le plus confirmé des pratiquants, il n’avait que cette voie pour l’instant pour lui parler. Mais plus il essayait, moins il arrivait à laisser son esprit sortir de son corps.

Mais avait-il le choix ? Apprendre son existence avait changé un peu la donne sur qui il était. Des questions avaient fini par lui traverser l’esprit, des demandes d’explications devenaient nécessaires pour soulager sa conscience, mais aussi celle des autres. Dans un sens, il comprenait Aélis et son sentiment d’exclusion et d’angoisse à être vue comme dangereuse et différente à cause de la Protectrice. La révélation de ce démon de premier ordre n’avait qu’aiguisé davantage la méfiance de ceux qui l’entouraient. Il ne s’était jamais autant senti comme une bête sauvage à mettre sous haute protection. Même s’il les comprenait, cela l’agaçait. Il voulait rassurer tout le monde, mais il n’en trouvait pour l’instant pas les moyens. Il ressentait le besoin de combler ses doutes par des réponses, mais en même temps, il craignait aussi cette discussion avec son autre soi.

 

Allongé sur l’herbe, il sortit alors sa pierre translucide accrochée à son cou et la contempla. Pouvait-elle aussi le protéger de ce démon ? Il ne l’avait pas portée la nuit où le démon était apparu. Il devait alors se dévêtir de tout objet parasite pour que les actes du Conseil Magique ce soir-là ne soient pas brouillés. Mais Noctis était apparu. Aurait-il finalisé sa transformation si cette pierre avait été à son cou ?

Il souffla. Ces incertitudes le minaient, mais bizarrement, ces pensées lugubres ne semblaient pas l’affecter comme à son habitude. C’était comme si le démon avait grillé tout son stock d’énergie négative en apparaissant, comme si les réserves étaient tellement basses qu’il pouvait presque croire qu’il était un chevalier comme les autres avec un parfait équilibre entre le bien et le mal en lui. Il n’y avait plus ce sentiment de débordement imminent des ondes négatives. Lui-même avait du mal à croire en cette libération. Il pensait plutôt que ce n’était pas de bon augure.

 

— Vous semblez bien pensif !

Callum entendit alors Mills se rapprocher de lui.

— La question est de savoir à quoi, ou plutôt à qui vous pensez ! continua le chambellan.

Le sourire affable de Mills fit lever les yeux de Callum.

— Mais je pense bien évidemment à vous, cher Mills ! lui répondit le Duc, sarcastique.

— Vous me flattez, cher Duc ! Et pourquoi moi ?

— Je me demandais si vous seriez capable de vous battre contre le démon en moi s’il venait à ressortir et à être dangereux.

Mills regarda le kiosque au loin, d’un air pensif.

— Difficile de dire qui peut avoir cette capacité, hormis la Protectrice. Le Grand Gardien actuel a pris de gros risques en se confrontant à un être de ce niveau. Même s’il est judicieux de penser qu’il serait le plus apte à rivaliser avec lui, nous n’avons pas suffisamment de données sur ce démon légendaire pour contrecarrer sa toute-puissance et le battre. Les registres du Conseil Magique nous ont donné de bonnes informations, mais pas autant que nous l’aurions souhaité. Face à un démon de cette envergure, il est logique que nous ayons peu de témoignages. Je pense que ce démon n’a eu besoin d’exprimer toute sa force qu’en de rares occasions et il est aisé de penser que ces rares occasions ont eu lieu en présence de la Protectrice. Malheureusement, les témoignages n’ont pu être tous relatés et collectés, si leur puissance respective était telle que tout pouvait être détruit à des kilomètres à la ronde.

Mills constata l’air un peu abattu du Duc.

— Mais ne vous inquiétez pas. Avec ou sans sceau, nous trouverons un moyen de ne pas exacerber sa colère… enfin, s’il réapparait !

— Il attend la venue de la Protectrice. Il a vu Aélis, il a senti qu’elle était en elle. Il réapparaitra tôt ou tard.

— Oui, il semblerait que beaucoup de monde attende son retour…, mais personnellement, j’attends davantage le retour de notre Duchesse ! Pas vous ?

— Il est indéniable qu’elle sait se faire désirer ! rétorqua Callum, sur un ton cynique.

— Il ne peut en être autrement de la Duchesse d’Althéa ! s’en amusa Mills.

— Ce qui me soulage, c’est que tant qu’elle est loin de moi, un affrontement entre nos alter ego est repoussé.

— Allons ! Vous ne pouvez vous satisfaire d’une séparation avec pour excuse la fin du monde ! Tout cela ne doit pas interférer avec votre vie de couple… Et puis, qui vous dit que le danger ne viendra pas d’ailleurs, comme avec ces voleurs de pierres ?!

— Elle est partie avec sa garde personnelle… J’ose espérer que cela suffira à sa protection.

— Moui… répondit Mills, plutôt alarmant. C’est quand même bizarre qu’elle ne soit déjà pas rentrée à Althéa. Si j’avais été à votre place, cela aurait fait longtemps que je me serai rendu à Piléa !

Callum se leva alors.

— Oui, mais vous n’êtes pas moi !

— Fort heureusement ! Je vous laisse votre démon légendaire !

Mills frissonna tout en restant moqueur, puis se tourna pour retrouver le château.

— Tu parles, il en jubilerait, le vieux bougre ! marmonna Callum, pour lui-même.

— Les rideaux que Dame Aélis a commandé à la fête aux tissus d’Azorina ont été posés pour remplacer les anciens. Quel dommage ! Elle ne peut même pas les voir de là où elle se trouve !

Mills lâcha un gros soupir déçu avant de quitter le Duc, peu dupe du message de son chambellan.

— C’est bon ! Je vais à Piléa ! J’ai compris !

Mills se rendit dans sa chambre et passa sa main devant un miroir. Le visage du Grand Gardien apparut.

— Toujours aucune nouvelle de l’un ou de l’autre ?

— Non… répondit Mills. La Duchesse n’est toujours pas rentrée de Piléa. Quant au Duc, son silence est assez surprenant. Il pourrait creuser davantage le sujet du démon qu’il abrite à travers des questions qu’il pourrait me poser ou à travers des livres, mais il n’en fait rien. C’est comme s’il se refusait d’avoir un jugement basé sur des « on-dit » et qu’il préférait avoir un regard neutre et faire sa propre enquête sur le sujet. 

— Vous pensez qu’il ne nous dit pas tout sur son lien avec le démon.

— Il n’arrive pas à le trouver par la méditation. Je pense que, même si beaucoup de questions le taraudent, il sent un lien instinctif avec Noctis qui le pousse à agir ainsi. Avez-vous une idée de la dernière confrontation de Noctis avec la Protectrice ?

— Nous n’avons pour l’instant qu’un texte datant d’il y a cinq siècles. Rien ne nous dit qu’ils ne se sont pas revus après.

Mills demeura songeur. Le Grand Gardien continua.

— De même, j’ai beau essayer de chercher une raison, je ne vois pas pourquoi un démon légendaire irait se cacher dans le corps d’un bébé. 

— C’est aussi ce qui m’intrigue. Une possession implique des sacrifices de la part des deux parties. Un démon légendaire n’a aucun ennemi suffisamment effrayant pour choisir de se cacher dans un humain, au risque de perdre une partie de sa puissance par l’acte de possession. C’est ce que je n’arrive pas à comprendre. J’en viens à penser qu’il ne l’a peut-être pas fait volontairement.

— Tu penses qu’on l’a enfermé volontairement dans le corps de Callum bébé ? Cela impliquerait un grand pouvoir magique de la part de celui qui a fait l’incantation pour jeter le sort de possession… Ce serait alors un mage ? Quel mage aurait une telle puissance si ce n’est ni toi ni moi ?

— Je l’ignore… Beaucoup d’éléments sont encore hors de notre portée… Gardons notre vigilance pour le moment et continuons à explorer un maximum de pistes.

Le Grand Gardien acquiesça d’un signe de tête et Mills effaça son visage du miroir en cuivre d’un nouveau geste de la main. Il soupira et sortit de sa chambre avec une certaine inquiétude. Il n’y avait rien de pire que l’inconnu, sans pistes tangibles pouvant aider à avancer.

 

Il nettoyait alors ses petites lunettes lorsque Cléry arriva en trombe au château.

— Bien le bonjour Cléry ! Que nous vaut cette visite… dans un tel état ?

Mills l’examina de la tête aux pieds. Le prêtre était recouvert de terre.

— Doux Jésus ! Que vous est-il arrivé ?!

— Est-ce que le Duc est dans les parages ? demanda alors le prêtre, faisant fi de son apparence déplorable.

Mills regarda son camarade avec curiosité.

— Vous souhaitez emprunter la salle du grand bain ? lui rétorqua alors Mills.

Cléry soupira et jeta un œil à sa tenue.

— Pardon pour cette présentation pour le moins pittoresque pour un homme de mon rang.

Cléry resta pour autant absorbé par l’objet de sa venue.

— Est-il là ?

— Non. Il vient de partir pour Piléa.

— Seul ?

— Oui.

L’air tracassé du prêtre ne fit qu’agrandir l’intrigue du chambellan autour de sa venue.

— Je ne suis que chambellan, mais je peux peut-être vous aider ?!

Cléry considéra la proposition de Mills un instant et souffla.

— Mills, vous êtes plus qu’un chambellan, voyons ! Avons-nous un registre des anciens occupants du château et un historique de ce qui a pu s’y passer ?

Mills se mit à réfléchir.

— Possible, oui. Ce serait soit dans la bibliothèque, soit dans le bureau du Duc, dans tous les cas.

Sans attendre, Cléry se rendit à la bibliothèque. Mills lui emboîta le pas, bien résolu à comprendre quelle mouche avait piqué Cléry. Une fois dans la bibliothèque, le prêtre commença à chercher ce fameux registre. Mills l’y aida en silence jusqu’à ce qu’il fasse une bonne pioche au bout de plusieurs minutes.

— Le voilà ! s’exclama-t-il.

Cléry se précipita dessus et l’ouvrit, cherchant tout d’abord la généalogie des Averhill.

— Pourriez-vous me dire ce que vous cherchez ? Ne me laissez pas dans l’ignorance, cher ami ! C’est très déplaisant !

— Pardon, Mills. La tombe de la jeune Duchesse Averhill a été violée. On a pris son cercueil.

— Quoi ? s’exclama Mills, abasourdi par cette nouvelle bien mystérieuse. Vous êtes en train de me dire que sa dépouille a disparu.

Cléry acquiesça de la tête.

— Qui pourrait vouloir voler les ossements d’une défunte si importante pour Althéa ?

— C’est ce que j’essaie de déterminer en venant ici et en cherchant d’éventuels indices sur sa famille en premier lieu.

— Il ne me semble pas qu’il y en ait des membres de la famille encore vivants, sinon Althéa aurait eu un héritier à la mort du Duc Averhill. Or, le Roi a mis Althéa en régence par le Général Fritz.

— C’est vrai. Le gardien du cimetière m’a dit qu’elle était morte en couches. Or, jusqu’à preuve du contraire, une femme ne fait pas un bébé seule. Elle avait forcément un amant. La disparition du cercueil peut venir de là…

Il tourna les pages et tomba sur la généalogie. Mais quelle ne fut pas leur surprise en constatant que la généalogie indiquait bien les parents Averhill dont la mère était disparue il y a longtemps, leur fille Ilina Averhill avec sa date de décès, un trait sur sa gauche pour lui attribuer une filiation sans doute maritale à un homme dont le nom n’était pas indiqué, avec la naissance d’un bébé, issu des deux, décédé à la naissance.

— Comment est-ce possible que le registre ne mentionne pas le nom du père ? fit remarquer Mills, circonspect.

— Mais surtout pour quelle raison n’était-il pas mentionné ? ajouta gravement Cléry.

— Est-ce que cela signifie qu’on a caché délibérément son identité ? déclara Mills en réfléchissant.

— Ou peut-être que tous l’ignoraient aussi…

Mills regarda avec gravité Cléry.

— Quand est-ce que la disparition de sa dépouille a eu lieu ?

— Le jour du mariage ducal.

Mills écarquilla les yeux, comprenant que cette date amenait des pistes supplémentaires.

— Je veux écarter toutes les possibilités avant de croire qu’il y ait un rapport entre cette disparition et l’attaque du mariage… Cela peut être une affaire familiale, comme un villageois ou quelqu’un de l’extérieur qui ait voulu montrer son opposition à ce mariage, en montrant qu’il regrette l’ancienne duchesse à la nouvelle.

— Oui, c’est tout aussi plausible… commenta Mills. Je suggère de ne pas en parler à la Duchesse tant que nous n’avons pas plus d’éléments. Si elle venait à croire qu’on ne veut pas d’elle à Althéa, cela lui mettrait un coup au moral qu’il n’est pas bon de faire naître en elle.

— Je suis d’accord. Il faut tout de même prévenir Callum de ce lien possible entre la disparition de l’ancienne duchesse et l’attaque du mariage.

— Attendons qu’il revienne de Piléa. Cela nous laissera peut-être du temps pour enquêter et en savoir plus sur Ilina Averhill.

— Oui, je vais interroger les anciens d’Althéa. Peut-être sauront-ils nous en dire davantage sur les fréquentations amoureuses de la Duchesse Averhill ?…

Du haut de sa fière monture, Callum Callistar observa Piléa au loin. Il avait craqué. Il avait cédé aussi bien à Mills qu’à l’appel du manque de sa femme. Il pouvait en cet instant reconnaître l’homme faible, sans force mentale, qu’il était. Mais s’il y avait une chose dont il était certain, c’était que les ténèbres ne pouvaient rien devant sa curiosité. La curiosité était une source intarissable d’espoir. Elle donnait un but, une envie de savoir qui dépassait toute déprime. Et s’il était aujourd’hui sur le point de retrouver sa femme, c’était bien parce qu’il voulait connaître cette partie de sa vie antérieure à leur mariage, comme on découvre une part d’ombre qu’on expose à la lumière du soleil. C’était une sensation vivifiante à laquelle même un démon ne pouvait s’opposer.

Il avait déjà eu l’occasion de se rendre à Piléa. C’était d’ailleurs dans cette région qu’il avait rencontré la fillette au collier. Un élément qui avait aussi déterminé son choix à vouloir faire d’Aélis son épouse, les coïncidences étant plus fortes que la raison. Il avait cherché cette fillette plusieurs années plus tard, en vain. Mais cette fois-ci, la petite ville de Piléa lui apparaissait différente. Comme une alliée plus pertinente qu’à l’époque pour déchiffrer le mystère Aélis. Il avait de quoi enquêter. Il avait beaucoup plus d’éléments pour connaître la vérité. Malgré tout, il savait que cette enquête allait être reléguée au second plan devant son envie de savoir ce que fabriquait son épouse au sein de sa famille.

Il donna un coup de talon à Kharis qui avança tranquillement vers la ville jusqu’à arriver devant le domaine des De Middenhall. Il se trouva alors devant un garde à l’entrée.

— Je suis le Duc Callum Callistar, Seigneur d’Althéa et mari de votre jeune maîtresse. Je souhaiterais la voir…

 

LOMCTR T3 : Le coeur ou la raison – chapitre 1

Ils sont de retour !

 

Souvenez-vous ! Callum a découvert qu’il avait un démon légendaire en lui, Noctis, et Aélis porte en elle la Protectrice, l’ennemie jurée de Noctis. 

Aélis doit, malgré ces révélations, partir au chevet de sa mère malade à Piléa.

 

©Jordane Cassidy – 2023


=> Chapitre 2


 

 

1

 

Déterrer des souvenirs.

 

 

 

Il y a trois ans…

 

— Votre Majesté, au rapport !

Le Roi Mildegarde regarda son lieutenant de travers.

— J’espère que les raisons qui vous conduisent à me déranger en plein repas avec la famille royale sont pertinentes, Lieutenant Gomi.

Le lieutenant s’inclina devant la famille royale.

— Je suis désolé de vous déranger, mais je dois vous informer d’un fait grave.

— Un fait grave ? Rien que ça ?! 

— Nous avons essuyé une attaque, Votre Majesté ! Les geôles ont été partiellement détruites.

Hélix Mildegarde s’interrompit tandis qu’il essayait d’arracher la chair d’un pilon de poulet avec ses dents. Il le posa alors dans son assiette en silence et s’essuya les mains, puis la bouche, à présent tout à son écoute.

— Comment ?!

— Des prisonniers ont pris la fuite, à la suite d’une intrusion.

Dans un geste brusque, le Roi se leva de son siège.

— Qui a osé attaquer la prison ?! s’exclama-t-il alors, dans un cri de colère.

— D’après les premières informations recueillies, il semblerait qu’un chevalier magique se soit infiltré dans les geôles et qu’il ait semé le chaos au milieu des gardiens et des prisonniers. Je suis désolé. J’ai manqué à ma mission, Votre Majesté. Je devais en assurer la sécurité, mais je n’étais pas présent au moment de l’attaque. Je pense que tout était prévu pour parvenir à la réussite de cette attaque, y compris de connaître mon emploi du temps…

Le soldat s’agenouilla, se mettant à la merci du châtiment du Roi. Cependant, Hélix Mildegarde ne s’attarda pas sur la culpabilité de son lieutenant en charge de la prison d’Avéna.

— Un chevalier magique, tu dis ? Sa description ?! lui ordonna alors le Roi.

— D’après les prisonniers qui ont préféré rester de peur des représailles plutôt que de s’enfuir, ce serait un homme d’une cinquantaine d’années avec des lunettes.

— Un chevalier à lunettes, tu dis ?…

Hélix Mildegarde se rassit pour réfléchir et trouver qui, à sa connaissance, pouvait correspondre à ce descriptif. Il n’y avait pas des milliers de chevaliers magiques au royaume.

— Il semblerait que son pouvoir magique soit de type… aqueux.

Le Roi écarquilla les yeux, devinant soudain l’identité du chevalier. Il releva la tête vers son soldat, la mine plus inquiète. Son lieutenant ferma un instant les yeux avant de les rouvrir pour annoncer l’objectif de cet assaut contre la prison.

— Il est venu libérer votre frère, Gésar Mildegarde. Il s’est enfui avec lui.

Les yeux d’Hélix Mildegarde s’assombrirent. Il ferma le poing et serra ses doigts de toutes ses forces, de rage.

— Maudit sois-tu… Khan !

 

 

Aujourd’hui…

 

 

Hélix Mildegarde contempla sa chevalière d’un air songeur. Un souvenir lui revint en mémoire… Ils avaient huit et onze ans à l’époque.

 

« — Hé ! Hélix ! Regarde ce que j’ai appris ! déclara Gésar, les pupilles brillantes.

Hélix regarda son grand frère en coup de vent avant de se replonger dans ses livres.

— Merveilleux coup d’épée ! lui déclara-t-il d’un ton monotone.

— Contemple-le bien ! Il va servir le royaume bientôt ! se gaussa Gésar. Père a dit que j’irai bientôt combattre avec les troupes royales.

— Réjouissant !

— Arrête d’être cynique et sors un peu de tes livres, Hélix !

— Les livres sont aussi d’excellents outils pour gagner un territoire ! Tu devrais en lire, futur Roi !

— Et toi, tu devrais prendre aussi une épée pour protéger ton futur Roi !

— Il saura se défendre sans moi ! Regarde le magnifique geste qu’il vient d’apprendre !

— Fais le malin ! Tu verras ! Père sera fier de moi ! Je veux être son digne successeur ! Et tu seras mon premier conseiller, Hélix !

— Je n’attends que ça ! lui répondit Hélix avec ironie.

— Un jour, j’hériterai de la chevalière de Père ! Il m’a promis qu’il me la donnerait le jour de la succession. Je suis après tout le fils héritier du trône !

Hélix souffla, dépité par tant de futilités à ses yeux.

— Tout ça pour une bague… Il y a tellement d’autres choses à découvrir que la guerre et la gouvernance d’un royaume.

— Pourquoi n’aimes-tu pas l’idée d’être Roi, frangin ?

— Parce que l’on n’est jamais en paix !

Hélix ferma son livre et le quitta.

— Je t’apporterai la paix ! Je te le promets, Hélix ! »

 

 

Hélix souffla à ce souvenir.

— Tu parles ! Tu ne m’amènes que des ennuis ! 

Un soldat vint alors le trouver dans la grande salle du trône.

— Votre Majesté ! Au rapport !

— Sempiternelle phrase… Parle !

— Nous n’avons toujours aucune trace de Messire Gésar ni du chevalier magique Khan. Il semble que leur activité soit discrète depuis le mariage du Duc Callistar. Nous n’avons pas eu d’autres vols de pierres depuis ni eu vent d’attaques d’un chevalier avec le descriptif du chevalier Khan.

Hélix contempla à nouveau cette fameuse chevalière à son doigt, héritée de leur père, d’un air songeur.

— Que comptes-tu faire, mon frère, maintenant que tu as le corps d’Ilina ? À quoi cela t’avance-t-il de le récupérer ?

Un grand livre se referma dans un amas de poussière. Le Grand Gardien soupira, agacé de ne pas trouver plus d’informations sur Noctis.

— Alors ? Toujours rien ?

Kizo apparut sur le pas de la porte de son bureau.

— Non… Je n’ai aucun témoignage stipulant que ce démon ait déjà pris possession d’un corps.

— Je suis sûr qu’il y a un moyen d’inverser cette possession et de rendre à Callum l’entière propriété de son corps ! l’encouragea Kizo, optimiste. Peut-être devrions-nous nous pencher sur des cas de possession de démon de niveau plus faible et adapter une formule pour ce démon et sur l’exorcisme.

— C’est une idée… Séparer le démon de Callum Callistar nous permettrait de gagner un soldat contre ce démon. Après tout, Callum est un chevalier émérite. Cependant, j’ai aussi l’intime conviction que l’en séparer ne serait pas judicieux pour l’hôte.

— Tu crains que la séparation se passe mal et que Callum en paie le prix fort, et nous aussi ?

— Oui. Le démon pourrait altérer le corps de Callum s’il sent qu’on tente de l’en séparer.

— Alors, pourquoi chercher des témoignages de possession dans ces livres ?

— Nous avons une théorie sur cette possession avec le Roi Mildegarde. Nous pensons que Callum a ce démon depuis la naissance. Il a toujours manifesté ce déséquilibre des forces en lui entre le Bien et le Mal. Partant de ce principe, si ce démon est présent depuis sa naissance, cela peut donc signifier que c’est la mère de Callum qui aurait pactisé avec le démon lors de la grossesse.

— Sa mère ? Mais…, on ignore qui c’est ! Il a toujours été orphelin. Et pourquoi offrir son fils à un démon ?

— Pour tout te dire, Kizo, la vérité sur les origines de Callum a été cachée par le Roi volontairement, et aujourd’hui, tant que nous ne savons pas ce qu’il s’est réellement passé avec sa mère, nous devons conserver ce secret.

 

Kizo le fixa gravement.

— Pourquoi conserver un tel secret ? Qu’y a-t-il d’important à cacher dans les origines de Callum ?

Le Grand Gardien sourit avec amertume. 

— Certainement qu’il y a des souvenirs du passé que le Roi a préféré enterrer, pour le bien de tous…

— Effectivement, vu les dernières révélations, la vie de Callum Callistar semble bien compliquée !

— Et elle peut l’être encore plus selon ce que nous garderons pour nous et ce qui se révèlera à lui. La question est donc de savoir si cette possession a été volontaire ou involontaire de la part de sa mère. Soit elle a convoqué le démon pour qu’il interfère d’une quelconque manière et Callum risque de mal accepter cette issue, soit elle l’a rencontré par hasard et c’est lui qui s’est servi de sa grossesse pour répondre à des desseins plus troubles. Dans ce cas, Callum pourra l’admettre plus facilement comme une fatalité.

— Dans tous les cas, quelle tristesse si cette possession date réellement de cette période !

Kizo ne cacha pas sa compassion pour cette femme inconnue qui avait dû beaucoup souffrir aussi.

— Quel sentiment a pu éprouver cette mère lorsque le démon s’est réfugié dans son ventre ?

Le Grand Gardien contempla le livre qu’il venait de refermer avec amertume. 

— La tristesse d’une mère n’a d’égale que celle de son fils orphelin aujourd’hui…

Cléry referma un vieux livre emprunté au Conseil Magique concernant la Protectrice. Il avait ainsi un peu plus d’éléments sur les attentes du Grand Gardien la concernant. Elle était un symbole du Bien, une légende, elle aussi. Il comprenait combien la réapparition de la Protectrice avait une importance dans la lutte du pouvoir contre le Mal. Il soupira et se décida à ouvrir les portes de l’église, avec sérénité.  En cette matinée, le soleil était au rendez-vous et l’air frais du matin annonçait un redoux évident pour la journée. Pourtant, quelle ne fut pas sa surprise en trouvant le responsable du cimetière devant lui, attendant l’ouverture des prières en ce lieu saint.

— Bonjour Monsieur Ratule. Les bras du Seigneur sont grands ouverts pour vous !

Il lui céda le passage devant l’entrée de l’église et l’homme entra, le visage visiblement tracassé. Sans un mot, Monsieur Ratule le salua d’un signe de tête et se dirigea vers le confessionnal, après avoir fait un signe de croix devant l’autel. Cléry soupira, navré de voir combien ses fidèles pouvaient trouver autant de tracas dans leur quotidien, au point de chercher une aide religieuse dès la première heure de la matinée. Il sourit finalement. Sa mission était de les soulager, peu importe l’heure. Il se dirigea donc à sa suite en silence et s’installa dans la partie du confessionnal dédiée à l’homme d’Église.

— Mon Père, je viens à vous, car le poids de ma culpabilité me ronge depuis trop de temps. J’ai péché d’orgueil et de paresse.

— Que vous arrive-t-il, mon fils, pour vous accabler à ce point d’une culpabilité ?

— J’ai caché un fait important à la communauté et à notre Duc. J’ai manqué à mes devoirs par simple orgueil, pour un fait outrageant pouvant avoir des conséquences…

Cléry sentit l’homme très mal à l’aise, inquiet.

 — Je vous écoute.

— J’ai découvert qu’une tombe a été profanée…, le jour du mariage du Duc. Le cercueil avait disparu… Dans un élan de panique, j’ai recouvert le trou et j’ai fait comme si rien ne s’était passé. J’avais peur qu’on me juge d’incapable. Je suis après tout le gardien du cimetière. C’est mon rôle de surveiller les tombes. Si l’une d’elles est endommagée, la responsabilité me sera incombée et… pour ce cas, j’ai pris peur en réalisant les répercussions sur mon avenir. Seulement…, plusieurs semaines après, la terre a de nouveau été remuée et là, j’ai complètement paniqué. Peut-être que quelqu’un a su que j’avais tu cet outrage. Peut-être qu’on essaie de me faire peur… Peut-être que c’est « Elle » qui revient me hanter ! Je ne dors plus ! Elle va venir emporter mon esprit en enfer !

Le gardien du cimetière s’attrapa les cheveux dans un geste de démence.

— Calmez-vous, mon enfant. Vous dites qu’une tombe a été saccagée ? Vous savez, si votre culpabilité d’avoir délibérément omis de le signaler est effective, la culpabilité de celui qui a troublé le sommeil de nos morts l’est encore plus. On ne sort pas nos morts du repos éternel. C’est un blasphème. Le Seigneur sera beaucoup moins clément envers cette personne. La question est de savoir pourquoi on s’attaquerait à une tombe, à deux reprises. Peut-être serait-il judicieux de déposer une plainte pour lancer une enquête ?

— Mais s’il y a enquête, je vais être puni par le Duc ! Je ne voulais pas déranger le Duc dans son bonheur de nouveau marié avec une telle affaire et ensuite, je me suis dit que c’était trop tard. Maintenant, je me rends compte que j’ai compromis autant de preuves que d’espoir de résoudre cette énigme à cause de ma faiblesse !

— Il n’est jamais trop tard pour réparer ses erreurs ! rétorqua d’un ton sûr le prêtre. Dites-moi, vous avez dit « elle va revenir me hanter… », de qui parliez-vous ?

— Il ne s’agit pas de n’importe quelle tombe… C’est celle de l’ancienne Duchesse d’Althéa : Dame Averhill !

— L’ancienne Duchesse d’Althéa ? répéta alors Cléry, surpris et songeur.

— Oui… Comment peut-on commettre un tel sacrilège le jour où une nouvelle Duchesse doit prendre la gouvernance de la cité ? Qui peut vouloir infliger un tel affront au Duc le jour de son mariage ?

Cléry resta tout aussi abasourdi par cette annonce.

— Déjà qu’il a dû essuyer cette attaque en pleine cérémonie… continua le gardien du cimetière, désolé.

Cléry écarquilla les yeux et une hypothèse traversa son esprit. La coïncidence semblait grosse, mais en même temps…

Il sortit alors du confessionnal et se montra à Monsieur Ratule.

— Montrez-moi la tombe ! Immédiatement !

— Mais… ? Et ma repentance ?

— Le Seigneur verra en vous un premier pas vers le pardon si vous me conduisez à cette tombe !

 

 

Le gardien le guida à travers les rangées de tombes jusqu’à apercevoir au fond du cimetière une grande stèle surplombant les autres. Cléry fronça les sourcils et se hâta. 

— La voici ! lui déclara l’homme. Son père, le Duc Averhill, est juste à côté.

Cléry remarqua alors la différence immédiate de traitement de faveur entre les deux tombes. Si la tombe de la Duchesse était majestueuse et indiquait volontairement la mise en avant de la personne qu’était cette femme, celle du Duc était discrète, sans ornements. Il contempla les épitaphes. La Duchesse était morte il y a vingt-cinq ans. Le Duc il y a treize ans.

— Pauvre homme…, commenta alors le gardien du cimetière. Il aimait tellement sa fille. Il ne s’est jamais remis de son décès. Déjà, la disparition de son épouse l’avait profondément meurtri, celui de sa fille l’a achevé…

— Comment est-elle morte ? J’avoue ignorer l’histoire d’Althéa.

— En couche ! Ni le bébé ni elle, n’ont survécu. Ce fut un traumatisme incurable pour son père. Il aurait tout donné pour elle.

— Cela se voit. Il suffit de comparer les deux tombes. 

— Il ne voulait pas d’un caveau familial où il aurait pu la rejoindre. Il se sentait responsable de sa mort et estimait qu’il ne méritait pas les mêmes égards. Alors il s’est contenté d’un enterrement sobre à ses côtés. Il voulait qu’elle marque davantage les esprits que lui. Peut-être une façon de la faire exister encore maintenant aux yeux des gens. Quand ils viennent ici, ils la voient. Elle ne passe pas inaperçue.

 

Cléry s’agenouilla et toucha la terre. Il examina bien le lieu, puis visa le type de chaussure du gardien en correspondance avec les traces de pas légèrement effacées dans un coin de la tombe.

— Des bottes de soldats…

— Plait-il ?

— Il y a des empreintes partielles ici.

Il les montra au gardien qui observa plus attentivement le sol.

— Pour en avoir vu beaucoup sur le champ de bataille, ce sont des empreintes de bottes de soldats. L’armure et les bottes rendent le pas plus lourd. Il n’y a pas de crampons ayant emporté la terre. Les bottes de soldats en sont dépourvues, justement pour éviter de rendre l’armure plus lourde encore…

— Vous êtes en train de dire que ce serait peut-être la garde royale ?

— Pas forcément. Cela peut être un groupe de mercenaires aussi, mais l’armée royale était là, le jour du mariage. Cela reste plausible dans les deux cas. La question est de savoir qui était là la première fois, le jour du mariage, et qui est venu la seconde fois, lorsque vous avez remarqué que la terre a été à nouveau retournée ?

— Pour des mercenaires, l’hypothèse tient la route, mais pour la garde royale ? Pourquoi la garde royale ferait…

 

Le gardien s’interrompit dans sa réflexion et écarquilla les yeux. Cléry commençait à creuser de ses mains la tombe.

— Que faites-vous ? Vous n’allez pas, vous aussi… ?

— Vous n’avez pas vérifié si le cercueil a été remis en place, je parie ?

— N… non…

— Vérifions ! Cela confirmera l’hypothèse que quelqu’un est venu vérifier le vol du cercueil, avant nous !

 

LOMCTR – T1 : Pour le meilleur. Pour le pire. – Chapitre 7

Bonjour à tous ! 

Chapitre 7 !

Et de deux !

Enjoy !

©Jordane Cassidy – 2022


 

7

 

La force de l’aveu,

le pouvoir de la parole.

 

 

Depuis que Mills lui avait soufflé la possibilité de la confession comme déversoir de ses tristesses, de ses peurs et de ses doutes depuis son arrivée à Althéa, elle se sentait plus sereine. Un prêtre pouvait lui être de bons conseils et ne la jugerait pas. Du moins, elle l’espérait. Il y avait toujours des hommes de Dieu corrompus, mais elle ne pensait pas que ce soit le cas ici.

Elle avait donc demandé que Sampa l’accompagne à l’extérieur du château. Il avait fallu réorganiser son planning pour le faire remplacer à la garde de l’entrée du château. Elle ne souhaitait pas un autre soldat ou un autre chevalier dont elle ne pouvait juger la fiabilité complète. Elle demeurait méfiante, et Sampa était l’un des rares sur qui elle avait ce sentiment de confiance. Son acte d’opposition face au Duc pour le sauver avait eu du bon, car elle avait réussi à se trouver un nouvel allié.

Même si la distance entre le château et l’église était ridicule, elle préférait éviter une nouvelle effusion de sang à cause de son envie d’indépendance. Elle avait donc sollicité l’aide de Mills pour défaire Sampa de ses fonctions de garde de la porte d’entrée pour qu’il devienne l’un de ses soldats de sortie. Mills comprit sa démarche à vouloir s’appuyer sur une personne qu’elle connaissait. Il trouva ainsi un autre garde et l’avertit que, en rapport avec son statut de duchesse, il lui faudrait un chevalier pour sa sécurité plutôt qu’un simple soldat s’il lui venait à vouloir aller plus loin. C’est ainsi qu’elle apprit que Sampa était un tout jeune soldat et que la garde de l’entrée était déjà un grand gage de confiance en ses compétences. Sampa se trouva honoré de la servir, mais au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient des escaliers de l’entrée du château, elle avait vite remarqué son inquiétude grandir. S’il lui arrivait quelque chose, au-delà de sa vie qu’il lui devait, il pourrait avoir affaire au courroux du Duc et ils avaient tous les deux une idée de ce à quoi pourrait ressembler sa colère si un malheur venait à lui tomber dessus. Faisant fi d’une certaine distance voulue par le protocole entre une noble et un soldat, elle s’accrocha donc à son bras, à la fois pour le rassurer et pour asseoir sa mission de sécurité jusqu’à l’église.

 

L’église était très sobre dans sa présentation. Rien à voir avec la cathédrale de la capitale d’Avéna qu’elle avait eu l’occasion de visiter. Cependant, elle avait de très beaux vitraux de chaque côté, laissant passer la luminosité et donnant un côté très chaleureux, malgré le silence conférant au lieu quelque chose de solennel. Sampa s’assit alors en bout de rangée pour l’attendre tandis qu’elle se dirigeait vers le confessionnal.

Elle attendit cinq bonnes minutes avant que le prêtre la rejoigne.

— Bonjour mon enfant. Le Seigneur vous écoute.

— Bonjour, mon Père. Je viens à vous parce que… j’ai pêché d’orgueil.

Aélis jeta un œil à travers le grillage la séparant du prêtre. Elle pouvait deviner sa silhouette, mais les trous restaient trop petits pour en souligner les détails du visage de l’homme d’Église.

— L’orgueil… Aaaah ! C’est le péché le plus discutable en mon sens. On peut perdre toute moralité, tout sens éthique ou même tout bon sens par un trop-plein d’orgueil et c’est certes un mal, mais il peut aussi développer votre force de caractère et votre intuition. Il peut aussi vous construire positivement. En quoi estimez-vous qu’il y ait péché dans votre cas ?

— Mon père, ma situation est délicate.

— Je vous écoute.

— Je dois être mariée à un homme que je n’aime pas, qui a la réputation d’être effrayant et sans cœur. Jusqu’à présent, j’ai tenté de garder un visage imperturbable, pour montrer combien je pouvais être forte, fiable, digne des attentes qu’on avait à mon sujet, et ce, malgré la peur de l’inconnu avec cet homme… mais hier, mon orgueil de vouloir être écoutée, entendue, considérée, m’a fait tenir tête à mon futur mari au sujet de quelque chose qui me semblait important de défendre et je crois que cette vague d’orgueil va aujourd’hui me coûter plus cher que si je m’étais agenouillée ou m’étais tue.

Le prêtre réfléchit avant d’émettre un avis.

— Peut-on parler d’orgueil lorsque l’on tend à défendre une opinion ? Est-ce faire preuve d’orgueil si ces convictions ont une légitimité, une cohérence, une pertinence pouvant changer l’ordre établi ? On ne peut pas toujours aller contre ses convictions. Elles font aussi notre personnalité. Si vous avez estimé que ce que vous nommez « orgueil » servait une bonne cause, alors il n’y a pas à regretter. Est-ce le cas ?

Aélis se tritura les doigts.

— Je me suis opposée à l’exécution d’un homme. Donc j’estime que c’est une raison valable de m’opposer à mon mari. Seulement, j’ai aussi mis en doute son commandement.

Quelques secondes de silence suivirent avant que le prêtre reprenne.

— Notre Seigneur Tout-Puissant ne vous punira pas de votre acte. Risquer sa vie pour sauver celle d’une autre personne est un acte plus que louable. Il vaut mieux sauver que tuer. Tuer est le plus grand des péchés. Vous avez aussi sauvé votre mari du châtiment divin en même temps que cet homme.

— Je crains que mon mari ne soit plus un homme à sauver. Il a déjà ôté des vies.

— Il faut aussi des hommes de main au service de Dieu pour punir les criminels.

Aélis se tourna vers le prêtre, plutôt abasourdie par ses propos allant à l’encontre du droit à la vie pour tous et d’un Dieu, symbole de vie et de paix.

— L’essentiel finalement n’est-il pas que cette fois-ci deux hommes aient pu éviter un châtiment ? reprit le prêtre.

Aélis secoua la tête pour tenter de reprendre le fil de leur discussion.

— Sans doute. Seulement, j’ai peur aujourd’hui de mon mari, plus qu’avant. J’ai tendance à penser que sauver une vie a mis ma propre vie en sursis.

— Un mari n’a pas d’intérêt à tuer sa femme. Un mariage est avant tout un acte de réunion, non de séparation. Démontrez à votre mari que votre geste n’était pas contre lui directement, mais pour la sauvegarde d’une vie, pour quelque chose de plus universel. Parlez-lui de ce que vous ressentez. Cette divergence peut devenir un prétexte pour vous rapprocher et effacer cette peur initiale. Il n’est jamais trop tard pour contrebalancer votre orgueil par de la tendresse, de l’amour, du partage et assainir la situation.

Aélis s’esclaffa.

— De l’amour et du partage ? Avec lui ? On voit bien que vous n’avez pas idée de qui est mon mari !

Elle rigola bien en pensant à cette possibilité grotesque. Le prêtre ne s’en offusqua pas et approfondit son idée.

— L’amour apparaît là où on ne l’attend pas. Dieu accorde toujours sa bénédiction à ceux qui font un acte de bravoure et ont un esprit sain. Je suis persuadé qu’il vous récompensera tôt ou tard pour cela. Il n’y a pas de don de soi sans retour. Soyez patiente, ouverte aux signaux de Dieu et tentez de limiter l’orgueil en vous. Vous verrez, tout ira bien. Commencez par vous excuser auprès de votre mari d’avoir bravé son courroux et dites-lui que ce n’était pas contre lui personnellement, mais plutôt pour une cause qui vous semblait importante. La discussion amène souvent à des solutions. Laissez votre cœur parler !

Aélis grimaça. Parler pour dissiper ses peurs. Cette solution lui semblait une cause tout aussi perdue que le pardon de Dieu pour les actes mortels de son mari.

— Très bien, mon Père… Si un jour, il daigne me parler, j’y songerai.

— Ne vous découragez pas. La vie est faite de tests. Votre mari est une épreuve de Dieu pour vous guider vers la paix et le bonheur. Récitez trois fois « Notre père » et respirez ! Allez le trouver et débloquez cette situation qui vous mine. Dites-lui ce que votre cœur souhaite entendre.

— Bien, mon Père. Merci pour vos conseils. Je vais en prendre attention.

 

Aélis sortit du confessionnal avec un sentiment bizarre dans le cœur. On disait souvent que les voix de Dieu étaient impénétrables ; elle devait avouer qu’elle n’avait pas vraiment compris quelle voix elle devait entendre, hormis celle de l’ouverture à la parole. Parler à son mari pour désamorcer son envie de lui planter une épée dans le cœur ? Elle doutait que cela suffise tant sa relation avec le Duc avait mal démarré.

Elle s’en alla retrouver Sampa d’un pas indécis. Elle avait comme l’impression d’avoir raté quelque chose. Ils sortirent de l’église et Sampa remarqua sa contrariété.

— Vous ne semblez pas heureuse, Madame ? lui dit-il alors.

Tout va bien ?

— Connaissez-vous le prêtre de cette église, Sampa ? Lui avez-vous déjà parlé ?

— Pas personnellement, mais le prêtre Cléry est très connu ici.

Tout le monde l’admire et se sent en sécurité avec lui.

— Vraiment ?

Son étonnement surprit un peu Sampa.

— C’est un homme d’Église. Pourquoi n’y aurait-il pas homme plus sûr, sécurisant, que lui ? Il vous a dit quelque chose de déplaisant ?

— Non, pas vraiment… Disons qu’il a répondu comme un prêtre…

— Dans ce cas, qu’est-ce qui vous chagrine ?

— Je ne sais pas… Peut-être en attendais-je autre chose…

— Autre chose ?

Sampa se mit à rire.

— Vous étiez en confessionnal, Madame ! Il ne pouvait faire autre chose que vous conseiller !

— Oui, vous avez raison. Que peut faire un prêtre hormis prêcher ?

Sampa la dévisagea à nouveau.

— Vous semblez un peu réticente au fait religieux ? N’êtes-vous pas croyante ?

— Disons que dernièrement, je suis un peu fâchée contre le Tout-Puissant. On ne peut pas dire qu’il m’épargne !

Sampa lui sourit.

— Vous n’avez donc aucune idée de qui est le prêtre Cléry ?

Cette fois, c’est Aélis qui resta circonspecte devant lui. Sampa lui sourit mystérieusement.

— Vous le saurez bien assez tôt puisque vous allez devenir la Duchesse d’Althéa… Croyez-moi, le prêtre Cléry est un homme de foi qui fera tout pour votre bien.

 

<= Chapitre 6                                                              


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LOMCTR – T1 : Pour le meilleur. Pour le pire. – Chapitre 6

Bonjour à tous ! 

Chapitre 6 !

Nous approchons de la date de sortie ( pour rappel, l’ebook sort le 13 octobre ).

En attendant, je vous poste deux chapitres supplémentaires pour vous les abonnées. 

Enjoy !

©Jordane Cassidy – 2022


 

6

 

Aller de l’avant…

 

 

Aélis n’avait pas dormi de la nuit. Des images du Duc et de ses yeux rouges s’immisçaient dans ses rêves et elle se réveillait systématiquement. Cette rencontre l’avait ébranlée. Elle avait peur. Elle avait comme cette impression malsaine qu’il était constamment derrière son dos, prêt à lui enfoncer son épée dans le corps. Cela la terrifiait. Elle en arrivait à avoir des sueurs froides. Elle imaginait combien le garde de l’entrée du château avait dû se sentir mal, aussi bien pour sa propre vie que pour la sienne. Sampa, son prénom, lui devait la vie et elle ne doutait pas qu’il agirait en conséquence, même si elle ne lui demandait rien en retour. En vérité, même s’il le faisait en retour pour l’acte héroïque qu’elle avait eu pour le sauver, il le faisait aussi et surtout pour la satisfaction de son seigneur. Le Duc avait été clair : il devait sa vie à sa duchesse. C’était bel et bien un avertissement auquel il n’y avait pas de seconde chance de survie possible s’il échouait. Si elle n’aimait pas sa position actuelle, empêtrée dans un mariage qu’elle ne souhaitait pas, ce pauvre Sampa devait encore moins aimer la sienne et cela la navrait. Elle détestait ce type de pression où il n’y avait aucune issue favorable.

 

Elle décida de quitter sa chambre. Elle étouffait à nouveau et elle n’avait pas la patience d’attendre l’arrivée matinale d’Éliette. Elle traversa donc les couloirs, en tenue de nuit, et se rendit vers les cuisines. À se réveiller sans cesse, elle en avait faim ! Même si elle commençait à bien se repérer dans le château, elle n’avait pas encore eu l’opportunité de voir à quoi ressemblaient les cuisines. À vrai dire, ce n’était pas un lieu où devait se trouver une châtelaine, mais tant pis. Elle croisa des domestiques, étonnés de la trouver dans leurs quartiers, mais aucun n’osa l’interpeller. Elle arriva dans la cuisine et un long silence s’en suivit lorsque l’on s’aperçut de sa présence.

— Bonjour ! déclara-t-elle doucement. Je suis Aélis De Middenhall… Je suis la promise du Duc et…

Elle se tut alors, tandis qu’on la dévisageait. Aélis réalisa combien sa présence était gênante en ce lieu et combien sa chevelure non cachée de tous en cette heure si matinale devait aussi les troubler. Elle passa timidement sa main dans ses cheveux.

— Je voulais savoir si… vous n’auriez pas quelque chose à grignoter ?

Une femme de forte corpulence regarda l’heure, puis l’état de la cuisine. Aélis s’empressa alors de rassurer tout le monde.

— Je suis désolée d’arriver à une telle heure avec une telle demande, mais j’ai très mal dormi et…

— Vous avez faim ! continua la dame.

Aélis lui sourit timidement, mais navrée.

— Vous nous prenez un peu au dépourvu à cette heure-ci, car nous prenons à peine notre service de la journée, mais nous allons vous trouver rapidement quelque chose à mettre dans votre estomac. Allez dans la salle à manger, nous allons nous occuper de vous.

 

Aélis regarda la grande table en chêne au milieu de la cuisine.

Des légumes y trônaient, ainsi que de la vaisselle propre, des torchons et des épices.

— Puis-je m’installer plutôt à cette table ? Je ne veux pas déranger tout le monde pour un service !

— Madame, votre place n’est pas dans les cuisines, voyons ! répliqua la femme. Vous allez vite être déconvenue par l’agitation.

Elle observa les autres domestiques de cuisine qui la contemplaient avec inquiétude. Il était clair qu’elle les effrayait du fait de son statut de noble, puis sans doute par la couleur de ses cheveux, bizarres pour son jeune âge. Ils avaient sans doute peur de ses possibles réactions.

— Madame, lui dit alors Aélis de façon contrite, je crois que je n’ai pas très envie… de rester seule.

Elle prit un air triste auquel la femme sembla faillir.

— Tengri, aide à installer Madame à notre table. Lotis, prépare un bouillon. Eruca, cours voir si le boulanger a du pain de préparé malgré l’heure. Les autres, au boulot !

Chacun s’affaira à sa tâche et Tengri vint à elle pour lui présenter le long banc longeant la table. Tout était orchestré avec efficacité. La dame qui semblait être la cheffe des cuisines cria des ordres et les casseroles lui répondaient dans un vacarme incroyable. C’est une symphonie de bruits assez déroutante, mais très agréable à écouter et à observer. Voir du monde retrouver ses aises lui faisait du bien. Très vite, des couverts apparurent devant elle et on lui servit un peu d’eau. Une domestique dont elle ignorait le nom s’occupa de couper des légumes sur la table devant laquelle elle était assise avant de les donner à Lotis.

— Pardonnez-moi, Madame, mais je n’ai pas d’autre endroit pour couper les légumes ! déclara la domestique, tracassée de paraître irrévérencieuse.

Aélis lui sourit.

— Faites ! Ne vous souciez pas de ma présence.

En vingt minutes, son bouillon vint chatouiller ses narines et elle se sentit heureuse. Eruca arriva alors, essoufflée, et déposa le pain tout chaud du boulanger sur la table. La cheffe en coupa alors un morceau qu’elle déposa à côté de son assiette.

— Bon appétit, Madame. Nous allons vous laisser manger.

— Oh non ! s’écria alors Aélis. Vous pouvez vaquer à vos tâches. Ne vous retardez pas à cause de moi ! Faites comme si je n’étais pas là !

Ses remarques semblèrent vraiment surprendre tout le monde. Elle sentit la gêne autour d’elle. Elle pouvait comprendre leur méfiance, mais elle n’avait pas envie de se battre ce matin. Son entrevue avec le Duc la veille lui avait suffi.

— Madame, il nous est impossible d’ignorer votre présence.

Cela va contre le protocole.

Aélis baissa les yeux. Elle les indisposait, elle en était consciente.

— Dans ce cas, disons que je viens inspecter votre façon de travailler. Je peux trouver une excuse à ma présence en ces lieux si vous le souhaitez, cela sera moins gênant peut-être.

La cheffe des cuisines sonda son comportement un instant, puis sourit.

— À votre aise, Madame. N’hésitez pas à nous solliciter si vous avez besoin de quelque chose.

Aélis lui renvoya sa bienveillance avec soulagement et se saisit de la cuillère pour porter le bouillon tout chaud à ses lèvres.

— Mmmh ! Ça fait du bien ! Merci !

— À votre service, Madame !

— Puis-je vous demander votre nom ? osa demander Aélis.

La cheffe écarquilla les yeux, surprise sans doute par cette familiarité qu’elle osait adopter. Du moins, cette distance qu’elle réduisait volontairement entre elles deux.

— Je m’appelle Sativa.

— Enchantée, Sativa ! Je suis heureuse de goûter le bouillon de vos subalternes et le pain ramené par Eruca de chez le boulanger ! Mon estomac vous dit merci !

Sativa la contempla avec perplexité, comme si Aélis était un ovni parmi les nobles. Cette dernière se contenta de manger en silence. Finalement, Aélis sentit Sativa relâcher ses craintes et se décider à donner les ordres pour la suite de la journée à tout son petit monde.

 

~~~~~~~~~~~

Son réveil matinal permit à Aélis de se balader à la fraîche dans les jardins du château, une fois Éliette disposée à s’occuper d’elle. Elle en avait assez de l’apercevoir de sa fenêtre et souhaitait le découvrir de plus près. Le jardin derrière le château était grand, mais de petite taille, comparé à d’autres jardins qu’elle avait pu fouler au gré des invitations de son père dans différents fiefs. Il n’était pas à l’abandon, mais elle nota qu’il y avait peu de fleurs. Était-ce une demande du Duc ? Elle vit aussi peu d’oiseaux. Cela l’étonna un peu. Elle trouva cela dommage. Mais son regard s’attrista surtout lorsque ses yeux se posèrent sur un kiosque. La tonnelle était complètement délabrée, envahie par du lierre qui en étouffait les boiseries. Des tuiles étaient manquantes et remplacées par de grandes toiles d’araignée. Le pavillon était suffisamment grand pour y passer du temps à se reposer ou lire, peut-être même inviter des amis pour un thé. Elle n’avait pas d’amis ici, mais elle imaginait pourtant la quiétude que pouvait offrir ce kiosque. Un endroit de recul, un refuge assez loin du tumulte du château, mais suffisamment près de ce dernier pour être vite disponible. Elle sentit en cet endroit de vieilles histoires, un passé, mais aussi l’oubli.

Pourquoi ce jardin était-il dans un tel état ? Le Duc n’était-il donc pas quelqu’un aimant la nature ?

— Ne rentrez surtout pas à l’intérieur !

Aélis sursauta et se retourna pour voir qui venait de l’avertir. Il s’agissait de Mills.

— Il ne faudrait surtout pas qu’une poutre lâche au moment où vous vous y trouvez dessous !

— Pourquoi est-il dans cet état ? s’enquit-elle.

— Ma foi, personne ne se sert de ce jardin, donc il n’y a aucun intérêt à réellement l’entretenir.

Aélis grimaça. Était-elle donc la seule à se sentir navrée de son état ?

— Dans ce cas, je serai la première ! Serait-il possible de faire venir quelqu’un pour nettoyer les parterres, couper toutes ces ronces et ce lierre qui envahissent les arbres, les murs et ce kiosque ?

— Je vais voir ce que je peux faire… lui répondit Mills tout en s’inclinant.

Aélis lui sourit, ravie de voir sa demande être considérée et non refusée pour une quelconque raison.

— Madame, je viens à vous pour savoir si vous allez bien. Avez-vous bien dormi ?

Son visage surpris devait surprendre également Mills, qui approfondit alors sa pensée.

— Votre état d’hier…

— Oh ! Ça… Sativa vous a parlé de ma venue en cuisine tôt ce matin ? Disons que j’ai du moins bien dormir que le Duc, c’est certain !

Aélis fit une moue contrariée à cette évocation.

— Le Duc dort très peu, vous savez. Il a le sommeil léger et souvent perturbé.

Aélis ne répondit rien à cette remarque.

— Je suis désolé d’apprendre que cette histoire ait troublé votre sommeil… reprit Mills.

— Ça va aller ! se voulut-elle rassurante. Disons que je ne m’attendais pas à une telle confrontation comme première rencontre…

— Le Duc peut paraître froid et effrayant en armure, mais je suis sûr que vous parviendrez à l’apprécier.

Bizarrement, cette fois-ci, elle avait du mal à croire Mills. Elle soupira et regarda le ciel bleu.

— J’aimerais vraiment partir sur une base de paix plutôt que de guerre avec lui, mais je doute de trouver en lui quelque chose qui m’apaise. Il est très impressionnant.

— C’est vrai. Il fait cet effet aux gens qui ne le connaissent pas et ils sont nombreux. Il entretient sa réputation au-delà de ses faits de guerre. Cependant, ses amis restent très fidèles et voient en lui un homme admirable.

— Ses amis ? Je me demande qui ils sont ? Par moments, j’aimerais bien les connaître… pour le comprendre peut-être et me sentir moins seule.

Son cœur se serra. Il était vrai que son plus gros défi actuel était cette solitude permanente. Ses parents lui manquaient.

— Si vous souhaitez vous confier à quelqu’un de fiable en attendant, il vous reste toujours notre prêtre, à la petite église attenante au château. Il y a un confessionnal, et ce que vous pourrez y raconter restera entre vous et le Tout-Puissant. Vous n’aurez aucun jugement et cela pourra peut-être vous soulager un peu.

Aélis fixa Mills avec surprise. Elle pouvait avouer que cette idée était lumineuse. Elle n’était pas la plus grande des ferventes catholiques, mais ce prêtre pouvait être effectivement sa bouée de salut pour l’instant.

— C’est une très bonne idée ! Merci Mills ! Est-il actuellement à l’église ?

— Oooh, il y a de grandes chances. C’est un jour tranquille aujourd’hui !

 

 

 

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LOMCTR – T1 : Pour le meilleur. Pour le pire. – Chapitre 5

Bonjour à tous ! 

Chapitre 5 !

Ouais, le week-end a été mouvementé -_-.

Je crois qu’on a tous eu un pic d’angoisse en ce vendredi soir/samedi matin avec ce crash de site. Enfin surtout moi ! Je vous poste bien gaiement le chap 4 et là, pouf ! C’est le drame ! J’oscille entre réparer le site et trouver vite un plan B. Heureusement que le problème a vite été résolu. J’angoisse toujours quand le site tombe en panne. J’imagine vite tout le travail autour partir en fumée si je tente une mauvaise manipulation pour rectifier la panne. Ça peut aller très vite. Après, les différents crashs occasionnels du site me permettent aussi d’apprendre à gérer ce type d’état de crise où je dois éliminer les possibilités calmement , me rappeler les erreurs à ne pas faire et les choses à vérifier. Mais bon, je n’aime pas ça quand même parce que ça tombe toujours quand il ne faut pas !

Mais bon ! On est dimanche et le site est opérationnel, le chapitre 5 est là et tout va bien ! Certaines commencent à se languir de pouvoir enfin rencontrer notre cher Callum Callistar ! Vous êtes comme notre Aélis ! Un héros ne se qualifie-t-il pas par ce charisme présent dans l’atmosphère même lorsqu’il est absent physiquement ?

Mais parfois il suffit d’un hasard pour qu’on tombe dessus !

Enjoy !

©Jordane Cassidy – 2022


 

5

 

Une vie

pour une autre

 

 

 

Sa rencontre avec Finley avait fait du bien au moral d’Aélis. Elle n’avait pas ressenti de défiance chez lui, du moins pas comme avec certains domestiques du château. Cela la soulagea de pouvoir enfin rencontrer une nouvelle personne, en plus de Mills, ne la traitant pas comme une femme arriviste ou une entremetteuse. Finley ne l’avait pas non plus jugée avec dégoût ou crainte au moment où elle avait perdu sa capuche. Il n’avait pas accentué son hostilité ou montré une nouvelle méfiance en découvrant sa différence, à la vue de sa chevelure si spéciale. Elle avait pu respirer un peu mieux ensuite, même si ce chevalier restait en période de test à ses yeux. Elle avait apprécié leur discussion légère, malgré son statut de duchesse. Malgré tout, elle espérait sincèrement pouvoir compter sur lui et qu’il n’avait pas feint une comédie pour mieux la trahir derrière.

Aélis rentra donc au château pour regagner sa chambre, l’esprit plus léger. Elle retrouvait un peu d’espoir dans sa vie si chaotique. Plus elle repensait à leur discussion, plus elle se demandait s’il était vraiment son bras droit et à quel point Finley avait une complicité avec le Duc. Après tout, il avait dû partager nombre de batailles avec lui et sans doute les atrocités liées à sa réputation. Pourtant, à première vue, Finley semblait assez jovial et loin d’être un chevalier sans pitié. Qui croire alors ?

 

Tout cela lui triturait les méninges. Mais cette réflexion tourna court lorsqu’elle arriva devant la grande porte du château et qu’elle vit les deux gardes à terre, l’un visiblement mort, le second à genoux, prêt à être exécuté par la grosse épée d’un guerrier couvert de la tête aux pieds par son armure. Mais ce qui la refroidit le plus fut l’armure elle-même. Fidèle aux descriptions de la rumeur : un casque noir et de longs poils en guise de crinière.

Elle frémit. Le doute avait peu de place quant à l’identité du guerrier. Il y avait quelques soldats autour, observant l’exécution ainsi que quelques badauds, résignés à voir leur seigneur accomplir ce qui semblait être un châtiment. Et puis, elle aperçut Mills, le visage désolé.

— Voilà donc mon futur mari en chair et en os… murmura-t-elle à elle-même.

Elle ne put que reconnaître l’imposante carrure que cette armure lui conférait, cette puissance palpable par l’ambiance mortifère qu’il dégageait. Elle déglutit et se figea. Pouvait-elle rentrer au château en passant à côté de lui sans prêter attention à ce qu’il se passait ? Il était évident que non. Plus important : pourquoi un garde était à terre et pourquoi menaçait-il de son épée le second pourtant à genoux ?

Elle ne savait pas quoi faire. Aller au contact ou attendre que la situation s’efface de ses yeux ? Plus elle regardait Mills tentant de parler au Duc, plus elle comprenait qu’il essayait de raisonner son seigneur. Pourquoi était-il en colère contre ces deux gardes ? Quelle erreur avaient-ils commise ? Elle se raidit un peu plus, en redoutant la raison.

— Est-ce moi la cause de tout cela ? Ma disparition du château sans escorte ?

Elle se précipita sans réfléchir devant le château. Elle monta les marches de l’escalier, sans vraiment penser aux conséquences et la respiration saccadée, puis attrapa le bras de ce guerrier menaçant. Pouvait-elle penser qu’elle pouvait l’arrêter dans son exécution ? C’était d’une stupidité évidente ! Et pourtant, elle stoppa son geste en se glissant sous son épée et en retenant de ses deux mains la garde de son glaive alors qu’il s’apprêtait à le laisser tomber sur ce pauvre homme. Les yeux fermés, elle n’osa pas regarder le résultat. Avait-elle pu le retenir suffisamment ? Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle vit deux iris rouges. Un rouge sang qui la liquéfia sur place au point de reculer et trébucher. Elle se retrouva les fesses au sol sans comprendre pourquoi elle se sentait paralysée devant ce regard. Sans vraiment le vouloir, elle tremblait. Cet homme lui faisait peur. Elle entendait Mills lui crier avec surprise « Madame, vous revoilà enfin ! », mais sa voix lui paraissait lointaine. Elle était happée par ce regard froid, intense, envoûtant. Rouge passion, rouge colère ou rouge assassin, elle n’arrivait pas à décrocher ses yeux de ces deux pupilles qui la fixaient. Mills vint alors s’interposer entre le Duc et elle, et se pencha pour la relever. Elle le contempla d’un air hébété. À vrai dire, elle n’arrivait plus à bouger. Ses jambes étaient aussi flageolantes que son cœur. Elle était une brindille face à un immense chêne. Elle se sentait minuscule, minable, tel un rongeur devant la superbe que dégageait le rapace prédateur, le Duc Callum Callistar. Elle ne voyait rien de son visage hormis ses yeux, mais elle sentait la colère, la rage brute, l’envie de destruction. Une aura rouge et noire l’entourait, prête à l’engloutir. Elle en venait à se dire que cette puissance magique allait la tuer avant son épée.

— Madame, ne vous interposez plus ainsi ! Vous auriez pu être blessée !

Mills la fit revenir un peu à la réalité. Elle regarda un instant son corps. Effectivement, elle n’avait pas de blessures apparentes alors qu’elle avait l’impression d’avoir été broyée par ses deux iris rouges. Son regard dévia ensuite vers le second garde. Il semblait toujours en vie, mais complètement sonné également. Sa vie venait de prendre un répit inattendu grâce à elle, mais pour combien de temps ? Ses yeux allèrent alors vers son bourreau et elle trembla à nouveau. Il avait baissé son épée, mais ses yeux restaient toujours rivés sur elle. Mills lui parlait avec délicatesse, pour qu’elle reste ancrée à lui plutôt qu’à l’homme qui lui servait de maître. Elle se laissa tirer vers le haut pour se relever, mais elle ne se sentit pas de taille. Le Duc Callistar l’horrifiait et elle réalisa combien la rumeur était fondée quant au côté terrifiant.

— Venez ! Ce n’est pas un spectacle auquel une dame de votre rang doit assister.

Elle sentit Mills la tirer loin de la scène, mais ses pieds refusèrent de quitter les lieux.

— Pourquoi doit-il mourir ? Qu’a-t-il fait ? eut-elle la force de demander.

Dans un état second et prise d’un élan de justice lui donnant la force de s’arracher de la poigne de Mills, elle se hâta de s’interposer une nouvelle fois entre le garde et le Duc. Les bras en croix, elle se posa en bouclier tout en réalisant difficilement que cet acte risquait de la mener à la mort, avec celle du garde. Pourtant, elle restait droite et fière.

— Cet homme a failli à sa mission !

La voix du Duc arriva enfin à ses oreilles. Elle était grave, ferme, assurée. Ses premiers mots qu’il lui adressait n’avaient rien de gentils, polis ou désolés.

— Un intrus est entré sans permission ? creusa-t-elle malgré tout, essayant de garder le flegme lié à son rang.

— Vous êtes sortie du château sans autorisation ! lui répond-il tout aussi flegmatique sous son armure.

— Madame, vous avez quitté le château sans prévenir ! intervint Mills, contrit. Vous ne devez pas sortir sans escorte. Les gardes ont aussi pour rôle de vous protéger, or ils vous ont laissée quitter le château sans réagir.

Elle jeta un coup d’œil vers le corps à terre du premier garde. Cet homme était donc mort par sa faute. Parce qu’elle avait voulu jouir d’une liberté qui n’aurait pas dû être possible. Son sang se répandait au sol et elle en avait la nausée. Une vie éteinte à cause de ses envies d’indépendance. Elle se tourna alors vers le second garde, derrière elle et toujours à genoux. Il la fixa à la fois avec reconnaissance, peur et admiration. Elle se retrouvait à la croisée du protocole de la noblesse, entre être la protectrice des habitants d’Althéa et être la cause des sacrifices portés pour protéger cette noblesse qu’elle représentait. Elle serra les dents. Cette situation lui déplaisait lourdement. Si elle avait eu conscience de ce que pouvait représenter le protocole grâce à l’éducation qu’elle avait eue durant sa jeunesse, aujourd’hui, elle en cernait réellement les enjeux.

— Je refuse que cet homme soit exécuté ! cria-t-elle alors. S’il y a quelqu’un à punir, c’est moi !

— Madame ! s’offusqua Mills, comme si ses propos étaient inconcevables dans la bouche d’une dame.

Et pourtant, elle maintint sa position.

— Cet homme est sous ma protection désormais ! S’il doit me protéger, je le protègerai aussi !

Le Duc la fixa de ses yeux rouges sans bouger. Elle sentit couler sur elle une forme d’intérêt teinté d’agacement dû à cette insubordination déplaisante, mais elle se devait de sauver cet homme.

— Si vous touchez à l’un de ses cheveux, je peux vous assurer que le Chevalier de Sang va goûter à la colère de la Duchesse Vengeresse !

Le Duc tout à coup relâcha sa garde et s’esclaffa. Son aura rouge et noire disparut. Sans doute avait-elle exagéré sur le surnom qu’elle s’était donnée et qui pouvait paraître ridicule, d’autant plus qu’elle demeurait un poids plume face à cet homme, mais elle avait ses convictions pour elle. Il pouvait certes la faire taire d’une claque bien sentie sur le visage, mais elle espérait pouvoir garder sa volonté de protéger ce garde comme acquise.

Mills la dévisagea, incrédule. Sans doute, n’imaginait-il pas une dame de cet acabit comme maîtresse, mais c’était ainsi ! Il était hors de question pour elle que l’on exécute un homme à cause de ses caprices de duchesse.

— Voilà donc celle qui doit devenir ma femme ! put-elle entendre alors sous le heaume du Duc.

— Enchantée ! lui répondit-elle de façon altière. Voici donc mon futur époux ! Il était temps ! Je me suis résolue à vous chercher dans tout Althéa puisque vous m’ignoriez ! J’ai même failli me perdre à force de vous attendre et d’espérer vous rencontrer !

Aélis savait bien que ses provocations allaient attiser davantage sa colère, mais elle se rendait compte que la sienne avait besoin d’être extériorisée, Duc sanguinaire ou pas !

— Heureusement, j’ai pu retrouver mon chemin jusqu’au château ! ajouta-t-elle avec sarcasme.

— Madame, s’interposa Mills, votre retour nous soulage aussi. Peut-être êtes-vous fatiguée et désirez-vous vous détendre autour d’une collation ?

— Effectivement ! approuva le Duc. Il vaudrait mieux que vous lui offriez une collation plutôt que je lui offre mon épée sur ses nobles fesses pour calmer son esprit belliqueux !

Il baissa alors sa tête vers le garde à genoux tandis qu’Aélis s’offusquait de sa menace.

— Il semble que ton heure ne soit pas venue, Garde. Tu peux t’estimer être un miraculé. Tu es bien l’un des rares dont j’épargne la vie. Tu as tout intérêt de donner à présent ta vie entière à cette Dame.

Le garde se prosterna alors au sol en remerciement de la clémence de son maître. Le Duc s’avança alors vers sa future épouse et Aélis sentit à nouveau toute son aura l’entourer.

— Ne pensez pas que ma clémence se reproduira. Mon indulgence d’aujourd’hui est seulement mon cadeau de bienvenue ici. Il n’y en aura pas d’autres.

Il passa alors à côté de sa promise et s’éloigna vers l’intérieur du château. Son avertissement résonna en elle comme une menace glaçante la renvoyant à son statut de femme inutile, simplement bonne à perpétuer la lignée. Elle laissa retomber ses bras puis sentit les larmes lui monter aux yeux. Ses jambes l’abandonnèrent définitivement et elle s’écroula au sol une nouvelle fois. Mills vint à elle, inquiet, ainsi que le garde à qui elle avait sauvé la vie.

— Madame la Duchesse, est-ce que ça va ? lui demanda le garde.

Elle le contempla dans un état second. Elle réalisa combien cette confrontation l’avait lessivée et combien le Duc était un homme terrifiant. Mills lui tendit un mouchoir en tissu pour essuyer les larmes qui dévalaient ses joues. Le garde se prosterna alors devant elle.

— Merci, Duchesse, d’avoir sauvé ma vie…

 

 

 

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